Feuilles qui s'enroulent : soif, chaleur ou pucerons, le test

Feuilles qui s’enroulent : soif, chaleur ou pucerons, le test

Chaque été, je reçois les mêmes photos : des feuilles roulées en cornet, en gouttière ou recroquevillées, avec la question « qu’est-ce qui les mange ? ». La plupart du temps, rien ne les mange. L’enroulement est une réaction de la plante, et selon la cause, la conduite à tenir est exactement opposée : arroser davantage, arroser moins, ou ne rien faire du tout. Voici le test que je fais chez moi, dans l’ordre, avant de toucher à quoi que ce soit.

Un enroulement est un symptôme, pas une maladie

Une feuille s’enroule pour deux grandes familles de raisons. Quand elle perd plus d’eau qu’elle n’en reçoit, elle réduit sa surface exposée en repliant ses bords vers le haut, en forme de gouttière : c’est purement mécanique, réversible, et cela ne laisse aucune tache ni aucune nécrose. Quand un insecte pique la face inférieure ou qu’une perturbation hormonale dérègle la croissance, une face du limbe s’allonge plus vite que l’autre et la feuille se recourbe vers le bas, souvent en se boursouflant ou en se tordant de travers.

Le premier tri se fait donc à l’œil nu, sans rien couper. Notez le sens de l’enroulement, l’âge des feuilles touchées, les vieilles du bas ou les jeunes du bout des tiges, et si la déformation est régulière ou anarchique.

Le test du matin : tout se joue sur l’heure

Retournez voir vos plantes entre sept et huit heures, avant que le soleil ne tape. Si les feuilles sont parfaitement plates au petit matin et roulées en fin d’après-midi, vous tenez votre réponse : c’est une réaction à la chaleur et à l’évaporation, la plante se protège, et elle se déroule toute seule à la fraîche. Ce comportement est normal, il ne demande aucun traitement et surtout aucune panique d’arrosage.

Si en revanche les feuilles sont déjà roulées à l’aube, alors que l’air est humide et frais, le problème est plus profond : racines abîmées, sol asphyxié, insectes installés ou virus.

Le test du doigt : cinq centimètres de terre

Enfoncez l’index jusqu’à la deuxième phalange, environ cinq centimètres en pleine terre et trois centimètres dans un pot. Si la terre est sèche, tiède et poudreuse à cette profondeur et que les feuilles roulent dès le matin, c’est la soif, tout simplement. Si elle est froide, lourde, détrempée et qu’elle colle aux doigts, vous avez le symptôme inverse pour une cause opposée : des racines noyées ne pompent plus, et la plante se déshydrate les pieds dans l’eau.

En pot, le poids du contenant renseigne mieux que la surface : soulevez-le, un pot léger a soif. Et arrosez copieusement mais espacé, cinq à dix litres au pied d’une tomate deux fois par semaine, plutôt qu’un litre chaque soir qui n’humidifie que les trois premiers centimètres.

Retourner les feuilles, toujours

Le troisième geste ne prend pas trente secondes : retournez cinq ou six feuilles, en priorité les plus jeunes du bout des tiges, et regardez la face inférieure à la loupe ou avec le zoom du téléphone. Voici ce que vous pouvez y trouver :

  • des amas de petits insectes verts, noirs ou gris serrés le long des nervures et sur les tiges tendres : des pucerons
  • des points mobiles minuscules, rougeâtres ou jaunes, et une toile très fine dans les angles : des acariens
  • une pellicule qui brille et qui colle sous les doigts sur les feuilles situées en dessous
  • des fourmis qui font l’aller-retour sur la tige, ce qui trahit presque toujours un suceur de sève au-dessus

La tomate roule ses feuilles et ce n’est rien

Au-dessus de trente degrés, ou après un gros orage suivi de soleil, la tomate enroule ses folioles vers le haut en commençant par le bas du pied. C’est un enroulement physiologique, connu, sans conséquence sur la récolte.

La bonne réaction est de stabiliser, pas de compenser : un paillage de cinq à sept centimètres, un arrosage régulier au pied, un voile d’ombrage aux heures chaudes en cas de canicule. Augmenter les arrosages par réflexe ne fait que déplacer le problème vers l’asphyxie racinaire.

Les pucerons : jeunes pousses cloquées et tiges collantes

L’enroulement dû aux pucerons a une signature reconnaissable : il ne touche que les toutes jeunes feuilles du sommet, qui se recourbent vers le bas, se cloquent et restent rabougries, pendant que le reste du feuillage va très bien. Ouvrez délicatement une feuille roulée, la colonie est à l’intérieur, protégée.

Un jet d’eau ferme suffit souvent à décrocher les colonies sur les plantes robustes. Sinon, je pulvérise du savon noir liquide à raison d’une cuillère à soupe par litre d’eau, le soir, jamais en plein soleil, en insistant sous les feuilles, et je rince le lendemain matin. Trois passages espacés de cinq à sept jours viennent à bout d’une population installée. Ne confondez pas avec la cloque du pêcher, qui est un champignon : ses boursouflures sont rouges, épaisses, présentes dès le débourrement, et aucun insecte ne se cache dessous.

Quand la cause est sous terre

Si les feuilles roulent, la plante fane en journée et ne se remet pas malgré un sol correctement humide, cherchez du côté des racines. Larves d’otiorhynque qui rongent le collet en pot, courtilière au potager, pourriture consécutive à des semaines de pluie, ou tout bêtement un pot devenu trop petit dans lequel les racines tournent en chignon compact.

Dans ce cas, il faut oser dépoter et regarder. Des racines saines sont blanches ou beiges, fermes, et sentent la terre ; des racines malades sont brunes, molles, se détachent quand on tire dessus, et dégagent une odeur aigre.

Les pistes plus rares : désherbant et virus

Un feuillage tordu en cuillère, aux nervures parallèles anormalement marquées, avec des pousses filiformes qui ressemblent à des vrilles, évoque une contamination par un herbicide hormonal. Cela arrive par dérive du voisin un jour de vent, mais aussi par du fumier ou un compost acheté, car certaines de ces molécules restent actives plusieurs mois, parfois plus d’un an, en traversant l’intestin des animaux.

Les viroses, elles, associent l’enroulement à une mosaïque jaune, un nanisme et des feuilles épaissies et cassantes. Il n’existe aucun traitement : on arrache le pied, on le sort du jardin, on ne le composte pas, et on désinfecte le sécateur à l’alcool avant de toucher une autre plante.

Ce qui aggrave sans qu’on s’en doute

Trois habitudes empirent presque toujours la situation. Arroser peu et souvent maintient les racines en surface, exactement là où le sol chauffe et sèche le plus vite. Asperger le feuillage à midi provoque des brûlures et n’apporte rien aux racines. Traiter par précaution avec un insecticide à large spectre élimine les coccinelles, les syrphes et les chrysopes, qui étaient en train de régler le problème gratuitement.

À l’inverse, un paillage épais posé sur un sol déjà humide, un arrosage profond deux fois par semaine et quelques fleurs mellifères en bordure suppriment la majorité des enroulements sans le moindre produit. Le reste, c’est de l’observation, et cinq minutes le matin valent mieux qu’une heure de traitement.

Le conseil de Sophie. Avant de sortir le pulvérisateur, allez voir vos plantes une fois à sept heures et une fois à seize heures : si elles sont plates le matin, il n’y a rien à traiter, elles font simplement leur travail de plante.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.