Faire son terreau maison : compost, terre, sable

Faire son terreau maison : compost, terre, sable

Un sac de terreau vidé en une jardinière et demie, c’est la sensation que j’ai eue le printemps où j’ai voulu remplir douze pots de terrasse. J’ai commencé à fabriquer mon propre mélange par économie, j’ai continué parce qu’il tient mieux dans le temps que la plupart des sacs du commerce. Ce n’est ni compliqué ni magique, mais il y a trois ou quatre pièges qui transforment un bon mélange en brique. Voici la méthode que j’utilise depuis six ans.

Pourquoi s’en fabriquer soi-même

La première raison est le prix au litre, surtout pour les gros contenants. Remplir un bac de cent litres avec des sacs coûte plusieurs dizaines d’euros ; avec du compost maison, de la terre du jardin et un sac de sable, on divise la note par trois ou quatre. Pour des semis en godets, l’économie est dérisoire ; pour des bacs de terrasse, elle est réelle.

La seconde raison est la tenue dans le temps. Un terreau du commerce est presque uniquement organique : il se minéralise et s’affaisse, perdant un tiers de son volume et la moitié de sa porosité en deux ans. Un mélange contenant de la terre franche et du sable garde sa structure beaucoup plus longtemps, ce qui compte pour un arbuste ou un agrume qui doit rester cinq ans dans le même bac.

Les trois ingrédients de base

La terre du jardin apporte l’argile, c’est-à-dire la réserve d’éléments nutritifs et la stabilité physique. Le compost mûr apporte la matière organique, la vie microbienne et la fertilité. La matière drainante, sable grossier, pouzzolane ou perlite, apporte les pores larges où l’air circule après l’arrosage.

Aucun des trois ne suffit seul, et chacun corrige les défauts des autres. La terre seule se compacte, le compost seul se tasse et se dessèche en croûte, le sable seul ne retient rien. C’est l’équilibre entre les trois qui fait un substrat, et cet équilibre se raisonne en volumes, pas en poids.

La recette de base, en volumes

Voici mon mélange à tout faire, celui que j’utilise pour les pots de fleurs, les bacs d’arbustes et le potager en contenant. Il pèse à peu près deux fois plus lourd qu’un terreau du commerce, ce qui est un avantage dehors, où il stabilise les pots dans le vent, et un inconvénient sur un balcon d’étage ou pour des plantes d’intérieur que l’on déplace souvent :

  • 1 volume de terre de jardin tamisée à un centimètre
  • 1 volume de compost mûr tamisé au même calibre
  • 1 volume de sable grossier lavé, de pouzzolane fine ou de perlite
  • une poignée de corne broyée ou d’engrais organique complet par vingt litres, seulement pour les plantes gourmandes

Le sable : lequel, et surtout lequel éviter

Le sable qui convient est grossier, anguleux, lavé, avec des grains visibles à l’œil de un à trois millimètres. Le sable de rivière lavé, le sable horticole ou le gravier fin de quartz font l’affaire. Leur rôle est d’écarter les particules fines pour créer des vides que l’eau ne remplit pas.

Le sable qu’il faut fuir est le sable fin, celui de maçonnerie ou de bac à sable, avec des grains de moins d’un demi-millimètre. Mélangé à une terre argileuse, il se comporte comme la charge d’un mortier : il comble les vides au lieu de les ouvrir et durcit en croûte au séchage. Le sable de mer est à écarter aussi, à cause du sel qu’il apporte.

La terre du jardin : la tester avant

Prenez une poignée de terre légèrement humide et roulez-la entre les paumes. Si elle forme un boudin fin qu’on peut courber en anneau sans qu’il casse, elle est très argileuse : n’en mettez qu’un demi-volume et compensez par du drainant. Si elle s’effrite dès qu’on la roule, elle est sableuse : gardez le volume plein et augmentez la part de compost.

Deuxième test, celui du bocal. Remplissez un bocal au tiers de terre, complétez d’eau, secouez fort et laissez reposer une journée : le sable se dépose en bas, le limon au milieu, l’argile en haut. Vous voyez alors immédiatement à quoi vous avez affaire. Et prélevez toujours dans une zone que vous n’avez pas traitée, loin d’un ancien tas de gravats ou d’un pied de mur peint.

Le compost : mûr, tamisé, dosé

Un compost utilisable en pot est mûr : brun sombre, homogène, sans morceau reconnaissable, sentant le sous-bois et non l’aigre. Un compost jeune continue de se décomposer dans le pot, consomme l’azote disponible et fait jaunir les plantes en quinze jours. Dans le doute, laissez-le mûrir encore deux ou trois mois.

Ne dépassez pas un tiers du volume, et descendez à un quart pour les plantes frugales. Un excès de compost donne un substrat trop riche et trop salin, qui se traduit par des feuilles vert foncé et molles, des tiges filées, et une sensibilité accrue aux pucerons. Le compost de champignonnière et le fumier composté sont utilisables mais souvent plus alcalins et plus salés : mettez-en moitié moins.

Tamiser, mélanger, humidifier

Le tamis à mailles de dix à quinze millimètres suffit pour un mélange de plantation ; descendez à cinq millimètres pour du semis. Un vieux cadre de fenêtre garni de grillage posé sur une brouette fait très bien l’affaire, et le refus de tamis retourne au compost.

Mélangez à sec sur une bâche ou dans une bassine, puis humidifiez progressivement en brassant jusqu’à ce qu’une poignée serrée tienne en boule sans qu’une goutte perle entre les doigts. C’est la bonne humidité de départ. Un mélange sec versé dans un pot puis arrosé forme des poches sèches que l’eau contourne ensuite pendant des semaines.

Les variantes selon l’usage

Pour les semis, réduisez le compost à un quart et tamisez tout à cinq millimètres : deux volumes de terre légère, un de compost tamisé, un de sable fin lavé. Pour les succulentes, inversez la logique : un volume de mélange de base pour deux volumes de pouzzolane ou de pumice.

Pour le potager en contenant, augmentez le compost à un tiers plein et ajoutez de la corne broyée. Pour un arbuste destiné à rester cinq ans dans son bac, augmentez au contraire la part minérale grossière à quarante pour cent : il vaut mieux nourrir chaque année qu’avoir à rempoter un sujet devenu trop lourd à manipuler.

Le pH et la question du calcaire

La plupart des plantes de pot se contentent d’un pH entre 6 et 7, ce qu’un mélange terre-compost-sable atteint naturellement dans la majorité des jardins. Si votre terre fait effervescence quand on verse dessus quelques gouttes de vinaigre blanc, elle est calcaire, donc alcaline. Elle conviendra très bien aux aromatiques du Sud et aux plantes de rocaille.

En revanche, ne cherchez pas à fabriquer un substrat pour azalée, camélia ou myrtille à partir d’une terre calcaire : acidifier durablement un mélange est illusoire et l’effet se dissipe en une saison, surtout si vous arrosez à l’eau dure. Pour ces plantes-là, achetez un substrat acide et arrosez à l’eau de pluie, c’est le seul chemin fiable.

Ce que le mélange maison ne remplace pas

Un mélange maison est plus lourd, plus variable, et il retient moins bien l’eau qu’un terreau du commerce riche en tourbe ou en coco. Sur une suspension, une jardinière plein sud ou un pot d’intérieur, cette différence se paie en arrosages. Ajoutez alors dix à vingt pour cent de fibre de coco réhydratée pour retrouver de la rétention sans alourdir.

Il ne remplace pas non plus un substrat propre pour les semis fragiles. La terre du jardin apporte des graines d’adventices, des larves et des champignons du sol, ce qui est sans conséquence pour une plantation d’arbuste mais fatal pour une caissette de semis. Pour les semis, achetez un petit sac, ou traitez votre mélange à la chaleur avant usage.

Stockage et hygiène

Stockez le mélange humide mais pas trempé, dans un bac couvert ou un sac ouvert à l’abri de la pluie, et utilisez-le dans l’année. Un mélange laissé détrempé et fermé devient anaérobie, sent la vase et perd sa vie microbienne utile.

Deux réflexes pratiques enfin : travaillez avec un substrat légèrement humide plutôt que poussiéreux, et lavez-vous les mains après manipulation. Les gants sont utiles si vous avez des coupures aux doigts, et il vaut mieux éviter de respirer la poussière d’un terreau sec ou d’un compost remué.

Le conseil de Sophie. Fabriquez votre mélange une semaine avant d’en avoir besoin et laissez-le reposer humide sous une bâche : il s’homogénéise, les grumeaux se défont, et vous verrez tout de suite s’il sent bon le sous-bois ou s’il tourne à l’aigre.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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