Eau de sèche-linge et de climatisation : la réserve gratuite pour les plantes

Eau de sèche-linge et de climatisation : la réserve gratuite pour les plantes

Une machine à laver le linge qui sèche et un climatiseur produisent tous les deux la même chose : de l’eau tirée de l’air ou du linge, presque parfaitement dépourvue de calcaire. Pendant longtemps j’ai vidé ces réservoirs dans l’évier sans y penser, jusqu’à réaliser que je jetais chaque été plusieurs dizaines de litres d’une eau que mes camélias auraient adorée. Il y a de vraies précautions à prendre, mais la ressource vaut le détour.

D’où vient cette eau et pourquoi elle est si douce

Dans les deux cas, il s’agit d’eau condensée : de la vapeur qui refroidit au contact d’une surface froide et redevient liquide. Or la vapeur d’eau ne transporte pas les sels minéraux, qui restent en arrière lors de l’évaporation. Le condensat qui en résulte est donc chimiquement très proche de l’eau distillée, avec une dureté quasi nulle et une conductivité extrêmement basse.

C’est exactement la même mécanique que la formation de la pluie, en accéléré et à l’intérieur d’un appareil. Le pH tourne généralement autour de 5,5 à 6,5, légèrement acide en raison du gaz carbonique dissous. Pour toutes les plantes qui souffrent d’une eau dure, c’est sur le papier une eau idéale, et c’est ce qui rend l’idée si séduisante.

Combien on en récupère vraiment

Les quantités sont plus importantes qu’on ne l’imagine. Un sèche-linge à condensation traite une charge de sept à huit kilos de linge essoré qui contient encore deux à trois litres d’eau ; selon le modèle, un à deux litres finissent dans le bac amovible, le reste partant par l’évacuation. Trois lessives par semaine, cela fait facilement quinze à vingt litres par mois.

Un climatiseur est bien plus généreux. Par temps chaud et humide, une unité domestique produit couramment entre un demi-litre et deux litres de condensat par heure de fonctionnement. Sur une journée de canicule, cela représente cinq à quinze litres, parfois davantage. Un déshumidificateur d’appartement se situe dans les mêmes ordres de grandeur, avec l’avantage d’avoir déjà un réservoir prévu pour être vidé.

Ce que contient réellement le condensat de climatisation

Cette eau n’est pas distillée au sens du laboratoire. En condensant sur l’évaporateur, elle lave au passage les poussières, les pollens et les spores accumulés sur les ailettes, et elle peut emporter des traces de métaux issus de l’échangeur, aluminium et cuivre principalement. Sur un appareil correctement entretenu, ces quantités restent très faibles et sans conséquence pour les plantes.

Le vrai point d’attention est biologique. Un bac de condensat est humide, tiède et à l’abri de la lumière, c’est-à-dire un milieu de culture. Un biofilm s’y installe rapidement, et une eau tiède stagnante entre 25 et 45 °C offre les conditions dans lesquelles la légionelle se développe. Ce n’est pas une raison pour renoncer, mais cela impose une règle absolue, expliquée juste après.

Le point sanitaire à ne pas négliger

La légionelle ne pose problème que par inhalation d’aérosols, pas par contact avec le sol ni par arrosage au pied. Autrement dit : ne pulvérisez jamais cette eau, n’utilisez pas de brumisateur ni de lance à jet fin avec elle, et ne l’employez pas dans un système d’arrosage qui produit des gouttelettes fines en suspension. Versez-la au goulot de l’arrosoir, directement sur le substrat.

Deux autres règles complètent celle-là. Ne stockez pas ce condensat plus de quelques jours, surtout en été, et gardez le récipient couvert et à l’ombre plutôt qu’au soleil. Enfin, cette eau n’est pas potable, ni pour vous ni pour vos animaux : un seau posé dehors doit être hors de portée du chien et du chat, et jamais confondu avec une gamelle.

Le condensat de sèche-linge : le vrai point faible

L’eau du sèche-linge sort d’un tout autre univers. Elle a traversé du linge, et elle emporte avec elle des fibres, des peluches, et surtout des résidus de lessive : tensioactifs, azurants optiques, parfums, agents anticalcaire. Ces composés se retrouvent en petite quantité dans le bac, avec un aspect parfois légèrement trouble ou mousseux, qui doit vous alerter.

Un filtrage à travers un vieux torchon ou un filtre à café retire l’essentiel des peluches, mais rien de ce qui est dissous. En pratique, si vous lavez à dose raisonnable et sans produit agressif, l’usage sur des plantes ornementales robustes ne pose pas de problème notable. Si la lessive est utilisée en excès, ce qui est extrêmement courant, mieux vaut s’abstenir : les tensioactifs modifient la tension superficielle du sol et gênent l’humectation du substrat.

L’adoucissant, la raison de s’abstenir

Il y a un produit que je n’accepte dans aucun arrosage : l’adoucissant textile. Il repose sur des tensioactifs cationiques, des ammoniums quaternaires, qui ont deux propriétés gênantes pour un jardinier. Ils se fixent très fortement sur les argiles et les matières organiques du sol, donc ils ne s’en vont pas, et ils ont une action antibactérienne qui perturbe la microflore du substrat.

Si vous utilisez de l’adoucissant à chaque lessive, considérez simplement que l’eau de votre sèche-linge n’est pas récupérable, et videz-la dans l’évier comme avant. Si vous voulez profiter de la ressource, la seule voie propre est de cesser l’adoucissant et de réduire les doses de lessive, ce qui ne fait de mal à personne. Le condensat de climatisation, lui, n’est pas concerné par cette question.

Les plantes qui en profitent le plus

Une eau sans calcaire est une aubaine pour tout ce qui déteste le calcium en excès, et pour toutes les cultures en contenant où les sels s’accumulent. Voici les usages que je privilégie avec cette réserve, en réservant systématiquement le condensat de climatisation, plus propre, aux plantes les plus délicates.

  • camélias, azalées, rhododendrons et bruyères en bac
  • hortensias que vous souhaitez maintenir bleus
  • myrtilliers, canneberges et petits fruits acidophiles en pot
  • agrumes en contenant, très sensibles à la remontée de pH
  • plantes vertes d’intérieur à feuillage fin, fougères et calathéas
  • rinçage mensuel des pots pour évacuer les sels d’engrais

Ce qu’il manque à cette eau

La pureté a un revers dont on parle rarement : le condensat n’apporte aucun élément nutritif. Pas de calcium, pas de magnésium, alors que ce sont deux éléments majeurs dont la plante a besoin en quantité importante. Une plante en pot arrosée exclusivement à l’eau condensée pendant deux ans peut développer une carence en calcium, qui se manifeste par des nécroses sur les jeunes feuilles et des extrémités racinaires abîmées.

La correction est simple. Soit vous utilisez un engrais complet contenant du calcium et du magnésium, ce qui n’est pas le cas de tous, soit vous alternez : deux arrosages au condensat pour un à l’eau du robinet. Chez moi, cette alternance suffit, et elle a l’avantage de faire durer une réserve toujours trop courte.

Ce que je n’arrose jamais avec

Il y a des usages que j’écarte par principe, moins par certitude de danger que par simple prudence. Je n’arrose pas avec ce condensat les légumes-feuilles que l’on consomme crus, salades, épinards, herbes aromatiques, parce que le feuillage est en contact direct avec l’eau et qu’il n’est pas cuit. Pour le reste du potager, si je devais m’en servir, ce serait uniquement au pied et sur des cultures à fruits.

Je ne l’utilise pas non plus pour mes plantes carnivores, malgré son absence de calcaire. Elles réclament une eau vraiment pure, et les traces de détergent comme les résidus métalliques ne valent pas le risque sur des sujets qui coûtent cher et se remplacent mal. Pour elles, l’eau de pluie reste la référence, et rien d’autre.

Le bilan honnête

Cette ressource ne remplacera jamais une cuve de récupération d’eau de pluie, qui reste la meilleure solution en volume comme en qualité. Elle est irrégulière, dépendante de la météo et de vos lessives, et elle exige un minimum de rigueur sanitaire. Personne ne va couvrir les besoins d’un potager avec le bac de son sèche-linge.

En revanche, pour une collection de plantes d’intérieur, une terrasse de bacs acidophiles ou quelques agrumes en pot, quinze à trente litres par mois d’eau parfaitement douce changent réellement les choses, particulièrement quand on habite une région à eau dure et qu’on n’a pas de toiture pour récupérer la pluie. En appartement avec une climatisation, c’est même la seule source d’eau douce facilement disponible.

Le conseil de Sophie. Posez un bidon fermé sous la sortie de condensat de votre climatiseur et réservez cette eau à vos plantes acidophiles en bac : c’est exactement là qu’un litre d’eau douce fait le plus de différence.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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