Une glycine sur un balcon : oui, avec 2 tailles par an, voici lesquelles

Une glycine sur un balcon : oui, avec 2 tailles par an, voici lesquelles

On me répète qu’une glycine sur un balcon, c’est chercher les ennuis : trop vigoureuse, trop lourde, capable de tordre une rambarde en trois saisons. La mienne vit depuis sept ans dans un bac de 70 litres, plein sud, et elle fleurit chaque année autour du 20 avril. Ce qui fait la différence n’est ni la variété ni l’engrais : ce sont deux tailles annuelles, à deux moments précis, que presque personne ne fait en entier.

Une liane de forêt qu’on met au régime

La glycine est une liane qui, laissée libre en pleine terre, grimpe à dix ou quinze mètres et vit facilement un siècle. On en conclut qu’elle est ingérable dans un bac. C’est pourtant l’inverse qui se produit : la restriction racinaire est exactement ce qui la calme et ce qui la pousse à fleurir. Un sujet contraint dépense moins d’énergie à courir après du terrain et davantage à former des boutons, à condition qu’on ne lui laisse pas la bride sur le cou.

Le prix à payer, c’est un régime strict et régulier. Comptez un bac de 60 à 80 litres, 50 centimètres de profondeur au minimum, un arrosage quotidien de juin à septembre et un rempotage tous les trois ou quatre ans. Une glycine dans un pot de 20 litres, je n’y crois pas une seconde : elle tient deux ans, s’épuise, et finit par ne plus produire que du feuillage et des tiges molles.

Achetez une plante greffée, jamais un semis

C’est la première cause d’échec et elle n’a rien à voir avec le sécateur. Une glycine issue de semis met généralement dix à vingt ans avant sa première grappe, et certaines ne fleurissent jamais. Une plante greffée, elle, fleurit à deux ou trois ans. Aucune taille au monde ne rattrape une erreur commise au moment de l’achat.

Vérifiez donc la présence du point de greffe avant de sortir votre carte : un renflement, une cicatrice oblique, à dix ou vingt centimètres au-dessus du collet. Le plus sûr reste d’acheter en avril, plante en fleurs, chez un pépiniériste. Si elle fleurit dans son conteneur de vente, elle refleurira chez vous. Un sujet vendu hors floraison, sans mention de greffage et à prix cassé, est très souvent un semis.

Le bac, le drainage et le substrat

Je préfère le bois ou la terre cuite au plastique noir, parce que les racines détestent les 45 °C qu’un bac sombre atteint contre un mur exposé au sud. Percez large, quatre ou cinq trous de deux centimètres, et posez le contenant sur des cales de un centimètre pour que l’eau s’évacue vraiment au lieu de stagner sous le fond.

Mon mélange tient en trois tiers : terre végétale, terreau de plantation et matière drainante, pouzzolane ou gravier de 5 à 10 millimètres. La glycine tolère très bien le calcaire, beaucoup moins l’asphyxie racinaire. J’ajoute deux poignées de corne broyée au fond du bac à la plantation, pas davantage : vous verrez plus loin pourquoi l’azote est l’ennemi numéro un de la floraison.

Exposition et support : ne sous-estimez jamais sa force

Six heures de soleil direct par jour constituent le minimum vital. À l’ombre d’un immeuble, ou derrière une rambarde pleine qui coupe la lumière du bas, vous obtiendrez un rideau vert très décoratif et pas une seule grappe. Plein sud ou plein ouest, sans hésitation, quitte à surélever le bac de vingt centimètres pour dégager la base.

Sur le support, voyez large et solide. Une glycine s’enroule, puis serre : en cinq ans, elle écrase un fil de fer, tord une gouttière en zinc et fait éclater un treillage de deux centimètres d’épaisseur. J’utilise un câble inox de 4 millimètres tendu entre deux pitons chevillés, ou des tasseaux de 4 sur 4 centimètres. Et ne la laissez jamais filer derrière un bardage, un volet ou une descente d’eau pluviale : vous ne l’en ressortirez pas sans démonter.

La taille d’été, fin juillet ou début août

C’est celle qu’on saute, et c’est de très loin la plus décisive. Après la floraison, la glycine émet de longues tiges volubiles, souples, vert clair, qui peuvent gagner deux mètres en six semaines. Ces tiges-là ne fleuriront jamais telles quelles : elles ne servent qu’à partir à la conquête d’un support.

Fin juillet, je rabats toutes ces pousses de l’année à cinq ou six feuilles de leur point de départ, soit une trentaine de centimètres. Le geste fait trois choses en une : il stoppe net la course en avant, il fait entrer la lumière sur le bois ancien, et il oblige les bourgeons restés à la base de la pousse à s’orienter vers la fleur plutôt que vers le bois. Sur une plante en bac, cela prend vingt minutes une fois par an.

La taille d’hiver, en janvier ou février

La seconde passe se fait sur bois nu, quand la structure est enfin lisible. On reprend les moignons laissés en été et on les raccourcit à deux ou trois bourgeons, cinq à huit centimètres. On termine en supprimant le bois mort, les branches qui se croisent et tout ce qui part vers l’intérieur de la ramure ou vers le mur.

Au fil des années, ces moignons s’épaississent et forment de petits poings noueux le long des charpentières. Ce sont eux qui portent les grappes, année après année. Ne les supprimez jamais en croyant faire du propre : c’est là, et nulle part ailleurs, que se trouve la floraison de la saison suivante.

Reconnaître un bourgeon à fleur d’un bourgeon à bois

En janvier, la distinction se fait à l’œil nu et évite des catastrophes irréparables. Prenez trente secondes d’observation avant chaque coupe, surtout la première année où vous taillez une plante que vous ne connaissez pas encore.

  • le bourgeon à fleur est gros, rond, ventru, souvent duveteux, et légèrement écarté de la tige
  • le bourgeon à bois est petit, plat, pointu, plaqué contre le rameau
  • sur un rameau bien conduit, on trouve deux ou trois bourgeons à fleurs dans les huit premiers centimètres
  • un rameau qui ne porte que des bourgeons plats a été taillé trop tard, ou nourri à l’azote

Arrosage et engrais : l’azote est votre ennemi

En été, un bac exposé plein sud sèche en une seule journée de vent. J’arrose tous les soirs de juin à septembre, cinq à huit litres, et je ne laisse une soucoupe pleine que pendant les épisodes de canicule, jamais en permanence. En hiver, un arrosage tous les quinze jours suffit si la pluie n’atteint pas le bac, ce qui est fréquent sous un balcon couvert.

Côté fertilisation, la faute classique consiste à donner un engrais universel riche en azote. Le résultat est immanquable : deux mètres de feuilles superbes et zéro grappe. Je donne un engrais riche en potasse, du type de ceux destinés aux tomates, exactement deux fois par an, début mars puis mi-juin. Plus rien après juillet, faute de quoi la plante repart en végétation au lieu d’aoûter son bois et de mûrir ses boutons.

Le rempotage et la taille des racines

Tous les trois ou quatre ans, en février, je sors la motte du bac. Elle est en général chevelue, tassée, avec des racines qui tournent en spirale contre les parois. Avec une vieille scie égoïne, je coupe trois à quatre centimètres sur les côtés et sous la motte, soit environ un quart du volume total.

Le geste paraît brutal et c’est pourtant lui qui garde la plante jeune et florifère pendant quinze ans. Je remets du substrat frais tout autour, je tasse à la main, j’arrose très copieusement, et je rabats un peu la ramure pour équilibrer la perte de racines. La glycine repart sans broncher : elle possède des réserves considérables dans son vieux bois.

Ce qu’il faut savoir avant de l’installer à hauteur d’enfant

Toutes les parties de la glycine sont toxiques par ingestion, et particulièrement les graines contenues dans les gousses veloutées qui se forment à l’automne. Quelques graines suffisent à provoquer des troubles digestifs sérieux chez un enfant. Ce n’est pas une raison pour renoncer à la plante, c’est une raison pour ramasser systématiquement les gousses.

Je les coupe en septembre, avant qu’elles ne sèchent et n’éclatent en projetant leur contenu sur le sol du balcon. Cela évite en prime que la plante s’épuise à mûrir des graines, et cela fait autant de travail en moins à la taille d’hiver. Si vous avez de jeunes enfants ou un chien qui mordille tout ce qui traîne, ne sautez pas ce passage.

Le calendrier en trois dates

Si vous ne devez retenir que trois moments dans l’année, ce sont ceux-ci, et ils valent à eux seuls tout le reste de l’article. Notez-les dans votre agenda, parce qu’ils tombent chacun à un moment où l’on pense à autre chose qu’au balcon.

  • fin juillet ou début août : rabattre toutes les pousses de l’année à cinq ou six feuilles
  • janvier ou février : raccourcir ces moignons à deux ou trois bourgeons et nettoyer la charpente
  • début mars et mi-juin : un apport d’engrais riche en potasse, et rien du tout ensuite

Le conseil de Sophie. Le jour où j’ai ajouté la taille de fin juillet à ma taille d’hiver, je suis passée de trois grappes à une quarantaine sur la même plante ; si vous ne devez en faire qu’une seule cette année, faites celle d’été.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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