Mon fils a un aquarium d’eau douce de cent vingt litres dans le salon, et tous les dimanches nous en retirons vingt-cinq litres pour les remplacer. Pendant deux ans, ces vingt-cinq litres sont partis dans la douche. Aujourd’hui ils arrosent mes plantes vertes et une partie du potager, et la différence sur les feuillages est visible. Mais il y a des eaux d’aquarium qu’il ne faut surtout pas sortir du bac.
Pourquoi elle vaut mieux que l’eau du robinet
L’eau du robinet arrive chlorée, souvent calcaire, et totalement dépourvue d’éléments nutritifs. L’eau d’un aquarium en fonctionnement, elle, a passé une semaine à recevoir des déjections de poissons et des restes de nourriture, que les bactéries du filtre ont transformés en nitrates. Elle contient aussi un peu de phosphore, de potassium et d’oligo-éléments.
Autre avantage, moins évoqué : elle est déchlorée depuis longtemps et à température ambiante, deux points qui comptent pour les plantes d’intérieur. Je n’ai plus besoin de laisser reposer un arrosoir vingt-quatre heures, ce qui était ma vieille habitude et que j’oubliais une fois sur deux.
Ce qu’elle contient, chiffres à l’appui
Dans un bac correctement entretenu, on vise des nitrates entre dix et quarante milligrammes par litre. Au-delà de cinquante, le bac est mal équilibré et il faut s’en occuper pour les poissons. Ces quarante milligrammes de nitrates correspondent à environ neuf milligrammes d’azote par litre : c’est très peu à l’échelle d’un engrais.
Comparons pour fixer les idées. Un engrais liquide pour plantes vertes, une fois dilué selon la notice, apporte autour de cent à deux cents milligrammes d’azote par litre. L’eau d’aquarium est donc dix à vingt fois moins concentrée. Elle fait beaucoup de bien à une plante en pot qui reçoit deux litres par semaine, mais elle ne nourrira pas un massif.
Disons les choses : « le meilleur », c’est vite dit
On lit souvent que c’est l’engrais liquide idéal. C’est exagéré. C’est une eau d’arrosage légèrement enrichie, gratuite, sans chlore et à bonne température : ce cumul d’avantages est réel et suffit à en faire une excellente habitude. Mais si vos plantes montrent une carence marquée, ce n’est pas ça qui la corrigera.
Je préfère la présenter autrement : l’eau d’aquarium remplace avantageusement l’eau du robinet, elle ne remplace pas la fertilisation. Sur mes plantes vertes d’intérieur, elle m’a permis de diviser par deux les apports d’engrais du commerce. Sur mes tomates en pleine terre, elle n’a rien changé de mesurable.
Eau douce oui, eau de mer jamais
Un aquarium récifal ou marin contient environ trente-cinq grammes de sels par litre. Verser cela sur un sol, c’est le stériliser durablement, et sur une plante en pot, c’est la tuer en quelques jours. Il n’existe aucune dilution raisonnable qui rende cette eau utilisable au jardin.
Attention aussi aux bacs dits saumâtres, souvent réglés autour de cinq à quinze grammes de sel par litre. Ils passent inaperçus parce que l’eau paraît normale, mais ils posent exactement le même problème. En cas de doute sur le type de bac, la réponse est simple : ça va à l’évier.
Les cas où il faut tout jeter
Un aquarium n’est pas seulement de l’eau et des poissons, c’est parfois une petite pharmacie. Voici les situations qui m’ont fait renoncer à récupérer l’eau.
- traitement en cours ou terminé depuis moins de trois semaines, quelle que soit la molécule
- présence de sel thérapeutique, très courant contre les points blancs
- bac contenant des traitements à base de cuivre, toxiques pour la vie du sol à faible dose
- colorants comme le bleu de méthylène ou le vert de malachite
- eau de bac neuf en cours de cyclage, chargée en ammoniaque
- bac ayant reçu un anti-algues ou un clarifiant chimique
Quand la récupérer
Le bon moment, c’est le changement d’eau hebdomadaire, celui de vingt à trente pour cent du volume. Cette eau-là est à son maximum de nitrates, juste avant d’être remplacée. Je siphonne directement dans un arrosoir de dix litres, ce qui m’évite un transvasement et un dos cassé.
Je l’utilise dans les vingt-quatre heures. Passé ce délai, elle se désoxygène, les bactéries continuent de travailler et une odeur de vase apparaît. Ce n’est pas dangereux pour les plantes, mais c’est franchement désagréable à manipuler dans une maison.
Le fond du siphon, la partie la plus riche
Quand je passe la cloche à vase dans le gravier, les premiers litres remontent bruns et chargés de particules. C’est la fraction la plus intéressante : des déjections partiellement décomposées, donc de la matière organique et pas seulement des nitrates dissous. Je la réserve pour les plantes les plus gourmandes.
En revanche je ne la verse jamais sur un semis ni dans une soucoupe. Ces particules colmatent la surface du substrat et peuvent former une pellicule qui empêche l’eau de pénétrer. Sur un pot installé, je griffe la surface deux jours après pour éviter ce problème.
Sur quelles plantes, et à quelle fréquence
Chez moi, elle va d’abord aux plantes vertes d’intérieur, qui vivent dans un volume restreint et s’épuisent vite : monstera, pothos, spathiphyllum, fougères d’appartement. Elles reçoivent leur arrosage habituel, simplement avec cette eau-là, une fois par semaine du printemps à l’automne.
Au potager, je la réserve aux plantes à feuillage : salades, épinards, blettes, aromatiques. L’azote sous forme de nitrates profite avant tout aux feuilles. Sur des tomates ou des fraisiers en pleine floraison, un excès d’azote ferait pousser la végétation au détriment des fruits, même si la dose reste ici très faible.
Les plantes à qui il ne faut pas en donner
Les plantes carnivores, droséras et sarracénies en tête, exigent une eau presque pure, sans minéraux. L’eau d’aquarium leur est franchement nocive, et l’eau de pluie reste la seule bonne réponse. Même chose pour les orchidées épiphytes cultivées sur écorce, sensibles à l’accumulation de sels.
Je m’abstiens également sur les semis de moins de trois semaines et sur les boutures en cours d’enracinement. Elles n’ont pas de système racinaire capable de gérer un excès, et l’eau de siphon apporte des matières organiques qui favorisent la fonte des semis dans un substrat constamment humide.
Ce qu’il ne faut pas espérer
Cette eau n’apportera ni structure, ni humus, ni correction de pH. Elle ne rattrapera pas une terre tassée ni un terreau épuisé qui aurait besoin d’être renouvelé. Et elle ne dispense pas de rempoter tous les deux ans les plantes d’intérieur, qui finissent par occuper tout leur volume de racines.
Enfin, quantitativement, un bac de cent litres fournit vingt-cinq litres par semaine, soit de quoi arroser une quinzaine de pots d’intérieur. C’est excellent pour la maison, anecdotique pour un potager de cent mètres carrés. Mieux vaut le savoir avant de compter dessus.
Le conseil de Sophie. Siphonnez directement dans l’arrosoir plutôt que dans un seau : vous éviterez un transvasement, et vous serez beaucoup plus régulier dans l’habitude.

