Duvet gris sur les fraises : le botrytis, la paille qui l'évite

Duvet gris sur les fraises : le botrytis, la paille qui l’évite

Vous cueillez une fraise magnifique et, au moment de la détacher, elle s’écrase entre vos doigts sous un duvet gris. C’est le botrytis, et il ne s’est pas installé la veille. Comprendre à quel moment il entre dans le fruit change complètement la façon de s’en défendre.

Un duvet gris qui poudroie

La pourriture grise commence par une zone molle, brun clair, souvent au point de contact avec le sol ou avec une autre fraise. En vingt-quatre heures d’air humide, elle se couvre d’un feutrage gris souris qui s’envole en nuage au moindre choc : ce sont les spores, et un seul fruit en libère des millions.

À la fin, la fraise se dessèche et se momifie sur le pédoncule, dure comme un caillou. Ne confondez pas avec l’anthracnose, qui fait des taches brunes creuses et fermes, sans duvet, ni avec les dégâts de limaces, qui laissent des cavités nettes, des traces de mucus et jamais ce gris caractéristique.

L’infection a lieu à la floraison

C’est le point que je trouve le plus mal expliqué partout. Le champignon entre dans la fleur, par les pétales et les étamines, pendant les quelques jours d’ouverture. Il s’y installe puis reste latent, sans rien montrer, pendant tout le grossissement du fruit. Il ne se réveille qu’à la maturation, quand les sucres montent et que les tissus s’assouplissent.

Conséquence directe : agir au moment où l’on voit les fruits pourrir, c’est agir avec trois à cinq semaines de retard. Ce qui se joue vraiment, c’est la période de floraison, en avril-mai chez moi. Si elle tombe pendant une semaine de pluie tiède, je sais dès ce moment-là que la récolte sera difficile, et je m’organise en conséquence.

La paille, et comment la poser

La paille remplit trois fonctions à la fois : elle isole les fruits de la terre humide, elle bloque les éclaboussures qui projettent les spores du sol vers les fleurs, et elle permet au fruit de sécher vite après une averse. Sur mes deux planches, la différence entre pied paillé et pied nu, une année pluvieuse, dépasse le tiers de la récolte. Encore faut-il la poser correctement, et voici les quelques règles précises que j’applique :

  • poser la paille quand les premières fleurs s’ouvrent, pas avant : trop tôt, elle maintient le sol froid et retarde tout de deux semaines ;
  • compter cinq à huit centimètres d’épaisseur, tassés, en glissant bien la paille sous les couronnes et sous les hampes florales ;
  • utiliser de la paille sèche de céréale, jamais du foin, qui ressème des graminées dans toute la planche ;
  • soulever les hampes une fois par semaine pendant la récolte pour vérifier qu’aucun fruit n’est retombé dessous.

Le revers de la paille : les limaces

Je préfère le dire, parce qu’on l’omet toujours : une couche de paille humide est un abri idéal pour les limaces, et une fraise entamée par une limace est une porte ouverte pour le botrytis. Les deux problèmes se nourrissent l’un l’autre, et pailler sans surveiller peut empirer la situation les années humides.

Je fais donc un tour au crépuscule deux ou trois fois par semaine pendant la récolte, avec une lampe. Cela prend cinq minutes. Les alternatives à la paille existent, notamment les copeaux de bois grossiers ou les aiguilles de pin, qui abritent nettement moins de limaces mais coûtent plus cher à mettre en place.

Cueillir souvent, et enlever ce qui est perdu

Le geste le plus efficace contre la pourriture grise ne coûte rien : passer tous les un à deux jours pendant la récolte, et retirer chaque fruit atteint, même à moitié mûr, même momifié. Chaque fruit gris laissé sur place réensemence toute la planche à la première bourrasque.

Je le fais avec un contenant à part, jamais le panier de récolte. Je détache aussi le pédoncule, parce que le champignon y reste. Et je cueille le matin, quand la rosée est partie mais avant la chaleur : les fruits se conservent mieux et je ne manipule pas des feuilles trempées, ce qui disperserait les spores.

Aérer la planche

Une fraiseraie qui s’est refermée en tapis dense ne sèche plus. Au printemps, dès la reprise, je retire les feuilles mortes de l’hiver et une partie des vieilles feuilles, puis je coupe systématiquement les stolons pendant toute la période de récolte : ils épuisent le pied et surtout ils ferment la planche.

Je plante à trente-cinq ou quarante centimètres, jamais moins, en rangs orientés dans le sens du vent dominant quand la place le permet. C’est peu spectaculaire, mais un feuillage qui sèche en deux heures au lieu de six change vraiment le résultat, bien plus qu’un quelconque produit pulvérisé.

L’azote, faux ami de la fraise

Un pied de fraisier trop nourri en azote fait de grandes feuilles tendres et des fruits gorgés d’eau, à la peau fine, qui pourrissent beaucoup plus vite. Le fumier frais au printemps, très courant, est probablement la pire idée sur une fraiseraie, juste avant l’arrosage par aspersion en fin de journée.

Je nourris plutôt à l’automne, avec un compost bien mûr en surface, et j’apporte de la potasse sous forme de cendre tamisée en petite quantité au printemps. Les fruits sont un peu plus petits certaines années, nettement plus fermes, et ils tiennent trois jours au réfrigérateur au lieu d’un.

Après la cueillette, la conservation

Ne lavez jamais les fraises avant de les stocker : l’eau résiduelle entre les akènes relance le champignon en quelques heures. Je les étale en une seule couche, sans les empiler, dans un plat large, et je les mets au frais entre 2 et 4 °C. Le lavage se fait juste avant de les manger.

Triez impitoyablement : une seule fraise atteinte contamine ses voisines par simple contact en une nuit. Enfin, une fraiseraie se renouvelle tous les trois ans, avec des stolons prélevés sur des pieds sains et replantés sur une autre planche. Une vieille fraiseraie dense et fatiguée accumule le botrytis d’année en année.

Le conseil de Sophie. Le jour où la pluie s’installe pendant la floraison, posez la paille immédiatement, même à contretemps : c’est la seule intervention qui agit encore sur l’infection en train de se produire.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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