Dieffenbachia tout dégarni avec un tronc nu : coupez à 15 cm, il revient plus beau

Dieffenbachia tout dégarni avec un tronc nu : coupez à 15 cm, il revient plus beau

Un dieffenbachia de cinq ou six ans finit souvent en balai de sorcière : une tige nue de soixante centimètres, trois feuilles perchées tout en haut, et un pot qui bascule au moindre choc. On croit la plante fichue et on la remplace. C’est dommage, parce que ce tronc-là est rempli de bourgeons endormis qui n’attendent qu’une chose : qu’on coupe au-dessus d’eux.

Pourquoi le tronc se dénude par le bas

Le dieffenbachia pousse uniquement par son sommet. Chaque nouvelle feuille sort du cœur, s’ouvre, et pendant ce temps la plus vieille feuille du bas jaunit puis se détache en laissant une cicatrice en anneau sur la tige. Cette perte-là est normale : une plante adulte remplace deux à trois feuilles par an sans que ce soit inquiétant.

Ce qui n’est pas normal, c’est la vitesse. Quand la lumière manque, les entre-nœuds s’allongent, la tige s’affine, elle penche vers la fenêtre et lâche ses feuilles basses bien plus vite qu’elle n’en produit de nouvelles. Ajoutez un substrat régulièrement détrempé et vous obtenez ce tronc de manche à balai en deux hivers.

Le bon moment pour sortir le sécateur

Coupez entre mars et fin mai. À cette période la plante repart vite : les jours rallongent, la température de la pièce se maintient au-dessus de vingt degrés, et les bourgeons dormants réagissent en trois à cinq semaines. C’est le seul créneau où je le fais chez moi.

Une coupe en novembre, elle, laisse une souche nue pendant quatre mois. La plante ne consomme presque plus d’eau, le terreau reste humide, et le tronc pourrit par le haut avant d’avoir eu le temps de bourgeonner. Si vous découvrez le problème en automne, patientez : quatre mois de plus ne changeront rien à l’affaire.

Où poser la lame exactement

Repérez les anneaux clairs qui ceinturent la tige : ce sont les cicatrices des anciennes feuilles, et sous chacune sommeille un bourgeon. Coupez net à quinze centimètres du terreau, juste au-dessus d’un de ces anneaux, en laissant un demi-centimètre au-dessus de lui. Deux ou trois anneaux doivent rester sur le moignon.

Utilisez une lame vraiment tranchante, désinfectée à l’alcool à brûler, et faites une coupe franche et légèrement oblique pour que l’eau ne stagne pas dessus. Un sécateur mal aiguisé écrase les tissus sur un centimètre et cette zone broyée est exactement celle qui pourrit ensuite.

La sève est irritante, protégez-vous

Le dieffenbachia porte le surnom de canne des muets pour une raison très concrète : sa sève contient des cristaux d’oxalate de calcium qui provoquent une brûlure et un gonflement immédiats des muqueuses. On ne le goûte pas, on n’en met pas dans la bouche, et on tient les enfants et les animaux à distance pendant l’opération.

Enfilez des gants, ne vous frottez pas les yeux avant d’avoir lavé vos mains au savon, et essuyez la lame avant de la ranger. Si de la sève atteint un œil ou la bouche, rincez abondamment et appelez un médecin ou un centre antipoison sans attendre.

Ce qui se passe dans les semaines suivantes

La coupe pleure quelques minutes puis sèche. Épongez la goutte, laissez la plaie à l’air libre et ne mettez ni cire, ni mastic, ni film plastique dessus : un cal se forme seul en deux ou trois jours.

Entre trois et six semaines plus tard, un ou plusieurs points verts gonflent sous les anneaux. Le plus souvent deux pousses partent en même temps, parfois trois, et la plante repart en touffe au lieu de refaire une tige unique. Maintenez vingt à vingt-deux degrés et une lumière vive sans soleil direct.

L’arrosage après la coupe : beaucoup moins

Une plante sans feuilles ne transpire quasiment plus. Si vous continuez à arroser comme avant, le terreau reste gorgé, les racines s’asphyxient et la souche noircit par la base. Divisez vos apports par deux ou trois, et n’arrosez que lorsque les quatre premiers centimètres de terre sont secs sous le doigt.

Videz systématiquement la soucoupe un quart d’heure après l’arrosage. Reprenez un rythme normal seulement quand les nouvelles pousses portent deux ou trois feuilles ouvertes, c’est-à-dire souvent deux mois après la coupe. C’est la période la plus délicate de toute l’opération et la principale cause d’échec.

Ne jetez pas le morceau coupé

Le tronçon supérieur vaut une plante entière. La tête, coupée avec quinze à vingt centimètres de tige, s’enracine dans un verre d’eau changée tous les trois jours ou directement dans un mélange terreau-perlite maintenu juste humide. Le reste de la tige se débite en morceaux de sept ou huit centimètres portant chacun au moins un anneau.

  • posez les tronçons à plat, à demi enfoncés dans le substrat, le bourgeon vers le haut
  • gardez le tout entre vingt-deux et vingt-cinq degrés, à la lumière mais jamais au soleil direct
  • humidifiez sans détremper, et comptez six à dix semaines avant de voir sortir la première feuille
  • jetez sans hésiter tout morceau devenu mou ou malodorant, il ne repartira pas

Rempoter ou pas dans la foulée

Ne cumulez jamais les deux chocs. Une souche sans feuilles n’a aucun moyen de reconstituer des racines abîmées pendant le rempotage, et vous multipliez les risques de pourriture. Attendez que les nouvelles pousses atteignent une dizaine de centimètres, en général six à huit semaines après la coupe.

À ce moment-là, si les racines tournent au fond, passez à un pot de deux ou trois centimètres de diamètre de plus, pas davantage. Un contenant trop grand garde une réserve d’eau que les racines n’atteignent pas et qui finit par tourner. Un terreau pour plantes vertes allégé d’un tiers de perlite convient très bien.

Éviter que ça recommence

La cause de fond reste presque toujours la lumière. Installez la plante à un mètre ou un mètre cinquante d’une fenêtre bien dégagée, à l’est ou derrière un voilage au sud, et faites-lui faire un quart de tour chaque semaine pour qu’elle ne se déforme pas d’un côté. Sous trois mètres d’une fenêtre, elle s’étiole à nouveau.

Tenez-la au-dessus de seize degrés, à l’écart des portes d’entrée et des radiateurs, et donnez un engrais pour plantes vertes dilué de moitié toutes les trois semaines d’avril à septembre seulement. Rien en hiver : l’engrais sur une plante qui ne pousse pas ne fait que saler le substrat.

Quand la coupe ne prend pas

Si la souche devient molle et brune, la pourriture a gagné. Recoupez plus bas, jusqu’à retrouver un tissu blanc et ferme : parfois cinq centimètres de tige saine suffisent à redémarrer. Si tout est atteint, reportez vos espoirs sur les boutures.

Si au contraire la souche reste ferme mais que rien ne bouge après huit semaines, elle a froid ou trop d’eau. Déplacez-la dans la pièce la plus chaude et la plus lumineuse, laissez sécher le terreau davantage, et donnez-lui encore un mois.

Le conseil de Sophie. Chez moi, je coupe toujours un dimanche de mars et je note la date au feutre sur l’étiquette du pot : quand rien n’a bougé au bout de six semaines, je sais qu’il faut chercher du côté de l’arrosage et pas s’inquiéter pour rien.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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