Cyclamen fané : ne le jetez pas, le bulbe refleurit l'automne suivant

Cyclamen fané : ne le jetez pas, le bulbe refleurit l’automne suivant

Chaque année en avril, les cyclamens de Noël finissent au compost par milliers. Ils jaunissent, ils s’affaissent, on croit qu’ils sont morts. Ils ne le sont pas : ils font exactement ce que leur cycle prévoit, c’est-à-dire se mettre au repos. Avec un peu de patience et un endroit sec pour l’été, la même plante refleurit à l’automne suivant, et souvent mieux que la première fois.

On dit bulbe, c’est en réalité un tubercule

Le mot circule partout, y compris chez les fleuristes, mais il est inexact et ce n’est pas un détail. Un bulbe, comme celui d’une tulipe, est composé d’écailles superposées et se renouvelle chaque année. Le cyclamen, lui, possède un tubercule : une galette pleine, ferme, brune, qui grossit d’année en année et vit très longtemps.

Cette différence a une conséquence pratique. On n’arrache pas un tubercule de cyclamen comme on arrache un bulbe de tulipe, et on ne le divise pas non plus. Il reste dans son pot, avec ses racines, et c’est autour de lui qu’on organise l’été. Les vieux tubercules atteignent la taille d’une soucoupe et portent des dizaines de fleurs.

Ce qui se passe quand il « fane » au printemps

Vers mars ou avril, la lumière augmente, la température monte, et le cyclamen reçoit le signal de fin de saison. Il cesse de faire des boutons, les feuilles jaunissent en commençant par les plus âgées en périphérie, les hampes ramollissent. C’est un processus normal et progressif, étalé sur quatre à six semaines.

Pendant cette phase, la plante rapatrie tout ce qu’elle peut dans son tubercule : sucres, minéraux, réserves. C’est pour cela qu’il ne faut surtout pas couper les feuilles vertes ou à peine jaunissantes. Laissez-les jaunir complètement, puis retirez-les en tirant à la base. Chaque feuille arrachée trop tôt, c’est de la réserve en moins pour l’automne.

Diminuer l’eau progressivement, pas d’un coup

L’erreur classique consiste à arrêter net l’arrosage dès qu’on voit les premières feuilles jaunes. Le tubercule est alors pris de court et n’a pas fini de constituer ses réserves. Espacez plutôt les apports peu à peu : d’une fois par semaine, passez à une fois tous les dix jours, puis tous les quinze jours.

Quand il ne reste plus une seule feuille verte, en général courant mai ou début juin selon les années, arrêtez complètement. À partir de ce moment, le pot ne reçoit plus une goutte pendant deux à trois mois. C’est cette sécheresse totale qui déclenche et protège le repos ; c’est aussi elle qui manque le plus souvent quand la manœuvre échoue.

Où stocker le pot pendant l’été

L’endroit idéal est sec, sombre ou peu éclairé, aéré, et le plus frais possible. Chez moi c’est une étagère au fond du garage, contre le mur nord. Une cave saine, un cellier, le dessous d’un établi à l’abri de la pluie font tout aussi bien l’affaire.

  • Couchez le pot sur le flanc : cela empêche toute pluie ou tout arrosage accidentel de le remplir.
  • Évitez absolument un endroit où la température dépasse 25 °C en continu, comme un abri de jardin en tôle ou un grenier.
  • Ne mettez pas le pot dehors sans protection, même à l’ombre : un orage suffit à noyer le tubercule.
  • Ne l’enfermez pas dans un sac plastique, qui piège l’humidité résiduelle et fait pourrir la galette.
  • Notez la date sur une étiquette, on oublie très vite quand on a rentré le pot.

Faut-il sortir le tubercule de la terre ?

Non, et c’est probablement la question qu’on me pose le plus. Le tubercule conserve pendant tout l’été des racines charnues qui ne meurent pas complètement et qui repartiront à l’automne. Les arracher revient à faire perdre à la plante un mois d’avance au réveil.

Il existe une seule exception : si vous suspectez une pourriture ou un problème de substrat, sortez la motte en fin d’été, examinez la galette et les racines, éliminez ce qui est mou et noir, et rempotez immédiatement dans un mélange neuf. En dehors de ce cas précis, on laisse le tubercule tranquille dans sa terre.

Fin août, le réveil

Vers la troisième semaine d’août, ou début septembre si l’arrière-saison est très chaude, sortez le pot de sa cachette et redressez-le. Souvent, en grattant délicatement la surface, vous découvrez déjà de minuscules pointes roses ou violacées serrées au sommet du tubercule : les futures feuilles et hampes.

Le premier arrosage doit être copieux mais unique : trempez la motte par la soucoupe pendant vingt minutes, videz, puis n’y touchez plus pendant huit à dix jours. Un substrat maintenu humide alors que la plante n’a pas encore de racines actives est le meilleur moyen de faire pourrir un tubercule qui a passé l’été impeccablement.

Rempoter : le tiers supérieur au-dessus de la terre

C’est le bon moment pour changer le substrat, tous les deux ans environ. Utilisez un mélange drainant : deux tiers de terreau pour plantes fleuries, un tiers de sable grossier ou de perlite. Le pot doit rester ajusté, deux à trois centimètres de plus que le diamètre du tubercule, jamais davantage.

Le point capital est la profondeur de plantation. Le tiers supérieur du tubercule doit dépasser du niveau de la terre, à l’air libre. Un tubercule enterré complètement pourrit au premier arrosage. Repérez le bon sens : la face légèrement creuse et parcourue de cicatrices va vers le haut, la face d’où partent les racines va vers le bas.

Les premières semaines après le réveil

Placez le pot dans un endroit lumineux et frais, entre 12 et 16 °C, jamais en plein soleil. Reprenez un arrosage régulier dès que les premières feuilles se déroulent, toujours par la soucoupe, en laissant la surface sécher entre deux apports. Commencez l’engrais seulement quand une dizaine de feuilles sont sorties, à demi-dose, tous les quinze jours.

Comptez six à dix semaines entre le réveil et les premières fleurs. Un cyclamen sorti de dormance fin août fleurit généralement courant octobre ou novembre. S’il ne fait que des feuilles, c’est presque toujours un problème de température : trop chaud, il fabrique du feuillage et pas de boutons.

À quoi ressemble la deuxième floraison

Soyons honnête sur le résultat. Les plantes achetées en jardinerie ont été forcées sous serre, avec des régulateurs de croissance, ce qui explique leur port compact et leur avalanche de fleurs. La deuxième année, la vôtre sera plus haute, plus lâche, avec des hampes plus longues et des fleurs un peu moins nombreuses au même moment.

Elle sera en revanche beaucoup plus robuste, et la floraison s’étalera davantage. À partir de la troisième ou quatrième année, avec un tubercule qui a grossi, on retrouve une abondance qui dépasse celle de l’achat. C’est un jeu de patience, pas un tour de magie.

Les cas où ça ne marche pas

Il faut le dire franchement : ma réussite tourne autour de deux tubercules sur trois, pas dix sur dix. Les échecs viennent presque toujours d’une humidité résiduelle pendant l’été, d’un tubercule déjà abîmé au moment de l’achat, ou d’un stockage trop chaud.

Les mini-cyclamens à très petites fleurs sont les plus difficiles à faire repartir, car leur tubercule est minuscule et ses réserves limitées. Si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté pour un premier essai, gardez un pied de taille standard, acheté tôt dans la saison, avec un collet propre et beaucoup de boutons non ouverts.

Le conseil de Sophie. Écrivez « ressortir le cyclamen » dans votre agenda au 20 août : c’est la seule étape que j’oublie régulièrement, et un mois de retard coûte un mois de fleurs.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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