Cyclamen : arrosez par la soucoupe, jamais sur le cœur

Cyclamen : arrosez par la soucoupe, jamais sur le cœur

Un cyclamen qui pourrit part toujours du même endroit : le centre de la touffe, là où les tiges sortent du tubercule. On l’arrose de bonne foi, un peu au milieu, et deux semaines plus tard la plante s’écroule d’un bloc en sentant mauvais. Le geste correct tient en une phrase, mais il mérite qu’on explique pourquoi, sinon on l’applique de travers et on obtient l’autre catastrophe, l’asphyxie.

Le tubercule affleure, et c’est là tout le problème

Le cyclamen de fleuriste, Cyclamen persicum, ne pousse pas comme une plante ordinaire. Il possède un tubercule aplati, une sorte de galette ferme et brune, dont le sommet doit rester au-dessus du niveau de la terre. Toutes les feuilles et toutes les hampes florales partent de ce disque, serrées les unes contre les autres, formant ce qu’on appelle le collet ou le cœur.

Cette architecture est admirable pour un climat méditerranéen, où la plante pousse en hiver sous les pluies et se met au repos l’été. Elle est catastrophique dans un intérieur. Dès qu’une goutte d’eau reste piégée entre les pétioles serrés, elle ne s’évapore pas, elle stagne au contact du tubercule. Les champignons et bactéries de pourriture n’attendent que ça.

Ce que « le cœur » désigne exactement

Quand je dis de ne jamais arroser sur le cœur, je parle de la zone centrale de cinq à huit centimètres de diamètre d’où sortent les tiges. C’est un point précis, pas toute la surface du pot. Beaucoup de gens comprennent qu’il ne faut jamais mouiller la terre, ce qui est faux, et laissent leur plante sécher jusqu’à la flétrissure.

La règle réelle est plus simple à formuler ainsi : l’eau doit arriver au substrat, jamais aux tiges. Vous pouvez parfaitement verser en bordure de pot, contre la paroi, à condition de ne rien éclabousser au milieu. Mais la méthode la plus sûre, surtout si vous avez la main lourde, reste la soucoupe.

L’arrosage par la soucoupe, minute par minute

C’est la méthode que j’utilise pour tous mes cyclamens depuis que j’en ai perdu deux le même hiver. Elle demande d’être présent au bon moment, ce qui est son seul inconvénient.

  • Versez de l’eau dans la soucoupe jusqu’à une hauteur de deux à trois centimètres.
  • Posez le pot dedans et laissez-le boire quinze à vingt minutes.
  • Vérifiez la surface de la terre : quand elle devient sombre et fraîche au toucher, la motte est traversée.
  • Retirez le pot et videz complètement la soucoupe, sans exception.
  • Si toute l’eau a été absorbée avant vingt minutes, remettez-en une petite quantité, la motte était très sèche.

L’erreur inverse : la soucoupe toujours pleine

Beaucoup de gens retiennent la première moitié du conseil et oublient la seconde. Ils laissent la soucoupe remplie en permanence, se disant que la plante prendra ce dont elle a besoin. Le résultat est aussi mortel que l’arrosage sur le cœur, simplement plus lent.

Les racines du cyclamen ont besoin d’oxygène. Dans un substrat gorgé d’eau en permanence, elles noircissent et cessent de fonctionner en une à deux semaines. Le symptôme est trompeur : la plante fane exactement comme si elle avait soif, ce qui pousse le jardinier à arroser encore davantage. Si votre cyclamen mollit alors que la terre est humide, arrêtez tout et sortez le pot de son eau.

À quelle fréquence, vraiment

Il n’existe pas de rythme fixe, et c’est ce qui déroute. Un cyclamen dans une pièce à 14 °C boit environ une fois par semaine. Le même dans un salon à 20 °C peut demander de l’eau tous les trois jours. Le volume du pot, la lumière et le nombre de fleurs ouvertes changent tout.

Je me fie donc au poids et au doigt, pas au calendrier. J’enfonce l’index de deux centimètres dans la terre, en bordure du pot : si c’est sec à cette profondeur, j’arrose ; si c’est encore frais, j’attends un ou deux jours. Soulever le pot fonctionne tout aussi bien une fois qu’on a mémorisé la sensation d’un pot plein et d’un pot vide.

La température de l’eau compte plus qu’on ne croit

Une eau glacée sortie du robinet en janvier tourne autour de 8 °C. Versée sur une motte à 15 °C, elle provoque un choc qui bloque l’absorption pendant plusieurs heures et favorise les taches sur le feuillage. Je remplis donc mon arrosoir la veille et je le laisse dans la pièce.

Le cyclamen supporte mieux le calcaire que l’azalée ou le gardénia, l’eau du robinet ne pose pas de problème majeur. Si la vôtre est très dure, alterner avec de l’eau de pluie évite simplement le voile blanc qui finit par ternir la surface du substrat et le bord du pot.

Si vous devez absolument arroser par le haut

Cela arrive : pot trop large pour la soucoupe, plante posée dans une jardinière, cache-pot fixe. Dans ce cas, utilisez un arrosoir à bec long et fin, et faites couler l’eau lentement contre la paroi intérieure du pot, en tournant autour de la touffe. Écartez délicatement le feuillage d’une main pour voir où vous versez.

Ne versez jamais d’un seul coup au milieu, et ne brumisez pas le feuillage. Les gouttelettes retombent inévitablement entre les pétioles, et les pétales tachent au moindre contact prolongé avec l’eau. Un cyclamen n’a pas besoin d’humidité sur ses feuilles, il a besoin d’air frais.

Fleurs et feuilles fanées : on tire, on ne coupe pas

Chaque fleur fanée et chaque feuille jaune doit partir, sinon elle pourrit sur place et contamine le collet. Mais il ne faut pas la couper aux ciseaux : le tronçon de pétiole restant se transforme en porte d’entrée pour la pourriture grise.

Le bon geste consiste à saisir la tige le plus bas possible, à la base, puis à tourner d’un quart de tour tout en tirant doucement vers le haut. Elle se détache nette du tubercule, avec un petit claquement. Faites-le une fois par semaine, cela prend trente secondes et c’est probablement le geste qui prolonge le plus la vie de la plante.

Reconnaître une pourriture qui commence

Les premiers signes sont discrets : un ou deux pétioles qui se ramollissent à la base alors que le reste de la touffe est ferme, une odeur légèrement aigre quand on approche le nez du centre, une zone brunâtre et molle sur le bord du tubercule. À ce stade, on peut encore agir.

Retirez toutes les tiges atteintes en tirant, dégagez le collet de toute terre qui le recouvre, arrêtez l’arrosage pendant quatre ou cinq jours et déplacez la plante dans un endroit plus frais et mieux ventilé. Si le tubercule est mou sur plus de la moitié de sa surface et qu’il sent franchement mauvais, il n’y a plus rien à faire, et il vaut mieux ne pas réutiliser le substrat.

Ce que l’arrosage ne compensera jamais

Un cyclamen correctement arrosé mais posé dans une pièce à 21 °C se dégradera quand même. Cette plante est faite pour un hiver doux et lumineux, pas pour un salon chauffé. Sa zone de confort se situe entre 12 et 16 °C le jour, et un peu moins la nuit.

Autrement dit, la technique de la soucoupe vous évite la pourriture, elle ne vous dispense pas de trouver la bonne pièce. Une fenêtre lumineuse dans une chambre non chauffée, une véranda, un rebord d’escalier : c’est là qu’un cyclamen tient trois mois au lieu de trois semaines.

Le conseil de Sophie. Prenez l’habitude de vider la soucoupe dans la foulée, avant même de reposer l’arrosoir : c’est en se disant « je le ferai tout à l’heure » qu’on noie ses cyclamens.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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