Chenilles vertes dans les géraniums : la pyrale, voici quoi faire avant qu'elle mange tout

Chenilles vertes dans les géraniums : la pyrale, voici quoi faire avant qu’elle mange tout

Fin juillet, mes pélargoniums de balcon ont commencé à perdre leurs boutons avant l’ouverture, puis une tige entière a cassé net quand je l’ai effleurée. À l’intérieur, un tunnel creusé sur quinze centimètres, plein de sciure humide, et une petite chenille verte au bout. Ce n’était pas une chenille comme les autres, et surtout ce n’était pas une pyrale, contrairement à ce que tout le monde répète.

Une pyrale qui n’en est pas une

Le nom courant est trompeur. Ce que l’on appelle la pyrale du géranium n’appartient pas à la famille des pyrales : c’est un petit papillon de la famille des lycènes, appelé aussi brun des pélargoniums, deux à trois centimètres d’envergure, des ailes brunes bordées d’une frange blanche et de fines queues à l’arrière. Il vole en plein jour, par temps chaud, et on le prend pour un papillon anodin de passage.

Cette confusion a une conséquence pratique. Comme on croit avoir affaire à une pyrale, on applique des conseils prévus pour la pyrale du buis, on installe des pièges inadaptés, et on s’étonne que rien ne fonctionne. L’espèce est arrivée d’Afrique du Sud en Europe au début des années 1990 par les Baléares, a gagné le sud de la France à la fin de la décennie, et remonte régulièrement vers le nord avec les plants achetés.

Ce qui est attaqué, et ce qui ne l’est pas

Autre point qui embrouille tout le monde : ce papillon s’attaque aux pélargoniums, c’est-à-dire les « géraniums » de balcon, ceux à fleurs rouges ou roses, en pot ou en jardinière, retombants compris. Les géraniums vivaces de massif, les vrais Geranium botaniques que l’on plante en pleine terre pour couvrir le sol, ne sont pas concernés.

Si vous voyez des taches ou des trous sur un géranium vivace de bordure, cherchez ailleurs : limaces, otiorhynques, oïdium ou rouille selon l’aspect. Sur un pélargonium de balcon en revanche, des boutons percés en plein été doivent vous faire penser à cette chenille avant toute autre chose. Les variétés retombantes, dites lierres, sont les plus attaquées, avec leurs tiges tendres et charnues faciles à creuser.

Les signes, avant que ça devienne visible

Le premier symptôme est décevant de discrétion : des boutons floraux qui jaunissent, sèchent et tombent sans s’ouvrir, avec parfois un minuscule trou noir sur le côté. On accuse la chaleur, un manque d’eau, un excès d’engrais. En réalité, une jeune chenille est entrée dans le bouton et l’a vidé de l’intérieur.

Viennent ensuite les signes sur les tiges : un petit orifice sombre, souvent à l’aisselle d’une feuille, entouré de déjections brunes qui ressemblent à de la sciure fine et humide. La tige au-dessus fane, jaunit, puis casse d’un coup à l’endroit creusé. Quand vous en êtes là, la chenille est dans la place depuis deux à trois semaines, et aucune pulvérisation ne l’atteindra.

Ouvrir une tige pour en avoir le cœur net

Le diagnostic sûr prend trente secondes. Coupez une tige suspecte juste sous l’orifice et fendez-la dans la longueur à la pointe d’un couteau. Si vous voyez une galerie creusée dans la moelle et remplie de déjections, le doute n’est plus permis. Remontez de quelques centimètres et vous trouverez la chenille : verte, parfois légèrement rosée sur le dos, un à un centimètre et demi, couverte de poils très fins, avec une tête brune.

Ne la cherchez pas à la surface des feuilles, vous ne l’y trouverez presque jamais. C’est toute la difficulté de ce ravageur : il vit à l’intérieur de la plante, hors de portée de tout ce qu’on pulvérise, et il ne sort que très jeune, entre l’éclosion et son entrée dans un bouton ou une tige.

Le cycle, et pourquoi il vous échappe

La femelle pond des œufs isolés, minuscules et blanchâtres, sur les boutons floraux, les pédoncules ou l’aisselle des feuilles. La jeune chenille entre dans un bouton, le vide, passe éventuellement à un second, puis perce une tige et y creuse sa galerie vers le bas. Elle s’y transforme en chrysalide, et le papillon ressort par le trou.

Trois à quatre générations se succèdent de mai à octobre selon la région, avec un chevauchement permanent : vous avez en même temps des œufs, des chenilles à tous les stades et des adultes en vol. C’est pour cela qu’on a l’impression que le problème ne s’arrête jamais. Point crucial : l’hiver se passe à l’état de chenille, à l’intérieur des tiges. Une plante rentrée pour l’hiver rentre son ravageur avec elle.

Ce qui marche vraiment : la taille sanitaire

C’est la seule action réellement efficace, et elle ne coûte rien. Dès qu’une tige montre un orifice, des déjections ou un flétrissement, coupez-la nettement, et plus bas que vous ne pensez : suivez la galerie en fendant au fur et à mesure jusqu’à retrouver de la moelle blanche et saine, puis recoupez cinq centimètres plus bas. Une coupe faite au-dessus de la chenille ne sert strictement à rien.

  • Coupez tout bouton présentant un trou, même minuscule, et ne le laissez pas tomber dans la jardinière.
  • Ne mettez ni les tiges ni les boutons au compost : la chenille y survit et le papillon ressort quelques semaines plus tard.
  • Mettez les déchets dans un sac fermé aux ordures ménagères, ou brûlez-les si votre commune l’autorise.
  • Désinfectez les lames du sécateur à l’alcool entre deux plantes, surtout pour les maladies bactériennes qu’on transmet en taillant des pélargoniums.

L’inspection hebdomadaire, deux minutes

Une fois par semaine, de mai à octobre, faites le tour de vos jardinières et regardez trois choses : les boutons tombés au pied, les orifices sombres à l’aisselle des feuilles, la présence de sciure brune. Les boutons au sol sont le signal le plus précoce et le plus fiable ; ramassez-les systématiquement, il y a souvent une chenille dedans.

Cette régularité fait plus de différence que n’importe quel produit. Intervenir sur deux tiges en juin coûte deux coups de sécateur ; attendre septembre, c’est rabattre toute la plante. Chez moi, c’est devenu un réflexe du dimanche matin en même temps que l’arrosage, et je n’ai plus perdu un seul pot depuis.

Le Bacillus thuringiensis et ses limites

Une préparation à base de Bacillus thuringiensis de souche kurstaki, autorisée en agriculture biologique, agit sur les jeunes chenilles qui ingèrent le produit. Elle ne peut rien contre une chenille déjà installée dans une tige : le traitement n’atteint que la fenêtre très courte entre l’éclosion et la pénétration. Pour avoir un effet, il faut bien mouiller les boutons floraux et les jeunes pousses, et renouveler tous les huit à dix jours pendant la période de vol.

Deux précautions. Pulvérisez le soir, car les ultraviolets dégradent la bactérie en un à deux jours, et renouvelez après la pluie. Sachez aussi que ce produit touche toutes les chenilles de papillons, y compris celles que vous aimeriez garder : traitez uniquement vos pélargoniums, jamais en aspersion large sur le balcon ou la haie. Respectez la dose indiquée, augmenter la concentration n’améliore rien.

Ce qui ne marche pas, et l’hivernage

Le savon noir, les huiles, le purin d’ortie et les décoctions d’ail n’ont aucune action sur une chenille protégée par plusieurs millimètres de tissu végétal : utiles contre les pucerons, inopérants ici. Les pièges à phéromones existent, mais ils servent surtout à repérer le début du vol, pas à protéger la plante. Ne comptez pas non plus sur les prédateurs : l’espèce est arrivée récemment, et oiseaux comme guêpes parasitoïdes la repèrent mal puisqu’elle est cachée.

Si vous rentrez vos pélargoniums pour l’hiver, rabattez-les à quinze ou vingt centimètres avant de les rentrer, et fendez au couteau les tiges coupées les plus grosses pour vérifier qu’aucune galerie n’y court. C’est le meilleur moment de l’année pour casser le cycle. Au moment de l’achat, examinez aussi les plants en jardinerie et isolez deux semaines toute nouvelle plante : une grande partie des contaminations arrive comme cela.

Le conseil de Sophie. Ramassez les boutons tombés au pied de vos jardinières au lieu de les balayer distraitement : ce petit tas au sol est le seul avertissement que vous aurez avant que les tiges ne commencent à casser.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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