Bromélia fanée : ne la jetez pas, le bébé au pied prend la relève

Bromélia fanée : ne la jetez pas, le bébé au pied prend la relève

La question revient chaque année à la même période, quand la belle bractée rouge ou orange des bromélias offertes à Noël commence à brunir. On croit que la plante est malade, on la met au compost, et on jette en même temps la génération suivante qui était déjà en train de pousser à sa base. C’est un cycle normal, pas un accident de culture.

Une plante qui ne fleurit qu’une fois dans sa vie

Les bromélias sont monocarpiques : chaque rosette fleurit une seule fois, puis meurt. Ce n’est pas une faiblesse ni une erreur de votre part, c’est leur mode de fonctionnement depuis toujours. La rosette a mis entre deux et cinq ans à atteindre sa taille adulte, elle a produit son inflorescence, et elle a rempli son contrat.

Ce qu’on appelle la fleur n’en est d’ailleurs pas une. Chez la guzmania, l’aechmea ou la vriesea, la partie colorée et durable est un ensemble de bractées, des feuilles modifiées qui protègent les vraies fleurs. Celles-ci sont minuscules, blanches, jaunes ou violettes, elles sortent d’entre les bractées et durent quelques jours. La bractée, elle, tient trois à six mois, ce qui explique la réputation de longévité de ces plantes.

Le déclin dure des mois, ne vous précipitez pas

Après la fin de la floraison, la rosette mère ne s’effondre pas d’un coup. Elle décline lentement, sur six à douze mois, en perdant progressivement sa couleur et sa fermeté. Pendant tout ce temps, elle continue de nourrir les rejets qui se forment à sa base, en leur transférant ses réserves. C’est précisément pour cela qu’il ne faut pas l’arracher trop tôt.

Continuez donc à l’entretenir normalement pendant cette période : eau dans la rosette tant qu’elle est encore ferme, très peu d’engrais, lumière vive filtrée. Vous pouvez couper la hampe florale desséchée à sa base, avec un sécateur propre, pour l’esthétique. Coupez au ras sans blesser le cœur, et n’insistez pas si elle résiste.

Repérer les rejets à la base

Les rejets apparaissent entre les feuilles du bas, parfois au ras du substrat, parfois légèrement enterrés. Chez certaines espèces ils naissent sur de courts stolons et sortent à quelques centimètres du pied mère. Selon les genres, on en obtient un seul ou jusqu’à cinq ou six par plante. Écartez délicatement les feuilles extérieures pour les chercher, ils sont souvent cachés.

Ils ressemblent d’abord à de petites pointes vertes, puis prennent la forme d’une rosette miniature. Ne touchez à rien tant qu’ils sont petits. Un rejet séparé trop tôt n’a pas de racines propres, ne sait pas encore constituer sa citerne, et se dessèche ou pourrit dans les semaines qui suivent. La patience fait toute la différence sur le taux de réussite.

Le bon moment pour séparer

Le repère que j’applique : on sépare quand le rejet atteint entre un tiers et la moitié de la taille de la plante mère, et qu’il a commencé à former ses propres racines. Selon l’espèce et la saison, cela prend entre quatre et dix mois après la fin de la floraison, et il n’y a aucun intérêt à brusquer ce calendrier. Un rejet de quinze centimètres portant trois ou quatre racines visibles reprend presque toujours, là où un rejet de cinq centimètres détaché en février se dessèche en un mois. Vérifiez ces points avant de sortir le couteau :

  • le rejet fait au moins un tiers de la hauteur de la mère
  • il a formé une petite citerne centrale reconnaissable
  • on voit au moins deux ou trois racines à sa base, blanches ou beiges
  • la plante mère est franchement en déclin, brunie et molle sur les feuilles extérieures

Comment procéder proprement

Sortez toute la touffe du pot pour bien voir l’insertion. Repérez le point où le rejet se rattache à la tige de la mère, puis coupez d’un geste net avec un couteau bien aiguisé et désinfecté à l’alcool. Descendez suffisamment bas pour emporter les racines du rejet, mais sans entamer son propre cœur. Si le rejet vient tout seul en tirant doucement, tant mieux, c’est qu’il était mûr.

Laissez ensuite la plaie sécher à l’air libre pendant quelques heures, jusqu’à une journée pour les grosses coupes. Cette étape, qu’on saute souvent, évite l’entrée de bactéries dans un tissu gorgé d’eau. Je pose simplement les rejets sur un torchon, à l’ombre, dans une pièce aérée, avant de les mettre en pot le lendemain.

Rempoter le jeune plant

Utilisez un petit pot, à peine plus large que la base du rejet, en terre cuite de préférence pour le poids. Le substrat doit être très drainant : deux tiers d’écorce fine, un tiers de terreau ou de fibre de coco, plus une poignée de perlite. Enterrez juste assez pour que la plante tienne, sans jamais recouvrir le cœur.

Le jeune rejet a peu de racines et bascule facilement. Je le cale avec un tuteur fin ou trois petits galets posés en surface, et je le laisse ainsi deux mois. Arrosez d’abord le substrat, très légèrement, pendant les premières semaines, puis passez au remplissage de la citerne dès qu’elle est assez profonde pour retenir l’eau.

Les premiers mois après séparation

Placez le pot en lumière vive filtrée, à vingt degrés ou plus, à l’abri des courants d’air. Ne fertilisez pas avant deux mois. Un rejet fraîchement séparé ne pousse pas visiblement pendant six à huit semaines, le temps qu’il fabrique ses racines : ce silence apparent inquiète, mais tirer dessus pour vérifier ne fait qu’aggraver les choses.

Le signe de reprise est l’apparition d’une nouvelle feuille au centre, plus claire que les autres. À partir de là, vous pouvez commencer un engrais très dilué, au quart de dose, une fois par mois entre avril et septembre. La croissance reste lente : ces plantes prennent leur temps, et c’est parfaitement normal.

Combien de temps avant la prochaine floraison

Comptez entre un et trois ans selon le genre et les conditions. Les guzmanias fleurissent plutôt vers deux ans, les aechmeas parfois trois, les neoregelias souvent plus vite. Une plante en pièce chaude et bien éclairée avance beaucoup plus vite qu’une plante dans un salon frais et sombre.

Il faut surtout que la rosette atteigne sa taille adulte : une bromélia ne fleurit jamais tant qu’elle n’a pas fabriqué le nombre de feuilles caractéristique de son espèce. Inutile de forcer avant. Si votre plante stagne, c’est presque toujours un manque de lumière ou un substrat trop compact qui asphyxie les racines.

Provoquer la floraison avec une pomme

Il existe une méthode qui fonctionne réellement et qui n’est pas une légende de jardinier. Les bromélias fleurissent sous l’effet de l’éthylène, un gaz produit naturellement par les fruits mûrs. Placez la plante adulte dans un grand sac plastique transparent avec une pomme ou une banane bien mûre, fermez sans serrer, et laissez sept à dix jours à l’abri du soleil direct.

Deux précautions avant de tenter l’expérience. Videz complètement la citerne au préalable, sinon l’eau stagnante dans le sac fermé fait pourrir le cœur en quelques jours. Et n’essayez que sur une plante ayant atteint sa taille adulte : sur un jeune rejet, cela ne donne rien, ou produit une inflorescence rachitique. Comptez ensuite six à quatorze semaines avant de voir la bractée se colorer.

Le conseil de Sophie. Je note au crayon la date de séparation sur une étiquette plantée dans le pot : au bout de trois générations, on finit par ne plus savoir quelle rosette vient de laquelle, ni depuis combien de temps elle attend.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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