Cannas en pot : des feuilles géantes qui transforment un balcon en jungle en un été

Cannas en pot : des feuilles géantes qui transforment un balcon en jungle en un été

J’ai longtemps regardé les cannas comme des plantes de rond-point, alignées dans des massifs municipaux un peu tristes. J’ai changé d’avis le jour où j’en ai planté trois dans un grand pot au coin le plus chaud de ma terrasse. En quatre mois, ils faisaient un mètre quatre-vingts, avec des feuilles larges comme des avant-bras, et le balcon avait complètement changé d’échelle.

Ce que le canna apporte vraiment

On achète un canna pour ses fleurs, on le garde pour son feuillage. Les hampes rouges, orangées ou jaunes ne durent que quelques semaines par vague, tandis que les grandes feuilles dressées, vertes, bronze, pourpres ou panachées de crème, tiennent de mai aux premières gelées et donnent instantanément un air de serre tropicale à trois mètres carrés de béton.

C’est aussi l’une des rares plantes qui prend de la hauteur en une seule saison sans support ni palissage. Un rhizome démarré en mars donne une touffe de plus d’un mètre fin juin. Pour masquer un vis-à-vis d’été, une rambarde métallique ou un mur de parpaings, rien ne va aussi vite, et le tout disparaît proprement à l’automne.

Choisir la variété selon la hauteur disponible

La taille adulte varie du simple au triple selon le cultivar, et c’est le premier critère à regarder sur l’étiquette, avant même la couleur de la fleur. Un balcon exposé au vent ne supportera pas un géant de deux mètres cinquante qui se couche au premier coup de vent d’ouest, alors qu’une variété naine tiendra sans tuteur.

  • moins de quatre-vingts centimètres : les cannas dits nains, parfaits pour une jardinière profonde ou un balcon venté
  • de un mètre à un mètre cinquante : le format le plus polyvalent, celui que j’utilise dans des pots de quarante litres
  • de deux à deux mètres cinquante : réservés aux angles abrités, avec un pot très lourd et large pour faire contrepoids
  • feuillage bronze ou pourpre : plus lent à démarrer au printemps, mais spectaculaire à contre-jour en fin de journée

Le pot : grand, lourd, sans demi-mesure

Le canna est une plante gourmande avec un système racinaire puissant. En dessous de trente litres, il se bloque à mi-hauteur, jaunit dès août et ne fleurit qu’une fois. Je compte un pot de quarante centimètres de diamètre minimum pour trois rhizomes, ou de trente centimètres pour un seul, avec une profondeur d’au moins trente-cinq centimètres.

Le poids est un allié. Une touffe d’un mètre cinquante avec de grandes feuilles fait voile au vent comme un parasol, et un pot en plastique léger se renverse invariablement lors du premier orage d’été. Terre cuite épaisse, béton, bois, ou pot léger lesté au fond de gravier : l’important est que l’ensemble reste stable sans que vous ayez à le sangler.

Un substrat riche, presque un sol de potager

Le terreau universel seul s’épuise en six semaines sous une plante aussi vorace. Je prépare un mélange de moitié terreau de plantation, un quart de compost bien mûr, et un quart de terre de jardin argileuse qui donne du corps et retient l’eau. J’ajoute une poignée de corne broyée par pot, mélangée dans la masse et non posée en surface.

Le drainage se règle par les trous du pot, pas par une couche de billes d’argile au fond, dont l’utilité réelle est très surestimée : elle réduit surtout le volume utile de terre. Assurez-vous simplement que le fond est percé largement et que le pot repose sur deux cales, afin que l’eau excédentaire parte vraiment.

Plein soleil, mais à l’abri du vent

Le canna veut six heures de soleil direct au minimum. À l’ombre, il monte en tiges molles, produit des feuilles plus petites et ne fleurit pas. Une exposition sud ou ouest, même très chaude et réverbérante, lui convient parfaitement : c’est une plante d’origine tropicale qui apprécie les températures au-dessus de 25 °C.

Le vent, en revanche, est son ennemi. Les grandes feuilles se déchirent entre les nervures et prennent un aspect de drapeau élimé qui ne se répare jamais, la feuille abîmée restant en place tout l’été. Placez le pot dans un angle, derrière une jardinière plus basse ou contre un mur, et préférez une variété courte si votre balcon est exposé.

L’arrosage : une plante de bord de mare

Beaucoup de cannas poussent naturellement les pieds dans l’eau, et cela change complètement les règles habituelles de l’arrosage en pot. En juillet, un grand pot au soleil boit facilement cinq à huit litres par jour, et il n’est pas rare que je passe deux fois, le matin et le soir, pendant une canicule. Un canna sec cesse de fleurir en trois jours.

C’est l’une des rares plantes que je laisse volontairement sur une soucoupe remplie en été. Contrairement à la plupart des plantes en pot, ses rhizomes tolèrent parfaitement l’eau stagnante pendant la saison de croissance. En revanche, la soucoupe doit disparaître dès septembre : à partir du moment où les températures chutent, l’eau permanente fait pourrir les rhizomes.

Nourrir sans excès d’azote

Un canna en pot consomme énormément. Je donne un engrais liquide tous les dix jours de mai à fin août, en alternant un engrais équilibré et un engrais riche en potasse. Sans apport régulier, les feuilles pâlissent, les nouvelles sortent plus petites que les précédentes, et la deuxième vague de fleurs n’arrive jamais.

Attention toutefois à ne pas forcer sur l’azote pur, qui produit des tiges tendres, cassantes au vent, et retarde la floraison. J’arrête complètement les apports début septembre : le rhizome a besoin des dernières semaines pour mûrir et durcir avant l’hivernage, et une plante encore en pleine croissance en octobre se conserve mal.

Démarrer les rhizomes en mars

Attendre les Saints de Glace pour mettre les rhizomes en terre, c’est perdre six semaines de spectacle et souvent la floraison de juillet. Je les installe dès la mi-mars dans leur pot définitif, à cinq centimètres de profondeur, bourgeons vers le haut, et je place le tout dans une véranda ou derrière une fenêtre lumineuse à 15 ou 18 °C.

Le premier arrosage est léger, et je n’augmente qu’une fois les pousses sorties, en général au bout de deux à trois semaines. Le pot sort définitivement dehors quand les nuits ne descendent plus sous 8 °C, autour de la mi-mai chez moi, après quelques journées d’acclimatation à l’ombre pour éviter que les feuilles tendres ne grillent au soleil.

Nettoyer les fleurs fanées et les feuilles abîmées

Chaque hampe porte plusieurs fleurs qui s’ouvrent successivement. Retirez les fleurs fanées une par une avec les doigts, sans couper la hampe, tant qu’il reste des boutons dessus. Quand toute la hampe est terminée, coupez-la à sa base au sécateur : cela déclenche souvent la sortie d’une nouvelle tige florale depuis le rhizome trois semaines plus tard.

Supprimez aussi les feuilles déchirées ou brunies au ras de la tige. On hésite parfois à toucher un feuillage aussi imposant, mais une touffe nettoyée toutes les deux semaines reste nette jusqu’en octobre, alors qu’une touffe laissée à elle-même prend un air fatigué dès la mi-août malgré une plante en pleine santé.

Les vrais ennuis à surveiller

Sur un balcon chaud et sec, l’araignée rouge est le problème numéro un. Elle apparaît comme un piquetage jaune très fin sur le dessus des feuilles, avec de minuscules toiles au revers. Bassiner le feuillage à l’eau claire en fin de journée, deux à trois fois par semaine pendant les vagues de chaleur, suffit généralement à la tenir en respect.

L’autre souci vient des rhizomes eux-mêmes. Certains lots du commerce portent un virus qui se traduit par des stries et des marbrures jaunes régulières le long des nervures, sur des feuilles souvent déformées. Il n’existe aucun traitement : la plante doit être éliminée avec les ordures, pas au compost, et le couteau de division désinfecté à l’alcool avant tout autre usage.

Hiverner : la motte au sec et hors gel

Les rhizomes gèlent dès -2 à -3 °C et ne survivent pas dehors dans un pot au nord de la Loire. Après la première gelée, celle qui noircit le feuillage en une nuit, je coupe les tiges à quinze centimètres et je rentre le pot entier, sans le dépoter, dans un local frais et sombre.

  • température de conservation entre 5 et 10 °C, garage, cave saine ou cellier non chauffé
  • aucun arrosage de novembre à février, la motte doit rester juste à peine fraîche
  • un contrôle par mois pour repérer un rhizome mou ou moisi et le retirer aussitôt
  • division en mars au couteau propre, en gardant deux ou trois yeux visibles par éclat

Le conseil de Sophie. Si vous n’avez ni cave ni garage, glissez simplement le pot rentré sous un lit dans une chambre non chauffée : j’ai passé trois hivers comme ça, et les rhizomes sont repartis chaque printemps.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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