Bégonia : une feuille posée sur le terreau donne 5 bébés en un mois

Bégonia : une feuille posée sur le terreau donne 5 bébés en un mois

Un bégonia rex se vend cher pour ce qu’il est, et il se multiplie avec une feuille, une lame et une boîte transparente. J’ai commencé par curiosité, sur une feuille cassée que j’allais jeter. Aujourd’hui, la moitié de mes bégonias viennent de là, et je n’achète plus jamais deux fois la même variété.

Quels bégonias se bouturent par la feuille

Cette technique ne fonctionne pas sur tout le genre, et c’est la première chose à vérifier avant de sacrifier une feuille. Elle marche remarquablement bien sur les bégonias rhizomateux, dont les bégonias rex à feuillage coloré, ainsi que sur les petits bégonias à feuilles épaisses type masoniana ou bowerae. Ces plantes portent des tissus capables de former des bourgeons adventifs à partir des grosses nervures.

Elle ne marche pas, ou très mal, sur les bégonias bambous, dits cane begonias, à longues tiges dressées, ni sur les bégonias semperflorens des jardinières, ni sur les tubéreux. Pour ceux-là, on bouture une tige portant deux ou trois nœuds, ce qui est tout aussi facile mais relève d’une autre méthode. Poser une feuille de bégonia bambou sur du terreau ne donne rien d’autre qu’une feuille qui pourrit lentement.

Ce qui se passe réellement dans la feuille

Quand on sectionne une grosse nervure, la plante réagit comme à une blessure : les cellules du parenchyme autour de la coupe se divisent et forment un cal. Dans ce cal, certaines cellules se réorganisent en méristème et donnent naissance à une pousse complète, avec sa propre tige et ses propres racines. Chaque nervure coupée est donc un point de départ potentiel.

C’est ce qui explique la promesse de plusieurs plantules par feuille : une feuille de rex adulte porte cinq à huit nervures principales rayonnant depuis le pétiole. Si les conditions sont bonnes, la majorité de ces coupes produit un bébé. J’obtiens couramment quatre à six plantules par feuille, parfois davantage sur les grandes variétés.

La méthode des nervures entaillées

Je prélève une feuille adulte et saine, ni la plus jeune ni la plus vieille, avec un centimètre de pétiole. Je la retourne, et avec une lame de cutter désinfectée à l’alcool, je coupe franchement en travers de chaque nervure principale, à trois ou quatre centimètres du point où elles partent, en tranchant la nervure de part en part sans découper le limbe autour.

Je pose ensuite la feuille à plat, face coupée contre le substrat, et je la plaque avec quatre ou cinq petits cailloux, des trombones ouverts ou des épingles à cheveux. Le contact doit être ferme sur toute la surface : une nervure qui reste en l’air à deux millimètres du substrat ne produira rien. C’est l’erreur la plus fréquente, et elle explique la plupart des échecs.

La méthode des triangles, plus sûre

La variante que je préfère consiste à découper la feuille en morceaux triangulaires, chacun contenant un fragment de nervure principale, la pointe du triangle correspondant au côté du pétiole. J’enfonce cette pointe d’un centimètre dans le substrat, en position verticale ou légèrement inclinée, et je laisse le reste du triangle à l’air.

L’avantage est mécanique : le fragment de nervure est en contact garanti avec le substrat, et le limbe qui dépasse sèche vite s’il est éclaboussé. Le risque de pourriture est nettement plus faible qu’avec la feuille posée à plat, où l’humidité reste piégée sous le limbe. Une grande feuille donne facilement six à huit triangles.

Le substrat et le contenant

J’utilise un mélange stérile et pauvre, parce qu’il n’y a rien à nourrir au départ et beaucoup à protéger de la pourriture.

  • moitié terreau de semis tamisé, moitié perlite, humidifié puis essoré à la main jusqu’à ce qu’il ne goutte plus
  • ou de la sphaigne vivante ou séchée réhydratée, qui donne d’excellents résultats et limite les moisissures
  • dans une boîte transparente à couvercle, type boîte alimentaire, hauteur douze centimètres au minimum

Les conditions à tenir pendant six semaines

La chaleur du substrat est le facteur qui décide de la vitesse. Entre 22 et 25 °C, les premiers bourgeons apparaissent en trois à quatre semaines. À 18 °C, comptez le double, avec beaucoup plus de pertes par pourriture puisque la course entre le cal et les champignons se joue sur la durée. Un tapis chauffant à semis change complètement les résultats hors saison.

La lumière doit être vive mais sans un rayon direct, sous peine de transformer la boîte fermée en four. Une fenêtre au nord, ou à un mètre cinquante d’une fenêtre à l’est, convient parfaitement. J’ouvre la boîte cinq minutes par jour pour renouveler l’air et essuyer la condensation du couvercle, ce qui évite que des gouttes tombent sur les feuilles.

Ce qu’on peut honnêtement attendre en un mois

Il faut recadrer la promesse. En un mois, dans de bonnes conditions de chaleur, ce que l’on voit ce sont de petits renflements verts ou rosés à la base des nervures coupées, parfois accompagnés de racines blanches. Ce sont des bébés, oui, mais minuscules, de deux ou trois millimètres. Les vraies petites feuilles reconnaissables arrivent entre six et dix semaines.

Si votre pièce est à 19 °C en octobre, ne vous inquiétez pas de ne rien voir au bout de cinq semaines : la feuille encore ferme et verte travaille. Ce qui doit alerter, c’est une feuille qui devient molle, translucide ou brune, signe que la pourriture a gagné. Dans ce cas je retire immédiatement le morceau atteint pour ne pas perdre les autres.

Sevrer et rempoter sans tout perdre

Quand une plantule porte deux feuilles de la taille d’un ongle, elle possède assez de racines pour vivre seule. Je commence par entrouvrir la boîte quelques heures par jour pendant une semaine, en augmentant progressivement, pour habituer les jeunes tissus à l’air sec de la pièce. Un passage brutal de l’atmosphère saturée au salon fait flétrir les plantules en une journée.

Je sépare ensuite les bébés en glissant une fourchette sous le fragment de feuille mère, sans tirer, et je les rempote individuellement dans des godets de sept centimètres. Je garde le morceau de feuille d’origine attaché tant qu’il est vert : il continue d’alimenter la plantule. Le premier engrais, très dilué, n’intervient pas avant six semaines après le rempotage.

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

La première est la lame sale : un cutter passé sur la feuille sans désinfection transporte les champignons d’une plante malade vers une plaie fraîche. La deuxième est le substrat trop humide, qui donne un tapis de moisissure blanche en dix jours. Le mélange doit être humide au toucher, jamais brillant ni collant.

La troisième est l’impatience, qui pousse à soulever la feuille pour vérifier si des racines se forment. Chaque manipulation casse le contact et interrompt le cal en formation. Je me suis fixé une règle simple : je ne touche à rien pendant les trois premières semaines, je me contente d’aérer et de regarder.

Le conseil de Sophie. Coupez les nervures d’une feuille que vous alliez de toute façon jeter, une feuille cassée ou déformée : le rendement est le même et vous ne mutilez pas votre plus belle plante.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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