Araignées rouges sur le lierre et les palmiers : humidifiez, elles détestent ça

Araignées rouges sur le lierre et les palmiers : humidifiez, elles détestent ça

Il y a chez moi deux plantes qui attrapent les araignées rouges avant toutes les autres : le lierre d’intérieur et le kentia du couloir. Chaque hiver, dès novembre, ce sont elles qui grisaillent en premier. Ce n’est pas une fatalité ni un défaut de la plante : c’est une question d’air sec, et cela se corrige.

Pourquoi ces deux-là paient toujours l’addition

Le lierre et les palmiers d’intérieur partagent un point commun décisif : dans la nature, ils poussent en sous-bois ou en lisière, dans une atmosphère humide et fraîche, souvent au-dessus de soixante pour cent d’humidité relative. Placés dans un salon chauffé et sec, ils vivent en permanence dans des conditions de stress qui les rendent nettement plus vulnérables.

Or ces conditions sont précisément les préférées de l’acarien tétranyque : chaud, sec, sans pluie, sans vent et sans prédateurs. Vous avez donc d’un côté une plante affaiblie, de l’autre un ravageur au sommet de sa forme. Le déséquilibre est total, et il explique pourquoi ces deux espèces servent d’indicateurs fiables dans toute la maison.

Le lierre d’intérieur, un cas presque perdu d’avance

Le lierre est une plante de climat frais. Il se plaît entre dix et seize degrés, et il tolère mal un salon à vingt-deux degrés en hiver, avec un radiateur juste dessous. Ses feuilles coriaces et découpées offrent en plus une multitude de recoins à l’abri, où les acariens s’installent sans jamais être dérangés.

Si vous en avez un qui souffre chaque année, la vraie solution n’est pas de traiter davantage mais de le déménager : entrée non chauffée, cage d’escalier claire, véranda hors gel, ou tout simplement dehors, en pleine terre ou en pot à mi-ombre, où il est parfaitement rustique. Chez moi, les lierres sortis n’ont plus jamais eu d’acariens.

Les palmiers d’intérieur, folioles fines et dessous inaccessible

Les palmiers d’appartement les plus courants ont des palmes divisées en dizaines de folioles étroites. C’est un cauchemar pratique : chaque foliole a un revers, et c’est exactement là que se tient la colonie. Un lavage sommaire n’atteint qu’une fraction des individus, et le reste reconstitue la population en une dizaine de jours.

Ajoutez que ces plantes poussent lentement et remplacent difficilement une palme perdue. Un palmier qui grille trois frondes en un hiver mettra deux ans à retrouver son allure. C’est pour cette raison qu’il vaut la peine d’intervenir tôt, dès le premier signe, plutôt que d’attendre l’apparition des toiles au sommet du bouquet.

Reconnaître l’attaque sur une fronde

Le symptôme typique est un semis de ponctuations claires très fines sur les folioles, qui donne à la palme un aspect délavé, presque poudré, sans limite nette. La décoloration progresse souvent depuis la base des folioles vers la pointe, et la fronde entière prend une teinte gris argenté avant de sécher.

Ne le confondez pas avec deux problèmes fréquents et très différents. Des pointes brunes sèches et bien délimitées, sans ponctuations, viennent en général d’un air trop sec ou d’un excès de sels dans le substrat. Un jaunissement uniforme de la palme la plus basse est souvent le vieillissement normal. Retournez toujours une foliole avant de conclure.

L’humidité : ce qui marche vraiment

Vaporiser les feuilles deux fois par semaine ne change presque rien, l’effet dure vingt minutes. Ce qu’il faut, c’est modifier durablement l’ambiance autour de la plante, et viser cinquante à soixante pour cent d’humidité relative mesurés à l’hygromètre.

  • posez le pot sur un large plateau de billes d’argile maintenues humides, sans que le fond du pot baigne
  • regroupez plusieurs plantes ensemble, elles créent leur propre microclimat
  • éloignez le pot d’au moins un mètre de tout radiateur ou bouche d’air chaud
  • faites tourner un humidificateur dans la pièce pendant les périodes de chauffe
  • installez un hygromètre à hauteur du feuillage et vérifiez-le une fois par semaine

Baisser la température, l’arme sous-estimée

Le cycle de l’acarien passe d’environ une semaine à trente degrés à deux ou trois semaines à dix-huit ou vingt degrés. Autrement dit, en descendant simplement votre thermostat de deux ou trois degrés, vous divisez le nombre de générations produites sur un hiver. Aucun traitement ne vous offrira un rapport effort sur résultat comparable.

Le lierre y gagnera immédiatement, et la plupart des palmiers d’intérieur supportent très bien seize à dix-huit degrés en période de faible lumière, à condition de réduire les arrosages en conséquence. Une pièce fraîche et claire, un couloir, une chambre peu chauffée : ce sont d’excellentes places d’hivernage, bien meilleures qu’un coin de salon près du poêle.

Laver : douche pour le lierre, foliole par foliole pour le palmier

Le lierre supporte parfaitement la douche, et c’est le geste le plus rentable sur lui. Emballez le terreau dans un sac, passez à l’eau tiède sous une pression moyenne en insistant sur le revers, trois à cinq minutes, puis laissez sécher à l’ombre. Recommencez tous les six à sept jours, quatre fois de suite.

Le palmier demande plus de patience. Si le sujet est déplaçable, douchez-le de la même façon en soulevant chaque palme. S’il est trop grand, prenez une éponge imbibée d’eau tiède savonneuse et faites chaque foliole en pinçant entre pouce et index, du rachis vers la pointe. Comptez une bonne heure, et n’essayez pas de tout finir d’un coup.

Savon noir : testez avant sur un palmier

Le savon noir liquide à cinq grammes par litre reste mon complément de base, mais les folioles fines de certains palmiers marquent plus facilement que le feuillage épais du lierre. Traitez d’abord deux ou trois folioles, attendez quarante-huit heures, et regardez si des taches translucides ou des bords secs apparaissent avant de généraliser.

Appliquez le soir ou par temps couvert, jamais en plein soleil ni sur une plante qui a soif, et rincez à l’eau claire le lendemain matin. Trois passages à sept jours d’intervalle, combinés au lavage mécanique, suffisent en général. Au-delà, mieux vaut revoir l’humidité de la pièce que multiplier les pulvérisations sur un feuillage fatigué.

Tailler, oui pour le lierre, non pour le palmier

Un lierre très atteint gagne à être rabattu franchement, à dix ou quinze centimètres de sa base. Vous éliminez d’un coup l’immense majorité des acariens et des œufs, et la plante repart vigoureusement au printemps avec un feuillage neuf, plus facile à surveiller. Sortez les rameaux coupés de la maison immédiatement, dans un sac fermé.

Sur un palmier, c’est exactement l’inverse. Ne coupez jamais le cœur ni la flèche centrale, sous peine de tuer la plante, et ne rasez pas l’ensemble des palmes : elles ne repoussent pas depuis la base, et chaque fronde perdue met des mois à être remplacée. Supprimez seulement les palmes entièrement sèches, à quelques centimètres du stipe.

Le conseil de Sophie. Le conseil de Sophie : sortez votre lierre sur le balcon ou en pleine terre à la fin de l’hiver et n’essayez plus de le garder dedans — c’est la seule chose qui a définitivement réglé le problème chez moi, et il est bien plus beau dehors.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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