Vieux collants au fond du pot : la terre reste, l'eau s'en va

Vieux collants au fond du pot : la terre reste, l’eau s’en va

On m’a appris à mettre une couche de gravier au fond des pots, comme à peu près tout le monde, et j’ai fait ça pendant quinze ans. Puis j’ai dépoté un laurier-rose de quatre ans et j’ai trouvé, sous vingt centimètres de terre correcte, une couche de billes d’argile noire et puante où plus aucune racine ne descendait. Depuis, je mets un carré de vieux collant sur le trou, et rien d’autre. Voilà pourquoi.

Le problème qu’on cherche à résoudre

Au premier arrosage d’un pot fraîchement rempli, une partie du substrat file par le trou de drainage. On retrouve un tas de terreau sur la terrasse, un pot qui perd deux centimètres de niveau, et une soucoupe qui se remplit de boue. C’est agaçant, ça salit, et sur un balcon ça finit chez le voisin du dessous.

Il faut donc quelque chose qui laisse passer l’eau et retienne les particules. Le tesson de pot, la pierre plate, la couche de gravier ont longtemps servi à ça. Le problème, c’est qu’on leur a attribué au passage une seconde fonction, le drainage, qu’ils ne remplissent pas du tout. C’est là que le malentendu commence.

Le mythe de la couche de gravier

Une couche grossière au fond d’un pot n’améliore pas le drainage, elle l’aggrave. La raison tient à un phénomène physique très bien documenté, la nappe perchée. L’eau ne passe d’un matériau fin à un matériau grossier que lorsque le matériau fin est saturé, parce que les forces capillaires y sont plus fortes. Résultat : la base du terreau reste détrempée en permanence, juste au-dessus des billes.

Concrètement, une couche de cinq centimètres de gravier ne fait pas descendre l’eau plus vite, elle remonte simplement la zone saturée de cinq centimètres. Et comme elle occupe du volume, elle réduit d’autant la terre disponible pour les racines. Dans un pot de trente centimètres de haut, ça revient à perdre un sixième du volume utile pour aggraver le problème qu’on croyait régler.

Ce qui se passe vraiment au fond d’un pot

Dans tout pot, quel que soit le substrat, il existe une zone basse qui reste saturée après arrosage. Sa hauteur dépend uniquement de la finesse du substrat, jamais de ce qu’on met en dessous. Avec un terreau standard, elle fait deux à quatre centimètres ; avec un mélange grossier type écorces et pouzzolane, un centimètre ou moins.

Si l’on veut réellement améliorer le drainage, il n’y a que deux leviers. Le premier est le substrat lui-même : ajouter vingt à trente pour cent de matériau grossier réparti dans tout le volume, pas empilé au fond. Le second est la hauteur du pot : un pot haut a proportionnellement moins de zone saturée qu’un pot bas de même volume. Le reste relève de la croyance.

Le carré de collant, taille et pose

Je découpe des carrés de huit à dix centimètres de côté dans la partie cuisse d’un vieux collant, la plus large. Je pose le carré à plat au fond du pot, bien centré sur le trou, et je remplis de terreau par-dessus. Le poids du substrat le plaque, il ne bouge plus jamais, il n’y a rien à fixer.

Pour un pot de plus de quarante centimètres, je découpe plutôt un disque de vingt centimètres, ou je superpose deux carrés côte à côte s’il y a plusieurs trous. L’important est de couvrir l’ouverture avec un débord d’au moins trois centimètres tout autour, sinon la terre contourne par les bords dès le premier arrosage un peu généreux.

Une seule épaisseur, jamais trois

Un collant plié en quatre, ou un bas épais opaque en cent vingt deniers, finit par se colmater. Les particules fines s’accumulent dans les mailles, le passage se ferme, et on obtient un fond de pot étanche, c’est-à-dire exactement la catastrophe qu’on voulait éviter. Une seule épaisseur de nylon fin suffit largement à retenir le terreau.

Le même raisonnement condamne d’autres bricolages qu’on voit passer. Le filtre à café en papier se désagrège en trois semaines ou se colmate. Le morceau de sac plastique perforé retient l’eau. Le géotextile de paillage, trop dense, se bouche. Le nylon d’un collant a exactement le bon compromis : maille assez fine pour la terre, assez ouverte pour l’eau, et il ne pourrit pas.

Les grands bacs et les trous larges

Sur les bacs de terrasse à fond ajouré et sur les grands pots à ouverture de quatre ou cinq centimètres, j’adapte le montage. Voilà ce que je fais selon les cas :

  • un trou de moins de deux centimètres : un carré de collant simple, rien d’autre
  • un trou large ou une fente : deux épaisseurs de nylon croisées, ou une chute de moustiquaire
  • un fond entièrement ajouré : une bande de nylon découpée dans une jambe, déroulée à plat sur tout le fond
  • un bac sans aucun trou : je perce, il n’y a pas d’astuce qui remplace un trou de drainage

Surélever le pot, le geste qu’on oublie

Le meilleur filtre du monde ne sert à rien si le pot est posé à plat sur une dalle. L’eau ne s’évacue plus, le trou reste dans une flaque, et la zone saturée grimpe. Trois petites cales, des pieds de pot, deux tasseaux, n’importe quoi qui laisse un à deux centimètres de vide, changent radicalement le comportement du pot.

Je proscris aussi les soucoupes pleines en dehors des périodes de canicule. Un pot qui baigne en permanence, c’est un système racinaire privé d’oxygène, et les symptômes ressemblent trait pour trait à ceux d’un manque d’eau : feuilles molles, jaunissement, arrêt de croissance. Beaucoup de plantes que l’on croit assoiffées sont en réalité noyées.

Contre les limaces et ce qui remonte par le trou

Le nylon rend un second service que je n’avais pas anticipé : il bloque le passage. Les limaces et les petites loches adorent s’installer dans le trou d’un pot posé au sol, y pondre, et remonter grignoter les jeunes pousses la nuit. Le carré de collant leur ferme la porte.

Il empêche également les racines de la plante de s’échapper par le trou et de s’ancrer dans la terre en dessous. Pour un pot que je déplace en hiver, c’est appréciable : il se soulève sans que je casse quoi que ce soit. Ce n’est pas une barrière absolue, une racine déterminée finit par traverser une maille, mais elle le fait beaucoup plus tard.

Combien de temps ça tient, et quand je ne mets rien

Le nylon à l’intérieur d’un pot, à l’abri de la lumière, tient très longtemps, quatre à cinq ans sans problème. Il ne pourrit pas, ne se compacte pas, et je le retrouve intact au rempotage. Je le change quand même à chaque changement de substrat, parce qu’il est chargé de fines et qu’il ne coûte rien.

Il y a des cas où je ne mets rien du tout. Sur les pots en terre cuite à gros trou unique dans lesquels je cultive des plantes de rocaille en substrat très minéral, la terre ne file pas et un filtre n’apporte rien. Sur les semis en caissette, non plus. Le collant sert quand le substrat est fin et l’ouverture large, ce qui couvre malgré tout la grande majorité des pots de la maison.

Le conseil de Sophie. Découpez vingt carrés d’un coup et rangez-les dans une boîte à côté du sac de terreau : c’est le genre de geste qu’on saute systématiquement s’il faut aller chercher les ciseaux.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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