Fin juin, les feuilles du bas de mes tomates jaunissent. Tous les ans, et tous les ans je me pose la même question pendant dix minutes avant de me rappeler qu’elle se règle en dix secondes. Voici le test que j’utilise devant le pot, et les cinq causes qu’il permet de séparer proprement.
Le test en dix secondes
Repérez la feuille jaune la plus haute sur le plant. Situez-la par rapport à la hauteur totale : est-elle dans le tiers inférieur, ou est-elle montée plus haut ? Puis touchez-la du bout des doigts : est-elle molle et souple, ou sèche et cassante entre les doigts ?
Une feuille jaune sèche et cassante, cantonnée aux deux ou trois étages du bas, sur un plant dont tout le reste est vert franc : c’est normal, la plante recycle ses réserves. Un jaunissement mou, ou qui dépasse le tiers inférieur, ou qui progresse d’un étage par semaine : il y a autre chose à chercher.
Pourquoi les feuilles du bas jaunissent naturellement
Les feuilles les plus basses sont les plus vieilles et les plus ombragées. Dès que le plant se densifie, elles reçoivent moins de lumière qu’elles n’en consomment et deviennent déficitaires. La plante, qui n’est pas sentimentale, en retire l’azote, le magnésium et le phosphore pour les envoyer vers les jeunes pousses et les fruits.
Ce démontage produit exactement le symptôme attendu : un jaunissement du bas vers le haut, feuille par feuille, sur un plant par ailleurs vigoureux et bien vert. C’est le signe d’une plante qui fonctionne, pas d’une plante malade. Il s’accélère normalement dès les premières récoltes, quand les fruits tirent fort.
Quand c’est un manque d’azote
En pot, le cas est très fréquent : chaque arrosage abondant lessive une partie des nitrates par les trous de drainage. Au bout de six à huit semaines, un terreau du commerce est vidé de sa réserve initiale, et cela tombe pile au moment où la fructification demande le plus.
Le signe qui ne trompe pas : le jaune est pâle mais uniforme sur toute la feuille, nervures comprises, et il remonte vite dans le plant. Les feuilles restent molles et la croissance ralentit visiblement. Un apport liquide azoté tous les huit jours relance la couleur en une dizaine de jours.
Quand c’est le magnésium
La carence en magnésium se lit tout autrement : le limbe jaunit entre les nervures, alors que les nervures elles-mêmes restent bien vertes, dessinant un réseau vert sur fond jaune. Elle touche d’abord les feuilles âgées, comme la carence en azote, d’où la confusion très fréquente entre les deux.
Elle apparaît surtout sur les substrats très arrosés et sur les plants nourris avec un engrais tomate riche en potasse, qui concurrence directement l’absorption du magnésium. Une cuillère à café rase de sulfate de magnésium dans cinq litres d’eau, deux fois à quinze jours d’intervalle, corrige la plupart des cas.
Quand c’est trop d’eau
C’est la cause que je vois le plus souvent sur les balcons, et la plus contre-intuitive : un plant noyé fait exactement la même tête qu’un plant assoiffé. Les racines asphyxiées n’absorbent plus rien, les feuilles du bas jaunissent puis brunissent mollement, et le plant flétrit alors même que le terreau est trempé.
Le contrôle est direct : enfoncez un doigt de cinq centimètres dans le terreau. S’il ressort humide et froid pendant que la plante flétrit, vous arrosez trop. Vérifiez aussi que les trous de drainage ne sont pas colmatés et que la soucoupe ne garde pas d’eau stagnante après chaque passage.
Quand ce sont des taches, pas un jaunissement
Si le jaune s’organise autour de taches, ce n’est plus une question de nutrition. Une tache brune à anneaux concentriques, comme une cible, entourée d’un halo jaune sur les feuilles basses : c’est de l’alternariose. Des plages brun-vert d’aspect huileux, avec un feutrage blanc au revers par temps humide : c’est le mildiou.
- Alternariose : retirez les feuilles atteintes, espacez les pots, arrosez uniquement au pied.
- Mildiou : agissez le jour même, il détruit un pied en cinq jours doux et humides.
- Oïdium : plages poudreuses blanches sur le dessus du limbe, gênant mais bien moins grave.
Le rôle décisif de l’arrosage sur le feuillage
Toutes les maladies foliaires de la tomate ont besoin d’eau libre sur la feuille pendant plusieurs heures pour germer. C’est pour cela qu’arroser au pied, tôt le matin, sans jamais mouiller le feuillage, divise franchement le nombre de taches sur l’ensemble de la saison. Le geste ne coûte rien.
Sur un balcon, l’autre levier est l’espacement. Deux pots collés l’un à l’autre créent entre eux une zone qui ne sèche jamais complètement. Trente à quarante centimètres entre les contenants, et un plant conduit sur une seule tige plutôt que buissonnant, changent complètement la donne sanitaire.
Faut-il couper les feuilles jaunes ?
Oui, mais sans excès. J’enlève les feuilles franchement jaunes ou tachées jusqu’au premier bouquet portant des fruits en grossissement, et pas plus haut. Cela aère la base du plant, limite les éclaboussures de terre contaminée sur le feuillage et supprime des tissus qui ne produisent plus rien.
Ce qu’il ne faut pas faire, c’est effeuiller la moitié du plant d’un coup au prétexte de faire mûrir plus vite. Les feuilles fabriquent les sucres du fruit ; un plant dénudé donne des tomates fades et des fruits brûlés par le soleil direct. La règle est de retirer par le bas, progressivement.
Les gestes de coupe qui évitent de propager
Coupez par temps sec, en fin de matinée, pour que la plaie sèche rapidement. Prenez un sécateur ou de bons ciseaux, jamais les doigts, qui déchirent et laissent une blessure filandreuse. Détachez la feuille au ras de la tige sans laisser de chicot, lequel deviendrait une porte d’entrée idéale pour les champignons.
Passez la lame à l’alcool entre chaque plant au moindre doute sanitaire. Et les feuilles retirées vont à la poubelle, pas au compost, dès qu’elles portent des taches : le mildiou et l’alternariose se conservent très bien dans un compost domestique qui ne monte jamais assez en température.
Le cas de la fin de saison
À partir de septembre, le jaunissement s’étend et il devient inutile de lutter. Le plant met ses dernières ressources dans les fruits en cours. J’arrête l’engrais, je réduis l’arrosage, je coupe la tête deux feuilles au-dessus du dernier bouquet formé, et je laisse la plante finir tranquillement son travail.
Une seule vigilance à ce moment : ne confondez pas cette sénescence lente avec un mildiou d’arrière-saison, qui arrive brutalement après trois jours de pluie douce. Le premier jaunit régulièrement du bas vers le haut ; le second noircit les tiges et les fruits en même temps, en quarante-huit heures.
Le conseil de Sophie. Photographiez le plant chaque dimanche avec votre téléphone : comparer deux photos à une semaine d’écart dit bien mieux qu’un souvenir si le jaune progresse ou s’il est stable.

