Il me faut chaque février une quarantaine de godets profonds pour mes pois et mes fèves, et je n’ai jamais eu envie d’en acheter. Les rouleaux de papier toilette font l’affaire depuis six ans chez moi, à condition de savoir deux ou trois choses que personne ne dit. Parce que mal utilisés, ils moisissent, ils sèchent en une journée, et ils tuent le plant au moment de la mise en terre.
Pourquoi un rouleau plutôt qu’un godet
Un rouleau standard fait dix à onze centimètres de haut pour quatre à cinq de diamètre. Cette forme étroite et haute est exactement l’inverse d’un godet carré du commerce, et c’est tout l’intérêt. Les plantes à racine pivotante ou à enracinement rapide et vertical trouvent de quoi descendre au lieu de tourner en rond au fond d’une caissette de trois centimètres.
Le second avantage, c’est qu’on met le tout en terre sans déranger la motte. Les légumineuses détestent qu’on leur triture les racines : un pois repiqué à nu prend une à deux semaines de retard, quand il ne file pas franchement. Avec le rouleau, on creuse, on pose, on referme, et le plant ne s’aperçoit de rien. Sur une culture qu’on veut précoce, c’est du temps gagné pour de vrai.
Les semis pour lesquels c’est utile
Je réserve les rouleaux à une liste précise, et je m’y tiens. Pois à rames et pois gourmands, fèves, haricots quand je veux avancer de deux semaines, maïs doux, capucines, pois de senteur. Tous ont en commun une graine grosse, une levée rapide et une aversion pour le repiquage à racines nues.
Pour les petites graines à lever lentement, tomates, aubergines, poivrons, ce n’est pas le bon contenant : elles restent six à huit semaines en godet, le carton n’y survit pas et devient une éponge à moisissures. Les carottes, panais et radis, eux, ne se transplantent pas du tout, rouleau ou pas. Là-dessus il n’y a pas d’astuce, on sème en place.
Fabriquer le godet en deux façons
La première méthode : je fais quatre entailles d’environ deux centimètres à une extrémité, et je rabats les quatre languettes l’une sur l’autre comme un fond de boîte à chaussures. C’est étanche, ça se tient tout seul, et on peut manipuler le godet un par un. C’est la version que j’utilise quand je dois déplacer les semis d’une pièce à l’autre.
La seconde, plus rapide : je ne fais aucun fond du tout et je pose les tubes debout, très serrés, dans une caissette étanche garnie d’une feuille de papier journal. Le substrat ne tombe pas parce que les tubes se soutiennent mutuellement. Pour quarante pois d’un coup, c’est cinq minutes de préparation au lieu de vingt.
Le substrat et le remplissage
Je remplis avec un terreau à semis tamisé, un peu allégé de sable grossier ou de perlite, et surtout pas avec de la terre de jardin seule : trop lourde, elle se tasse et le rouleau se déforme. Je tasse doucement au doigt, sans écraser, et je laisse un centimètre de vide en haut pour l’arrosage.
Un rouleau plein fait à peu près cent cinquante millilitres, autant qu’un godet carré de sept centimètres, mais réparti en hauteur. Concrètement, ça tient trois à cinq semaines pour un pois, guère plus. Passé ce délai, les racines sortent par le bas, s’entremêlent avec celles du voisin, et vous perdez l’avantage de la motte intacte. Semez en fonction de la date de plantation, pas l’inverse.
Serrez-les, sinon ils sèchent
C’est le défaut principal du carton et il faut le regarder en face : la paroi est poreuse et elle évapore par tous les côtés. Un rouleau isolé au milieu d’une caissette sèche en une demi-journée près d’un radiateur. Voici comment je limite les dégâts :
- je les serre les uns contre les autres, sans un millimètre de jeu, de sorte que seule la rangée extérieure soit exposée
- je borde le pourtour de la caissette avec des rouleaux vides ou du papier journal roulé
- je pose la caissette dans un bac plus grand plutôt que sur une soucoupe plate
- je ne mets jamais les semis directement au-dessus d’une source de chaleur sèche
Arroser par le bas
Je verse un à deux centimètres d’eau dans la caissette et je laisse les rouleaux boire une vingtaine de minutes, puis je vide l’excédent. Le carton fait remonter l’eau par capillarité jusqu’en haut de la colonne, la répartition est bien plus homogène qu’avec un arrosoir, et on ne creuse pas de cratère autour de la graine.
Surtout, on ne mouille pas la partie haute du tube, celle qui reste à l’air. C’est là que la moisissure s’installe. Un carton humide en permanence et mal ventilé se couvre en quelques jours d’un feutrage blanc, parfois d’un duvet gris, et les jeunes tiges attrapent la fonte des semis d’autant plus facilement.
Le piège de la moisissure
Un peu de blanc en surface n’est pas dramatique en soi, c’est de la moisissure saprophyte qui digère le carton. Mais elle signale toujours la même chose : trop d’eau, pas assez d’air. Ma réponse est mécanique, jamais chimique. Je ventile la pièce dix minutes deux fois par jour, j’espace les arrosages, et si besoin j’écarte légèrement les rouleaux le temps que ça sèche en surface.
Ce qui est réellement dangereux, c’est la fonte des semis, ce moment où la tige noircit à la base et où le plant se couche d’un coup. Contre elle, il n’y a que la prévention : substrat propre, arrosage mesuré, lumière franche et température pas trop élevée. Autour de quinze à dix-huit degrés, un pois lève très bien et reste trapu.
La mise en terre et le collet qui pompe
Voilà l’erreur qui coûte le plus de plants, et je l’ai commise deux années de suite. Si le haut du rouleau dépasse du sol après plantation, il agit comme une mèche : il pompe l’eau de la motte et la fait s’évaporer à l’air libre. Le plant se retrouve au sec au milieu d’une terre humide, et il végète sans qu’on comprenne pourquoi.
Donc, au moment de planter, je déchire d’abord la collerette supérieure sur deux centimètres, ou j’enfonce le rouleau franchement sous le niveau du sol. Je fends aussi le tube sur toute sa hauteur avec l’ongle du pouce, d’un seul geste, pour être certaine que rien ne bride les racines si le carton mettait du temps à se déliter.
Une deuxième vie contre les vers gris
Les rouleaux que je n’utilise pas en godets me servent de collerettes. Je coupe des anneaux de cinq à six centimètres et je les enfonce à moitié dans le sol autour des jeunes plants de choux, de salades ou de courgettes fraîchement mis en terre. Les vers gris, ces chenilles qui sectionnent la tige au ras du sol pendant la nuit, butent dessus et vont voir ailleurs.
Ça ne protège ni des limaces adultes, qui passent par-dessus sans difficulté, ni des dégâts aériens. Mais sur les sectionnements nocturnes, la différence est nette chez moi. Le carton disparaît en six à huit semaines, quand la tige a durci et n’intéresse plus personne, et il n’y a rien à retirer.
Le conseil de Sophie. Faites vos rouleaux un soir d’hiver devant la radio, cent d’un coup, et rangez-les à plat dans un sac en papier : le jour où vous voulez semer, tout est prêt et vous ne repoussez pas au week-end suivant.

