Mon premier pommier en pot a passé quatre printemps à faire de très belles feuilles et strictement rien d’autre. On m’avait expliqué qu’il lui manquait un pollinisateur, j’ai donc acheté un second pommier, et l’année suivante : toujours pas une fleur. Le conseil n’était pas faux, il répondait simplement à une autre question que la mienne.
Floraison et fécondation, deux problèmes différents
Un pommier isolé fleurit très bien. Ce qu’il ne sait pas faire seul, c’est transformer ses fleurs en pommes : la quasi-totalité des variétés sont auto-stériles, leur propre pollen ne féconde pas leurs ovules. Un arbre sans partenaire donne donc une floraison normale en avril, des pétales qui tombent, puis de petits fruits verts qui jaunissent et se détachent courant juin.
Avant de chercher un pollinisateur, posez-vous la vraie question : votre arbre fleurit-il, oui ou non ? S’il fleurit et ne noue pas, le voisinage est en cause. S’il ne montre aucun bouton en mars, le problème est ailleurs, et un deuxième pommier n’y changera absolument rien. Il m’a fallu deux saisons pour comprendre cette nuance, et deux pots encombrants pour rien.
L’âge et le porte-greffe fixent le calendrier
Un pommier issu d’un pépin met sept à dix ans avant sa première fleur, parfois davantage. Les arbres du commerce sont greffés précisément pour raccourcir cette phase juvénile, mais tout dépend du porte-greffe. Sur M27, très nain, on obtient des fleurs à deux ou trois ans sur un arbre d’un mètre cinquante. Sur M9, comptez trois à quatre ans. Sur MM106 ou sur franc, cinq à six ans et un arbre de quatre mètres, ingérable en bac.
L’étiquette d’origine porte souvent cette information en tout petits caractères, au dos. Si vous l’avez perdue et que votre arbre pousse d’un mètre par an sans jamais fleurir, vous avez très probablement un porte-greffe vigoureux entre les mains. Deux options : attendre encore deux ou trois ans, ou racheter un sujet nain adapté au pot.
Un pot trop petit épuise l’arbre, un pot correct le calme
Un pommier nain réclame au minimum quarante à cinquante litres, soit un bac de quarante-cinq centimètres de diamètre et autant de profondeur. En dessous, l’arbre survit mais dépense toute son énergie à chercher de l’eau, et ne constitue jamais les réserves nécessaires à la formation des boutons floraux.
Rempotez tous les deux à trois ans, en février, en rafraîchissant le pourtour de la motte sur trois centimètres. Un mélange de bonne terre de jardin, de terreau et d’un tiers de compost mûr tient bien mieux dans la durée qu’un terreau seul, qui se tasse et devient hydrophobe en dix-huit mois à peine.
L’azote fabrique des feuilles, pas des boutons
C’est l’erreur la plus fréquente et la plus simple à corriger. Un engrais riche en azote, du terreau neuf tous les ans, ou des arrosages à l’eau de bassin très chargée, et l’arbre produit cinquante centimètres de pousses tendres au lieu de préparer sa floraison. Les rameaux longs, verts, non ramifiés, avec de grandes feuilles molles, sont le signal.
À partir de la troisième année, passez à un apport pauvre en azote et plus riche en potasse : une poignée de cendre de bois tamisée en février, ou un engrais fruitiers appliqué une seule fois au débourrement, jamais deux. Plus rien après le mois de juin, sinon vous relancez la végétation au moment exact où l’arbre devrait former ses boutons.
La taille d’hiver qui supprime la récolte
Le pommier fleurit sur des organes courts et âgés : les lambourdes, les dards et les brindilles couronnées, portés par du bois de deux à quatre ans. Les boutons à fleurs se forment en juin et juillet de l’année précédente. Quand on raccourcit systématiquement toutes les pousses en hiver, comme on taille une haie, on coupe exactement ce qui allait fleurir.
Sur un arbre en pot, taillez peu : le bois mort, les branches qui se croisent, et les gourmands verticaux qui partent du tronc. Laissez intactes les petites ramifications trapues de moins de dix centimètres, même si elles font désordre et donnent un air mal peigné à l’arbre. Ce sont elles, et elles seules, qui porteront les pommes.
L’arcure, le geste qui déclenche les boutons
Une branche verticale pousse, une branche horizontale fructifie. En abaissant les rameaux d’un an à l’horizontale, on ralentit la circulation de la sève et l’arbre bascule en mode reproduction. C’est une technique d’arboriculteur, elle fonctionne très bien sur un sujet en pot et ne coûte rigoureusement rien.
En juin, choisissez trois ou quatre rameaux souples de l’année et attachez-les avec un lien large, sans serrer, à un petit poids ou au rebord du bac. Retirez les liens en septembre. L’année suivante, ces branches portent des boutons ronds et dodus, faciles à distinguer des bourgeons à bois, pointus et plaqués contre l’écorce.
L’hiver doit être vraiment froid
Le pommier a besoin d’un cumul de froid pour lever la dormance de ses bourgeons : selon les variétés, huit cents à mille deux cents heures en dessous de sept degrés. C’est pour cette raison qu’un pommier hiverné dans une véranda hors gel ou une cage d’escalier chauffée débourre mal, en désordre, et le plus souvent sans fleurs.
Laissez le pot dehors tout l’hiver, contre un mur, avec un carton enroulé autour du bac en dessous de moins huit degrés. Le froid n’est pas un risque à éviter, c’est une condition de la floraison. Protégez le contenant, jamais les branches, qui supportent sans difficulté nos hivers.
Six heures de soleil, pas moins
Les boutons à fleurs se forment en début d’été, dans les parties les mieux éclairées de la couronne. Un pommier placé contre un mur nord, ou plongé dans l’ombre d’un immeuble après treize heures, végète honorablement : il vit, il feuille, mais il ne fleurira jamais correctement.
Six heures de soleil direct en juin sont un minimum, huit valent nettement mieux. Sur un balcon, tournez le pot d’un quart de tour chaque mois pour éclairer toutes les faces, sinon la moitié de la charpente reste stérile.
Quand il fleurit enfin, le second pommier devient indispensable
Là, le conseil que j’avais reçu redevient parfaitement exact. Il faut une seconde variété différente, fleurissant à la même période, à moins d’une cinquantaine de mètres. Deux arbres de la même variété ne se pollinisent pas entre eux : génétiquement, c’est le même individu. Un pommier d’ornement à petites pommes fait un excellent partenaire et tient dans un bac modeste.
Méfiez-vous des variétés triploïdes, comme la Reinette du Canada ou la Belle de Boskoop : leur pollen est stérile et elles réclament deux autres variétés autour d’elles pour donner quelque chose. Si vous n’avez la place que pour deux pots, choisissez deux variétés classiques dont les périodes de floraison se recouvrent franchement, pas seulement de trois jours.
En ville, les abeilles ne font pas toujours le travail
Sur un balcon en hauteur, ou dans une rue très minérale, les insectes ne montent pas forcément jusqu’à vos fleurs, surtout par printemps froid et venteux. J’ai obtenu mes premières pommes l’année où je m’en suis chargée moi-même, avec un pinceau à aquarelle et dix minutes par jour pendant la floraison.
- Passez le pinceau de fleur en fleur, d’un arbre à l’autre, deux jours de suite, entre onze heures et quinze heures par temps sec.
- Le stigmate reste réceptif deux à trois jours seulement : intervenez dès l’ouverture des premières fleurs, pas à la fin.
- Ne traitez rien pendant la floraison, même en bio, et laissez fleurir les pissenlits au pied du bac : ils attirent ce qui vole.
- Une gelée à moins deux degrés détruit les fleurs ouvertes : couvrez le pot d’un voile la nuit tant que le risque dure.
Le conseil de Sophie. Avant d’acheter un second pommier, regardez vos bourgeons en mars : s’ils sont pointus et plaqués contre le rameau, ce sont des bourgeons à bois, et c’est de patience ou d’un autre porte-greffe que vous avez besoin, pas d’un pollinisateur.

