Pommes de terre en pot : rajoutez du terreau au fur et à mesure, la récolte double

Pommes de terre en pot : rajoutez du terreau au fur et à mesure, la récolte double

On voit passer chaque printemps la photo de la tour à pommes de terre et sa promesse de cinquante kilos au mètre carré. J’y ai cru, j’ai construit la mienne en grillage doublé de carton, et j’ai récolté trois kilos et demi de tubercules tous concentrés dans les vingt centimètres du bas. Le rechargement progressif fonctionne pourtant très bien, mais pas du tout comme on le raconte, et à une condition que personne ne mentionne jamais.

D’où vient l’idée de la tour

Le raisonnement paraît imparable : la pomme de terre produit ses tubercules sur des tiges souterraines, donc plus la tige est enterrée, plus il y a de tubercules. Il suffirait d’ajouter du terreau chaque fois que la plante grandit pour empiler les niveaux de récolte comme des étages.

Le problème, c’est que la plante n’a pas lu le raisonnement. Les stolons, ces tiges rampantes qui portent les tubercules, ne partent pas de n’importe quel point de la tige : ils naissent sur des nœuds situés juste au-dessus du tubercule de plantation, dans une zone qui ne dépasse guère quinze à vingt centimètres de hauteur chez la plupart des variétés.

Variétés déterminées et indéterminées, le point qui change tout

C’est la distinction qui manque dans neuf articles sur dix. Les variétés dites déterminées, qui sont surtout les hâtives, forment leurs tubercules sur un seul niveau et arrêtent leur croissance en hauteur assez vite. Vous pouvez les recharger sur soixante centimètres, elles ne produiront pas un gramme de plus : le terreau ajouté ne fait que refroidir le pot.

Les variétés indéterminées, plutôt du côté des demi-tardives et tardives, continuent d’allonger leur tige et sont capables d’émettre de nouveaux stolons sur les nœuds successifs à mesure qu’on les enterre. C’est uniquement sur celles-là que le rechargement progressif paie. Les sachets ne l’indiquent presque jamais, mais la règle empirique est fiable : plus la variété est tardive, plus elle profite du rechargement.

Ce que le rechargement apporte vraiment

Sur une variété indéterminée bien conduite, en sac de 50 litres, j’ai mesuré 2,6 kg avec rechargement contre 1,5 kg sans, sur deux sacs identiques la même année. Un peu moins du double, donc, et c’est le meilleur écart que j’aie obtenu en quatre essais. Les autres années, l’écart tournait autour de 40 %.

Il y a aussi un bénéfice qui n’a rien à voir avec le rendement et que je trouve au moins aussi important : les tubercules qui se forment près de la surface ne verdissent plus, parce qu’ils sont recouverts avant d’avoir vu la lumière. Sur un balcon où le substrat se tasse de cinq à huit centimètres en une saison, cela sauve à chaque fois deux ou trois pommes de terre par plant.

Comment procéder en pratique

Le geste est simple, c’est le rythme qui compte. On ne recharge pas tous les dimanches par principe, on recharge quand la plante l’appelle, c’est-à-dire quand la tige a pris assez de hauteur pour qu’on puisse en enterrer un tiers sans l’étouffer.

  • plantez au départ dans dix à douze centimètres de terreau seulement, sac roulé bas
  • attendez que les tiges dépassent de 20 à 25 cm au-dessus du substrat
  • ajoutez 8 à 10 cm de terreau en le glissant entre les tiges, sans tasser
  • laissez toujours au moins les deux tiers du feuillage à l’air libre
  • recommencez deux à trois fois, à trois semaines d’intervalle environ
  • arrêtez à la floraison, ou quand il reste 5 cm sous le bord du contenant

À quelle hauteur s’arrêter

Je m’arrête à quarante centimètres de terreau au total, et je n’ai jamais eu de raison d’aller plus haut. Au-delà, la masse de substrat au-dessus du tubercule de plantation devient froide et lourde, l’eau met du temps à traverser, et les racines profondes s’asphyxient à la première semaine pluvieuse.

La floraison est un bon signal d’arrêt : elle coïncide à peu près avec le début du remplissage des tubercules, et à partir de là, la plante consacre son énergie au grossissement, plus à l’émission de stolons. Recharger après la floraison ne fait qu’ajouter du poids à soulever à la récolte.

Le terreau à ajouter

Prenez le même terreau qu’au départ, ou un mélange de terreau et de compost mûr à parts égales. Ce qu’il faut éviter, c’est un matériau plus fin ou plus argileux que la base : vous créez une couche imperméable, l’eau ruisselle sur le dessus et le fond du sac reste sec pendant que la surface est détrempée.

Ajoutez le terreau sec ou à peine humide, puis arrosez juste après, plutôt que d’ajouter un terreau déjà gorgé d’eau. Cela évite de coller les tiges les unes aux autres et de créer un point de pourriture au collet, qui est la manière la plus rapide de perdre un plant en trois jours.

L’erreur qui coûte la récolte

Enterrer complètement le feuillage. On lit souvent qu’il faut recouvrir jusqu’aux dernières feuilles pour forcer la plante à remonter : c’est exactement ce qui bloque tout. Une plante entièrement enterrée cesse de photosynthétiser pendant plusieurs jours, redémarre lentement, et perd davantage de temps qu’elle ne gagne en stolons.

L’autre erreur est de tasser le terreau ajouté à la main ou au pied pour le faire tenir. Le terreau compacté empêche les stolons de circuler et ils ne se développent que dans les poches meubles. On verse, on répartit du bout des doigts, on n’appuie pas.

Ce que ma dernière saison a donné

L’an dernier, j’ai mené quatre sacs de 50 litres, deux d’une hâtive et deux d’une demi-tardive, avec dans chaque paire un sac rechargé et un sac témoin. Sur la hâtive, l’écart a été nul, 1,2 kg contre 1,25 kg, à l’erreur de mesure près. Sur la demi-tardive, 2,4 kg contre 1,6 kg.

Cela m’a définitivement convaincue d’arrêter de recharger mes hâtives, ce qui économise du terreau et du temps, et de réserver la technique aux variétés de fin de saison. Ce genre d’essai à deux sacs ne demande presque rien et vaut mieux que tous les articles qu’on peut lire, le mien compris.

Si vous ne voulez pas vous embêter

Il existe une version paresseuse qui donne 80 % du résultat : remplissez le sac aux deux tiers dès le départ, plantez à quinze centimètres de profondeur, et faites un seul rechargement de dix centimètres au moment où les tiges atteignent trente centimètres. Un geste dans la saison, au lieu de trois.

C’est ce que je fais quand je pars en vacances en juin. Le rendement est légèrement inférieur au rechargement en trois fois, mais très supérieur à l’absence totale de rechargement, et surtout aucun tubercule ne verdit. Pour un balcon, c’est largement le meilleur rapport effort-résultat.

Le conseil de Sophie. Marquez d’un trait au feutre, sur le sac, la hauteur de terreau après chaque rechargement : c’est le seul moyen de savoir l’année suivante ce que vous avez réellement fait.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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