Il reste toujours, au fond du sac, deux ou trois pommes de terre couvertes de germes blancs. On hésite entre les jeter et les planter. J’ai fait l’essai plusieurs années de suite dans des sacs de terreau posés contre le mur sud de mon abri. Ça marche, à condition de ne pas croire tous les chiffres qui circulent.
Une pomme de terre germée n’est pas un plant certifié
Un plant certifié est un tubercule produit dans des conditions sanitaires contrôlées et testé pour les virus et les maladies de conservation. Une pomme de terre de consommation n’est contrôlée que pour être mangée. Elle peut parfaitement héberger des virus qui réduisent la récolte, ou de la gale, sans que rien ne se voie de l’extérieur. Le résultat est donc plus aléatoire.
Deuxième point : beaucoup de lots de conservation sont traités avec un inhibiteur de germination. Un tubercule qui a produit de beaux germes fermes n’a manifestement plus rien qui le bloque, et c’est bon signe. Mais gardez en tête que cette culture reste une récupération. Si votre objectif est de remplir une cave, achetez des plants ; s’il s’agit de valoriser trois pommes de terre germées, allez-y.
Ce qu’on mange et ce qu’on jette
Un point de sécurité avant tout le reste. Les germes et les parties vertes contiennent de la solanine, un composé qui devient toxique à dose élevée et que la cuisson ne détruit pas. On ne mange donc ni les germes, ni un tubercule qui a verdi, ni les petits fruits ronds qui se forment parfois après la floraison et ressemblent à des tomates vertes : ceux-là sont franchement toxiques.
Concrètement, un tubercule germé mais ferme, blanc et sans zone verte peut être épluché généreusement et consommé. Un tubercule mou, ridé ou verdi part à la plantation ou au compost, pas dans l’assiette. Et si vous cultivez avec des enfants, prévenez-les explicitement au sujet de ces petits fruits verts, qui sont attirants et à hauteur de main.
Le sac : volume, drainage, emplacement
Prenez le sac de terreau lui-même, c’est le plus simple. Un sac de quarante à cinquante litres convient pour deux tubercules, un sac de soixante-dix litres pour trois. En dessous de quarante litres, ne mettez qu’un seul plant, sinon la concurrence racinaire plafonne tout. Le volume de terre est le facteur limitant numéro un du rendement en sac, avant même la variété.
Percez huit à dix trous d’un centimètre dans le fond et sur les cinq premiers centimètres des côtés. Sans drainage, le sac devient un marécage à la première grosse pluie et les tubercules pourrissent en huit jours. Posez-le en plein soleil sur deux tasseaux pour que l’eau s’écoule vraiment, dans un endroit facile à arroser, puisqu’il faudra y revenir souvent.
Préparer le tubercule
Faites d’abord germer proprement, à la lumière et au frais, entre dix et douze degrés, pendant deux ou trois semaines. Le but est d’obtenir des germes courts, trapus, verts ou violacés, de un à deux centimètres. Les longs germes blancs et filants qui poussent dans un placard sombre se cassent à la plantation et démarrent mal. Étalez les tubercules sur un plateau, germes vers le haut, près d’une fenêtre.
Ne coupez pas les petits tubercules, plantez-les entiers, c’est plus sûr. Pour un gros calibre à nombreux yeux, vous pouvez couper en deux morceaux portant chacun deux ou trois germes, puis laisser sécher les faces coupées vingt-quatre à quarante-huit heures à l’air libre. Une coupe fraîche mise directement en terre humide pourrit une fois sur trois.
La plantation, étape par étape
Roulez le sac vers le bas comme une manche, de façon à n’avoir qu’une trentaine de centimètres de hauteur au départ. Mettez quinze centimètres de terreau au fond, posez les tubercules germes vers le haut et bien espacés, puis recouvrez de dix centimètres. Arrosez modérément, juste de quoi humidifier l’ensemble, et attendez.
Le sol doit être à huit ou dix degrés au minimum. Dans l’Ouest, cela correspond à la deuxième quinzaine de mars pour un emplacement abrité, à avril ailleurs. Planter plus tôt ne fait rien gagner : le tubercule reste immobile dans le froid et se fait attaquer. La levée demande ensuite deux à quatre semaines selon la température.
Le buttage progressif, et pour quelles variétés
Quand les tiges atteignent vingt centimètres, déroulez le sac de dix centimètres et ajoutez du terreau en n’enterrant que la moitié inférieure des tiges. Répétez deux ou trois fois jusqu’à ce que le sac soit entièrement déroulé. L’idée est que la portion de tige enterrée émette de nouveaux stolons, donc de nouveaux tubercules.
Ce gain ne fonctionne bien qu’avec les variétés tardives, dites indéterminées, qui produisent des tubercules étagés sur la hauteur de la tige. Les variétés précoces forment les leurs à un seul niveau et le buttage haut ne leur apporte presque rien. C’est une nuance rarement expliquée, et elle explique pourquoi certains obtiennent un sac plein et d’autres une couche unique au fond.
L’arrosage et la fertilisation
Un sac chauffe et sèche infiniment plus vite qu’une planche de jardin. En juin, j’apporte deux à trois litres d’eau par sac tous les deux jours, et tous les jours pendant une canicule. La période critique se situe à la floraison et dans les trois semaines suivantes, quand les tubercules grossissent : un coup de sec à ce moment fait chuter le rendement de moitié et provoque des tubercules fendus.
Le terreau du commerce contient un engrais de départ qui tient trois à quatre semaines, pas plus. J’apporte du compost mûr en surface au deuxième buttage, puis un engrais riche en potasse toutes les deux semaines dès la floraison. Évitez de forcer sur l’azote, purin d’ortie compris : vous obtiendriez un feuillage magnifique d’un mètre et des tubercules minuscules.
Les quatre kilos : ce qu’on obtient vraiment
Soyons précis. Un sac de quarante litres avec deux tubercules m’a donné entre un kilo et demi et deux kilos et demi. Un sac de soixante-dix litres avec trois plants bien nourris et bien arrosés monte à trois kilos. J’ai atteint quatre kilos une seule fois, sur une variété tardive, avec un été doux et un arrosage suivi. Quatre kilos est un maximum, pas une moyenne.
Ce qui fait la différence, dans l’ordre : le volume de terre, la régularité de l’arrosage, la fertilisation en potasse, puis la variété. La qualité du tubercule de départ vient après, ce qui est une bonne nouvelle quand on part de pommes de terre de consommation. Un sac négligé pendant deux semaines de juillet donnera moins d’un kilo, quoi que vous fassiez ensuite.
Récolter et conserver
Pour des pommes de terre nouvelles, plongez la main dans le sac trois semaines après la fin de la floraison et prélevez les plus grosses en laissant les autres grossir. Pour une récolte de conservation, attendez que le feuillage jaunisse et se couche, coupez les tiges au ras et laissez le sac tel quel dix à quinze jours : la peau s’épaissit et les tubercules se conservent bien mieux.
Videz ensuite le sac sur une bâche, laissez sécher les tubercules deux heures à l’air mais pas au soleil, brossez la terre sèche sans les laver, et stockez-les en cagette dans le noir complet, entre six et dix degrés. La lumière les fait verdir en quelques jours. Le terreau usé, lui, ne se replante pas en pommes de terre l’année suivante : versez-le sur un massif de fleurs.
Les ennuis probables
Voici ce que vous risquez de rencontrer, par ordre de fréquence.
- Le mildiou par temps chaud et humide, avec des taches brunes cerclées de jaune : coupez tout le feuillage dès l’apparition, la récolte au fond est en général sauvée.
- Le doryphore, larve orange et ventrue, qui défolie un plant en trois jours : ramassage à la main matin et soir, très efficace sur deux ou trois sacs.
- Les gelées tardives sur les jeunes pousses, détruites dès moins un degré : couvrez d’un voile ou d’un carton la nuit, en avril.
- Les tubercules verts qui affleurent en surface : recouvrez immédiatement de terreau et écartez-les au tri.
- La pourriture au fond du sac, signe de trous de drainage insuffisants ou bouchés par le terreau tassé.
Le conseil de Sophie. Notez au feutre la date de plantation directement sur le sac : c’est la seule information dont vous aurez besoin en juillet pour savoir s’il faut encore patienter ou commencer à fouiller.

