Mon olivier vit sur le balcon depuis huit ans, dans un bac de 45 cm. Livré à lui-même, il fait ce que font tous les oliviers : il file en hauteur, se dégarnit du bas et finit par ressembler à un plumeau planté sur un manche. La taille de fin d’hiver est ce qui le garde rond, dense et compatible avec deux mètres carrés de balcon.
Pourquoi mars, et pas février
Un olivier en pot n’a pas les réserves d’un olivier en pleine terre. Une taille faite en février, quand une gelée à moins 4 ou moins 5 °C peut encore tomber sur l’Anjou, ouvre des plaies sur un arbre incapable de cicatriser : la sève ne circule pas, le bois reste à nu plusieurs semaines et le froid entre par les coupes. J’ai perdu deux charpentières comme ça la première année, pour avoir voulu prendre de l’avance.
J’attends donc que les nuits repassent durablement au-dessus de 3 à 4 °C et qu’aucune gelée ne soit annoncée dans les dix jours. En Anjou, cela tombe presque toujours entre le 10 et le 31 mars. La sève remonte, l’arbre referme ses plaies en deux à trois semaines et repart dans la foulée.
Ce que la taille change vraiment
Un olivier ne devient pas rond parce qu’on l’a coupé rond. Il devient rond parce qu’on a supprimé ce qui tirait vers le haut et vers l’intérieur, et que la lumière atteint enfin les bourgeons du bas. Un arbre qui reçoit du soleil sur son bois ancien redémarre depuis ce bois ; un arbre qui vit dans son ombre le laisse mourir.
La deuxième chose que change la taille, c’est le rapport entre le feuillage et le volume de terre. Un olivier en bac de 40 litres qui porte deux mètres cubes de branches boit trois fois plus que ce que le pot peut retenir, et vous passez l’été à courir derrière l’arrosoir. Réduire la couronne, c’est aussi s’offrir un arbre qui tient deux jours sans eau en juillet.
Regarder l’arbre avant de sortir le sécateur
Je pose le bac par terre, je recule de trois mètres et je regarde cinq bonnes minutes. J’identifie d’abord les trois ou quatre branches maîtresses que je veux garder pour les dix prochaines années : bien réparties autour du tronc, écartées d’au moins 60 degrés, partant à hauteur de main. Tout le reste devient négociable.
Ensuite, je repère ce qui n’a rien à faire là : le bois mort, cassant et gris, les branches qui se croisent et se frottent, celles qui plongent vers le centre. Sur un olivier de balcon, c’est en général la moitié du volume. Cette lecture faite en amont évite la panique du sécateur, ce moment où l’on coupe au hasard parce qu’on ne voit plus la forme.
Les trois coupes qui font l’essentiel
Sur mon arbre, trois gestes suffisent à retrouver la boule, et je les fais dans cet ordre précis.
- Les gourmands : ces pousses verticales, tendres, qui partent du tronc ou du dessus des charpentières. Elles se cassent d’un coup de pouce à la base tant qu’elles sont vertes ; au sécateur ensuite, au ras du bois porteur, sans laisser de chicot.
- Les drageons : les rejets qui sortent au pied, souvent issus du porte-greffe. Ils épuisent l’arbre et ne donneront jamais la même variété. Je les dégage à la main en tirant vers le bas, ce qui arrache le bourgeon dormant.
- Le bois de l’intérieur : tout ce qui pousse vers le centre de la boule. La règle classique veut qu’un oiseau puisse traverser la couronne sans toucher une branche ; c’est exagéré pour un pot, mais l’idée reste bonne.
Garder la boule sans la tondre
La tentation est de passer un cisaille à haie et d’égaliser. Le résultat est net une semaine, puis catastrophique : la coupe à l’aveugle laisse des moignons partout, l’olivier réagit en émettant une brosse de pousses en surface, et vous obtenez une coquille de feuilles avec un intérieur vide et mort. Trois ans de ce régime et l’arbre ne se rattrape plus.
Je taille donc branche par branche, en coupant chaque rameau au-dessus d’un bourgeon tourné vers l’extérieur, à 4 ou 5 mm au-dessus, en biais léger. La silhouette se construit en reculant régulièrement pour vérifier. Cela prend quarante minutes au lieu de cinq, et l’arbre garde une densité vraie sur toute son épaisseur.
La question des olives
Il faut être honnête : un olivier de balcon en Anjou fera peu d’olives, et une taille sévère en fera encore moins. L’olivier fructifie sur les rameaux de l’année précédente. Chaque rameau souple, fin, gris clair, que vous supprimez en mars est une récolte que vous venez d’annuler pour l’automne suivant.
Je choisis donc selon l’année. Une année sur trois, je taille court et j’accepte de ne rien récolter, pour remettre la forme d’aplomb. Les deux autres années, je me contente des gourmands, du bois mort et d’un léger raccourcissement, et je laisse la fructification tranquille. Vouloir les deux en même temps, c’est ne rien avoir.
Jusqu’où raccourcir sans affaiblir
La limite que je ne franchis pas est le tiers du volume foliaire en une seule saison. Au-delà, l’arbre puise dans ses réserves de racines, produit une masse de gourmands en juin pour compenser, et vous repartez pour deux ans de désordre. Sur un sujet négligé depuis longtemps, j’étale la remise en forme sur trois printemps.
Concrètement, sur mon bac de 45 cm, cela veut dire une couronne d’environ 1 m de diamètre pour 1,30 m de hauteur totale. Je raccourcis les rameaux de l’année de moitié, pas plus, et je supprime entièrement une ou deux branches mal placées plutôt que d’en rogner dix. Une grosse coupe franche cicatrise mieux que dix petites blessures.
Le matériel et l’hygiène
Un sécateur bien affûté et une petite scie d’élagage pour les branches de plus de 2 cm suffisent. Une lame émoussée écrase les fibres au lieu de les trancher, et la plaie met deux fois plus de temps à se fermer. Je passe la pierre à affûter avant de commencer, systématiquement.
Je désinfecte aussi les lames à l’alcool à 70 degrés entre chaque arbre, et surtout avant de toucher un sujet sain après un sujet douteux. Le chancre et la verticilliose se transmettent par les outils. En revanche, je ne mets aucun mastic sur les coupes : les travaux récents montrent qu’il enferme l’humidité plus qu’il ne protège, et l’olivier se débrouille très bien seul.
Ce que je fais juste après
Je nettoie la surface du terreau, je retire le paillis de l’hiver et je gratte le premier centimètre à la griffe pour casser la croûte. Puis j’attends deux à trois semaines avant d’apporter quoi que ce soit : nourrir un arbre qui vient d’être blessé le pousse à faire du bois tendre au lieu de cicatriser.
Passé ce délai, j’apporte un engrais organique équilibré à libération lente, une poignée d’environ 60 g griffée en surface, et j’arrose copieusement une fois pour le faire descendre. Ensuite, arrosages espacés : l’olivier redoute bien plus l’excès d’eau que la sécheresse, et un pot froid et détrempé en avril fait pourrir les jeunes racines.
Le conseil de Sophie. Taillez avec le pot posé au sol et tournez-le d’un quart de tour toutes les dix minutes : on ne voit jamais les branches qui déséquilibrent la boule tant qu’on regarde l’arbre du même côté.

