Plantes d'intérieur en hiver : arrosez 2 fois moins, c'est tout

Plantes d’intérieur en hiver : arrosez 2 fois moins, c’est tout

Chaque année, entre la Toussaint et février, je reçois les mêmes photos : feuilles jaunes, tiges molles, terre détrempée. La plante n’a presque jamais froid et ne manque de rien. Elle est simplement arrosée au rythme de juillet, alors qu’elle ne travaille plus. Diviser les apports par deux règle la grande majorité de ces cas, sans rien changer d’autre.

C’est la lumière qui commande, pas le calendrier

En Anjou, le 21 décembre, le jour dure huit heures et demie contre seize heures en juin, avec une lumière rasante et un ciel couvert la moitié du temps. Derrière une vitre, une plante reçoit alors une fraction de ce qu’elle recevait l’été. La photosynthèse ralentit, la croissance s’arrête, la transpiration foliaire chute. Une plante qui ne pousse pas ne boit pas.

J’ai fait le test sur une monstera pendant deux hivers, en soupesant le pot tous les deux jours. En juillet, elle sèche en quatre jours. En janvier, elle met dix à douze jours pour atteindre exactement le même poids, dans la même pièce, avec le même pot. Ce n’est pas une impression, c’est un rapport de un à trois.

Ce qui tue en hiver, c’est l’eau, pas le froid

Des racines qui trempent dans une terre gorgée à 17 ou 18 °C ne manquent pas de chaleur, elles manquent d’air. Les pores du substrat sont pleins d’eau, l’oxygène disparaît en deux ou trois jours, et les extrémités racinaires brunissent. Ensuite viennent les feuilles jaunes du bas, la base de tige molle, l’odeur de vase et les moucherons qui tournent au-dessus du pot.

Le piège est vicieux. Une plante dont les racines pourrissent n’absorbe plus, donc son feuillage devient mou et pendant : exactement le signe d’une plante assoiffée. Le réflexe est d’arroser encore, et l’on accélère la fin. Avant tout arrosage d’hiver, la main dans la terre est le seul juge valable.

Vérifier au lieu de compter les jours

Trois méthodes, à combiner. Le doigt enfoncé sur trois à quatre centimètres, qui ne renseigne que sur la surface. Le poids du pot soupesé, de loin le plus fiable une fois qu’on a la référence en tête : entre un pot sec et un pot arrosé, la différence est énorme. Et la brochette en bois enfoncée jusqu’au fond, qui ressort foncée et humide tant qu’il faut attendre.

Pour la majorité des plantes vertes d’appartement, la consigne est d’attendre que les trois à cinq premiers centimètres soient franchement secs. Concrètement, cela donne un arrosage tous les douze à vingt jours en hiver, contre cinq à sept jours en été. Chez moi, la monstera, le philodendron et le ficus passent en janvier à deux arrosages par mois.

Le chauffage est la seule vraie complication

L’air d’un logement chauffé descend souvent à 30 ou 35 pour cent d’humidité relative, soit un air de climat sec. Une plante posée à moins d’un mètre d’un radiateur, ou au-dessus, sèche deux fois plus vite que la même plante à trois mètres. C’est la raison pour laquelle il ne faut jamais appliquer un rythme unique à toute la maison.

La solution n’est pas d’arroser davantage mais de déplacer les pots hors du flux d’air chaud, et de les regrouper : un massif de six ou sept plantes crée autour de lui une ambiance nettement plus humide qu’un pot isolé. Le plateau de billes d’argile humides a un effet réel mais très local, sur quelques dizaines de centimètres. La brumisation, elle, ne dure pas plus de vingt minutes.

Cactus et succulentes, presque rien du tout

Ce sont les plus faciles, à condition d’accepter de ne rien faire. Dans une pièce fraîche, entre 10 et 15 °C, j’arrête complètement d’octobre à mars. Dans un salon à 20 °C, je donne un petit verre une fois par mois, pas davantage, juste pour éviter que les racines fines ne se dessèchent totalement.

Un cactus qui pourrit en hiver a été arrosé et chauffé en même temps. Le signe est reconnaissable : une base brune et molle qui cède quand on appuie, alors que le sommet paraît encore sain. À ce stade, il ne reste qu’à couper au-dessus de la zone atteinte et à laisser cicatriser la plaie une semaine avant de replanter au sec.

Celles qui, au contraire, travaillent en hiver

Toutes ne ralentissent pas. Les azalées d’intérieur, les cyclamens, les poinsettias, les phalaenopsis et les clivias en fin de repos poussent ou fleurissent en saison froide, et boivent normalement. Leur appliquer le régime d’hiver des plantes vertes revient à les faire faner en trois semaines.

Deux précisions utiles pour ces fleuries. Le cyclamen s’arrose par la soucoupe ou sur le bord du pot, jamais au centre : l’eau sur le tubercule le fait pourrir en quelques jours. La phalaenopsis se trempe dix minutes tous les dix à quatorze jours, puis s’égoutte complètement ; ses racines argentées signalent la soif, ses racines vertes signalent qu’il faut attendre.

L’eau elle-même, sa température et sa qualité

En hiver, l’eau du robinet sort à huit ou dix degrés. Versée sur une motte à dix-neuf degrés, elle provoque un arrêt temporaire de l’absorption et, chez les plantes sensibles comme le saintpaulia ou le calathea, des taches sur les feuilles. Je remplis un arrosoir que je laisse dans la pièce vingt-quatre heures avant usage : c’est le geste le plus simple de tout cet article.

La qualité compte aussi. Une eau très calcaire laisse des dépôts blancs sur le terreau et fait remonter le pH, ce que détestent les calathéas, les fougères et les plantes carnivores. Je réserve pour elles l’eau de pluie récupérée. En revanche, il faut éviter l’eau adoucie par un adoucisseur au sel, qui échange le calcium contre du sodium et abîme les racines à la longue.

La soucoupe et le cache-pot, à surveiller de près

En été, une soucoupe pleine s’évapore. En hiver, elle reste pleine pendant des jours, et le fond de la motte baigne en permanence. Ma règle : vingt à trente minutes après l’arrosage, la soucoupe est vidée, sans exception. C’est ce qui sauve le plus de plantes chez les gens à qui je rends visite.

Le cache-pot pose le même problème en plus discret, puisqu’on ne voit pas le niveau d’eau. J’arrose au-dessus de l’évier, je laisse égoutter un quart d’heure, puis je remets le pot en place. Si la plante est trop lourde à déplacer, je cale le pot de culture sur trois centimètres de billes d’argile pour qu’il ne trempe jamais.

Les gestes de saison qui ne servent à rien

Certaines habitudes hivernales font plus de mal que de bien. Voici celles que j’ai abandonnées.

  • L’engrais de novembre à fin février : la plante ne pousse pas, elle ne consomme rien, et les sels s’accumulent dans la motte.
  • Le rempotage hivernal, sauf urgence sanitaire : les racines coupées ne repartent pas avant mars et la terre neuve reste détrempée.
  • La brumisation quotidienne : vingt minutes d’effet, et des taches durables sur les feuilles duveteuses.
  • Le rapprochement du poêle ou du radiateur pour réchauffer une plante qui a l’air triste : elle se dessèche au lieu de se refaire.
  • La douche à l’eau froide en plein hiver, qui ajoute un choc thermique à un feuillage déjà ralenti.

Reprendre le rythme au bon moment

Le signal n’est pas une date mais l’allongement du jour, perceptible à partir de la mi-février, et surtout l’apparition de pousses claires au sommet des tiges. C’est la plante qui annonce qu’elle recommence à travailler, pas le calendrier.

J’augmente alors progressivement, sur trois à quatre semaines, en repassant d’un arrosage tous les quinze jours à un tous les huit jours. L’engrais revient à demi-dose seulement quand deux ou trois nouvelles feuilles sont sorties, jamais avant. Et c’est à ce moment-là, pas en janvier, que je sors le terreau neuf pour les rempotages de l’année.

Le conseil de Sophie. Prenez l’habitude de soupeser vos pots plutôt que de regarder le calendrier : en deux semaines vous saurez au poids, sans réfléchir, lesquels ont soif et lesquels attendront encore dix jours.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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