Oxalis : ses feuilles se ferment le soir et s'ouvrent le matin, voici pourquoi

Oxalis : ses feuilles se ferment le soir et s’ouvrent le matin, voici pourquoi

Le premier soir, on croit à une coïncidence. Le deuxième, on comprend : les feuilles de l’oxalis se replient vraiment quand la lumière baisse, comme de petits parapluies qu’on ferme, et elles se rouvrent au matin. Ce mouvement porte un nom, il obéit à un mécanisme précis, et il vous renseigne au passage sur l’état de votre plante.

Ce qui se passe à la tombée du jour

Regardez une feuille d’oxalis triangularis en fin d’après-midi. Chacune est composée de trois folioles en forme de triangle, attachées au sommet d’un long pétiole souple. À mesure que la lumière décline, les trois folioles basculent vers le bas et se rabattent l’une contre l’autre, tandis que le pétiole s’incline légèrement. En vingt à trente minutes, tout le pot a changé de silhouette.

Ce phénomène s’appelle la nyctinastie, littéralement le mouvement de nuit. Il concerne beaucoup de plantes de la famille des légumineuses, comme les trèfles ou les mimosas, et se retrouve chez les oxalis. Ce n’est ni un signe de fatigue, ni un symptôme : une plante qui ferme ses feuilles le soir est une plante qui va bien.

Une charnière hydraulique à la base de chaque foliole

Le moteur du mouvement est un renflement situé à la jonction entre la foliole et le pétiole, qu’on appelle un pulvinus. C’est un petit coussin de cellules spécialisées, réparties en deux zones qui travaillent en opposition, un peu comme deux muscles antagonistes.

Le mécanisme est purement hydraulique. Des ions, principalement du potassium, sont pompés d’un groupe de cellules vers l’autre ; l’eau suit par osmose. Les cellules qui perdent leur eau se dégonflent, celles qui la reçoivent se gonflent, et le déséquilibre de pression fait pivoter la foliole. Au matin, le flux s’inverse et la feuille se redéploie.

Pourquoi ce n’est pas de la croissance

C’est ce qui rend le phénomène si étonnant. Un mouvement de croissance, comme une tige qui se penche vers la fenêtre, est lent et irréversible : les cellules s’allongent définitivement d’un côté. Ici, rien de tel. Aucune cellule ne grandit, aucune ne se divise, et le mouvement peut se répéter des centaines de fois sur la même feuille.

C’est aussi ce qui explique sa rapidité. Déplacer de l’eau entre deux poches de cellules prend quelques dizaines de minutes, là où une croissance différentielle demanderait des heures. Une même feuille d’oxalis pourra s’ouvrir et se fermer chaque jour pendant les trois ou quatre mois de sa vie.

Une horloge interne, pas seulement une réaction à la lumière

On pourrait croire que la plante réagit simplement à l’obscurité, comme un capteur. L’expérience montre que c’est plus subtil. Si l’on place un oxalis dans le noir complet pendant plusieurs jours, ses feuilles continuent de s’ouvrir et de se fermer à peu près aux mêmes heures, avec un rythme légèrement décalé chaque jour.

C’est la signature d’un rythme circadien endogène, une horloge biologique interne d’une période proche de vingt-quatre heures, que la lumière du jour ne fait que remettre à l’heure. La plante anticipe donc le crépuscule au lieu de le subir : chez moi, les folioles commencent à s’incliner avant que la pièce ne soit franchement sombre.

À quoi ce mouvement sert-il vraiment

La réponse honnête est qu’on ne le sait pas avec certitude, et que plusieurs hypothèses cohabitent depuis Darwin, qui s’était déjà passionné pour le sujet. Les pistes les plus discutées sont les suivantes.

  • limiter la perte de chaleur par rayonnement vers le ciel nocturne, en réduisant la surface exposée
  • éviter que la rosée et la pluie ne stagnent sur le limbe, ce qui favorise les champignons
  • réduire l’accessibilité du feuillage aux herbivores nocturnes, en le rendant plus difficile à saisir
  • empêcher la lumière de la lune ou d’un éclairage faible de perturber l’horloge interne
  • économiser de l’énergie en mettant en veille l’appareil photosynthétique quand il ne sert à rien

Quand les feuilles se ferment en plein jour

C’est là que l’observation devient utile. Un oxalis qui se replie à quinze heures ne fait pas de la nyctinastie, il vous signale un problème. Deux causes dominent : un ensoleillement direct excessif, typiquement derrière une vitre exposée plein sud, ou un manque d’eau.

Dans le premier cas, replier ses folioles est une protection contre l’excès de lumière, et la plante rouvre d’elle-même en fin de journée si vous la déplacez ou si vous tirez un voilage. Dans le second, tâtez le terreau : s’il est sec sur trois centimètres, arrosez, et vous verrez les feuilles se redresser en quelques heures. Si ni la lumière ni l’eau ne sont en cause, vérifiez la température de la pièce.

Ne le confondez pas avec le mimosa pudique

On rapproche souvent les deux plantes, à tort. Le mimosa pudique se referme au toucher, en une ou deux secondes : c’est de la sismonastie, un mouvement déclenché par un stimulus mécanique et propagé par un signal électrique très rapide le long de la tige.

L’oxalis, lui, ne réagit pas si vous lui caressez les feuilles. Son mouvement est lent, régulier, calé sur l’heure, et il ne dépend d’aucun contact. Les deux plantes utilisent le même type de charnière hydraulique, mais le déclencheur n’a rien à voir. Inutile donc d’essayer d’impressionner vos invités en touchant les folioles.

Ce que le mouvement dit de votre arrosage

Puisque le mécanisme repose entièrement sur des mouvements d’eau, une plante en déficit hydrique ne peut plus l’exécuter correctement. Un oxalis qui reste à moitié fermé toute la journée, ou dont les feuilles pendent mollement sans se redresser le matin, manque d’eau depuis plusieurs jours.

À l’inverse, un mouvement franc et net, avec des feuilles bien horizontales à dix heures et bien repliées à vingt-deux heures, est le meilleur indicateur de santé que je connaisse sur cette plante. Je m’en sers plus volontiers que du contrôle du terreau : c’est plus rapide et ça ne trompe pas.

Lumière artificielle et rythme perturbé

Un oxalis placé dans une pièce éclairée jusqu’à minuit ferme ses feuilles plus tard, ou de façon incomplète. Ce n’est pas grave sur quelques jours, mais un décalage permanent finit par désynchroniser l’horloge interne et la plante s’épuise un peu, avec des feuilles plus petites et une floraison moins régulière.

Si votre pot est sous un plafonnier allumé tard tous les soirs, déplacez-le dans une pièce qui suit le rythme du jour. Une lampe horticole d’appoint en hiver est très bien, à condition de la mettre sur une minuterie qui l’éteint en même temps que la lumière naturelle, jamais après vingt-deux heures.

L’observation à faire chez vous

Si vous voulez voir le mécanisme à l’œuvre, faites ce petit test un samedi. Notez l’heure à laquelle les folioles commencent à s’incliner, trois soirs de suite, à cinq minutes près. Vous constaterez qu’elle varie peu, et qu’elle avance progressivement au fil des semaines d’automne, en suivant le coucher du soleil.

Puis, un matin, laissez les volets fermés jusqu’à midi. Les feuilles s’ouvriront quand même, plus lentement et moins complètement, mais elles s’ouvriront. C’est la meilleure démonstration que l’horloge tourne à l’intérieur de la plante, et pas dans votre pièce.

Le conseil de Sophie. Servez-vous du repli du soir comme d’une horloge : le jour où vos feuilles restent fermées à dix heures du matin, la plante a soif ou reçoit trop de soleil direct, et vous avez déjà votre diagnostic.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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