Orchidée bleue : elle refleurira blanche, voici pourquoi

Orchidée bleue : elle refleurira blanche, voici pourquoi

Chaque hiver, la même scène au rayon fleuri : un Phalaenopsis d’un bleu électrique, étiqueté « orchidée bleue », vendu deux fois le prix des blanches posées juste à côté. On m’en a offert une il y a quatre ans, et elle vit toujours sur le rebord de ma fenêtre de cuisine. Elle a refleuri trois fois depuis, et à chaque fois en blanc. Ce n’est ni un accident ni une erreur d’entretien de ma part : c’est exactement ce qui devait arriver.

Aucune orchidée de ce genre n’est bleue

Le genre Phalaenopsis, celui des orchidées à grandes fleurs plates qu’on trouve partout, ne fabrique pas de pigment bleu. Il lui manque la voie de biosynthèse qui aboutit à la delphinidine, la molécule responsable des bleus francs chez le delphinium, la gentiane ou la pensée. Les sélectionneurs travaillent ce genre depuis plus d’un siècle, et le plus loin qu’ils soient allés, ce sont des mauves lavande, des parmes, des violets pâles veinés de plus sombre. Jamais un bleu saturé.

Des équipes japonaises ont bien obtenu, par transgenèse, quelques Phalaenopsis bleutés grâce à un gène emprunté à la campanule, mais ces plantes sont restées des objets de laboratoire. Si vous tenez une orchidée d’un bleu profond et uniforme vendue quinze euros, la couleur a été ajoutée après coup.

Comment la couleur entre dans la plante

Le procédé est simple, et d’ailleurs parfaitement légal : on injecte un colorant alimentaire dilué directement dans la hampe florale, à l’aiguille fine, au moment où les boutons sont formés mais encore fermés. Le colorant monte avec la sève dans les vaisseaux conducteurs et se dépose dans les pétales à mesure qu’ils se déploient. Les fleurs déjà ouvertes au moment de l’injection ne changent pas : seules les suivantes sortent bleues.

Le dosage est un vrai savoir-faire, breveté par plusieurs producteurs néerlandais et taïwanais. Trop dilué, la teinte vire au gris sale ; trop concentré, la hampe se nécrose et les boutons avortent avant de s’ouvrir. C’est pour cette raison que la couleur est rarement homogène : la gorge du labelle est presque toujours plus sombre, et les nervures ressortent en traits nets, comme de l’encre sur un buvard.

Le détail qui trahit l’injection

Retournez la hampe et suivez-la du doigt depuis le pot. Vous trouverez presque toujours un petit point brun ou une cicatrice de deux ou trois millimètres, parfois masqué par un clip ou par un morceau de raphia. C’est le point de piqûre. Sur certaines plantes, une goutte de colorant a séché autour et laisse une auréole bleutée sur la tige.

Deuxième indice : les premières semaines à la maison, l’eau qui s’écoule du pot après un arrosage peut prendre une teinte bleutée ou rosée. Troisième indice, le plus parlant : si un bouton encore fermé s’ouvre chez vous, plusieurs semaines après la sortie de serre, il sortira souvent bien plus pâle que ses voisins, voire complètement blanc. Le colorant ne circule plus.

Ce que l’injection coûte à la plante

Une piqûre dans une hampe, c’est une plaie ouverte sur un organe gorgé de sève. C’est une porte d’entrée pour les champignons et les bactéries, et il n’est pas rare que la hampe d’une orchidée teintée jaunisse et sèche plus tôt que la normale. Le colorant lui-même n’est pas prévu pour circuler dans des tissus vivants : il finit par obstruer une partie des vaisseaux.

Soyons justes : la plante n’en meurt presque jamais, car les feuilles et les racines ne sont pas touchées. Sur les trois que j’ai eues entre les mains, toutes ont repris normalement l’année suivante.

La refloraison sera blanche, et c’est plutôt une bonne nouvelle

Une fois le colorant éliminé, la plante refleurit selon sa génétique, et sa génétique est presque toujours blanche. Les producteurs choisissent en effet des cultivars à fleurs blanc pur, parce que c’est sur eux que la teinte ressort le mieux, sans virer au vert ou au brun. Vous vous retrouvez donc avec une orchidée blanche classique, souvent d’une très belle tenue.

Comptez six à douze mois avant la nouvelle floraison, selon la lumière dont elle dispose et selon la vigueur de la plante à l’achat. Certaines repartent directement de la vieille hampe en produisant une ramification latérale, d’autres émettent une hampe neuve depuis la base des feuilles. Les deux sont normales.

Ce que je fais quand une de ces plantes arrive chez moi

Je commence par la sortir de son cache-pot décoratif et par vérifier ce qu’il y a autour des racines. Les orchidées cadeaux sont souvent calées avec de la mousse synthétique, du gel décoratif ou des billes colorées, et tout cela retient l’eau contre le collet. Je retire, je jette, et je remets la plante dans son pot transparent d’origine avec ses écorces.

Ensuite je l’installe à la lumière vive mais sans soleil direct : un mètre en retrait d’une fenêtre est, ou derrière un voilage à l’ouest. Elle est bien entre 18 et 24 °C, elle déteste les courants d’air froid et la proximité immédiate d’un radiateur. Si les boutons non ouverts tombent dans les jours qui suivent, c’est presque toujours un choc de transport ou de température, pas une maladie.

L’arrosage, en pratique

Voici ce qui me réussit depuis des années, sans thermomètre ni matériel particulier :

  • un trempage du pot dans l’eau tiède pendant dix à quinze minutes, tous les sept à dix jours en hiver, tous les cinq à sept jours en été ;
  • de l’eau à température de la pièce, si possible peu calcaire, jamais glacée sortie du robinet ;
  • un égouttage complet avant de remettre le cache-pot, sans jamais laisser un fond d’eau ;
  • des racines vertes après arrosage et argentées avant le suivant : le seul indicateur fiable ;
  • un engrais pour orchidées à demi-dose, un arrosage sur trois, d’avril à septembre.

Couper la hampe au bon endroit

Quand les dernières fleurs sont tombées, regardez la couleur de la hampe. Si elle est encore verte et ferme, coupez-la juste au-dessus du deuxième ou du troisième œil en partant du bas, ces petites écailles triangulaires collées à la tige. La plante repartira souvent de là en quelques semaines, avec une floraison plus courte mais rapide.

Si la hampe a jauni, bruni ou séché, ne gardez rien : coupez à un ou deux centimètres de la base. Dans les deux cas, désinfectez la lame à l’alcool à brûler ou passez-la à la flamme, et laissez la coupe sécher à l’air libre sans mastic ni cire.

Les vraies orchidées bleues existent, mais pas à ce prix

Vanda coerulea, originaire des contreforts himalayens, produit de véritables fleurs bleu lavande quadrillées de plus sombre. C’est une plante exigeante : culture en panier suspendu presque sans substrat, arrosage quotidien en saison, très forte lumière et hygrométrie élevée. Elle coûte cher et pardonne peu.

Il existe aussi des orchidées terrestres australiennes du genre Thelymitra franchement bleues, mais incultivables hors de leur milieu. Aucune de ces plantes ne ressemble à un Phalaenopsis de jardinerie emballé dans un manchon plastique.

Le conseil de Sophie. Si on vous en offre une, ne la jetez pas quand les fleurs tombent : coupez la hampe au-dessus du deuxième œil, arrosez-la par trempage tous les huit jours, et vous aurez dans un an une orchidée blanche gratuite qui tiendra dix ans.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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