Les 8 aromatiques à avoir dans sa cuisine (et lesquelles ne vont pas ensemble)

Les 8 aromatiques à avoir dans sa cuisine (et lesquelles ne vont pas ensemble)

On achète les aromatiques une par une, au fil des recettes, et un jour on se retrouve avec quatorze pots dépareillés dont la moitié végète. En pratique, huit plantes couvrent presque toute la cuisine du quotidien, et le vrai sujet n’est pas lesquelles choisir mais lesquelles ne surtout pas planter dans la même jardinière. J’ai mis trois ans à comprendre pourquoi mes compositions mixtes finissaient toujours en désastre.

Le basilic, l’incontournable de l’été

Le basilic est une annuelle tropicale qui ne vit que de mai à octobre sous nos climats. Il réclame le plein soleil, de la chaleur, un substrat riche et frais, et un arrosage généreux au pied sans jamais mouiller le feuillage, qui noircit à la moindre humidité stagnante.

Pincez les extrémités au-dessus d’une paire de feuilles dès que la plante en compte six : chaque pincement double le nombre de branches. Supprimez les boutons floraux à mesure, car un basilic qui fleurit cesse de produire des feuilles et perd son parfum en quinze jours. C’est une plante gourmande, un pot de vingt-cinq centimètres minimum par pied.

Le persil, la base discrète

Bisannuel cultivé en annuel, le persil pousse en mi-ombre comme au soleil, à condition d’avoir un substrat frais et un pot profond pour sa racine pivotante. Il ne supporte pas le repiquage et lève lentement, parfois trois semaines, ce qui décourage beaucoup de monde au semis.

Plat ou frisé, la différence tient surtout au goût : le plat est plus parfumé, le frisé plus décoratif et plus résistant au froid. Récoltez toujours les tiges extérieures à la base ; le cœur produit sans interruption pendant huit à dix mois avant de monter à graine la deuxième année.

La ciboulette, la vivace increvable

La ciboulette forme une touffe qui revient chaque printemps pendant cinq ou six ans, se divise facilement et supporte le gel sans protection. Elle aime le frais et l’humidité, ce qui la range clairement du côté des gourmandes en eau, et elle tolère très bien la mi-ombre.

Coupez les brins à deux centimètres du sol, jamais en tondant à mi-hauteur, et divisez la touffe tous les trois ans au printemps pour lui rendre sa vigueur. Ses fleurs mauves sont comestibles et jolies, mais laissez-en peu si vous voulez du feuillage : la floraison ralentit nettement la production.

Le thym, le romarin et l’origan, le trio sec

Ces trois-là forment un bloc cohérent qu’il faut traiter ensemble. Originaires du pourtour méditerranéen, ils veulent le plein soleil, un substrat pauvre et parfaitement drainant, et très peu d’eau. Ils passent l’hiver dehors sans souci en Anjou, le romarin étant le plus sensible au froid humide.

Le point capital est qu’un excès d’eau les tue plus sûrement que n’importe quel ravageur, et qu’un substrat riche donne des plantes molles, sans parfum, qui pourrissent au collet. Le romarin, en particulier, devient un arbrisseau d’un mètre cinquante et finit toujours par étouffer ses voisins : donnez-lui son propre pot dès le départ.

La menthe et le laurier, les deux à isoler d’office

La menthe se propage par stolons souterrains qui font le tour d’une jardinière en une saison et étranglent tout ce qui s’y trouve. La règle est simple et sans exception : un pot pour elle seule, jamais en association, jamais en pleine terre sans barrière. Elle est en revanche facile et généreuse dès qu’on lui donne de l’eau et un peu d’ombre l’après-midi.

Le laurier-sauce pose un tout autre problème : c’est un arbre, qui atteint cinq à dix mètres en pleine terre et deux mètres en bac. En jardinière il fait de l’ombre à tout le monde en deux ans. Un pot de quarante centimètres pour lui seul, taillé une fois par an, et vous avez des feuilles à vie : trois feuilles suffisent pour une année de cuisine ordinaire.

Le vrai critère d’association : l’eau, pas la sympathie

Voilà le point que je voudrais faire passer, parce qu’il règle la grande majorité des échecs. Les listes de compagnonnage qui circulent expliquent que telle plante n’aime pas telle autre pour des raisons obscures, et cela brouille tout. La cause réelle des jardinières mixtes ratées est banale : on réunit dans le même contenant des plantes qui veulent un substrat sec et pauvre et d’autres qui veulent un substrat riche et constamment frais.

Or un seul régime d’arrosage est possible dans un pot commun. Si vous arrosez pour le basilic, le thym pourrit du collet en six semaines. Si vous arrosez pour le thym, le basilic flétrit et monte en graine. Aucun des deux ne meurt parce qu’il déteste l’autre : ils meurent parce qu’un même arrosoir ne peut pas satisfaire deux exigences opposées.

Le cas du fenouil, souvent mal raconté

Le fenouil traîne une réputation d’incompatibilité, et pour une fois elle repose sur quelque chose de réel : il produit des composés qui gênent la germination et la croissance de plusieurs voisines, notamment la coriandre, l’aneth et la tomate. Le phénomène est documenté, même s’il est souvent exagéré dans les listes recopiées d’un site à l’autre.

En pratique, sur un balcon, il pose surtout un problème d’encombrement : il monte à un mètre cinquante et fait de l’ombre à tout le reste. Isolez-le pour ces deux raisons à la fois. Notez aussi que l’aneth et le fenouil se croisent facilement si on les laisse fleurir côte à côte, ce qui donne des graines décevantes l’année suivante.

Composer trois jardinières qui fonctionnent

Une fois le critère de l’eau admis, la composition se fait toute seule et tient sur trois contenants, quel que soit le nombre d’espèces que vous cultivez. Voici la répartition que j’utilise depuis quatre ans sans y toucher.

  • La jardinière sèche, plein soleil, substrat pauvre et sableux, arrosage hebdomadaire : thym, origan, sarriette, et une sauge officinale si le contenant est large.
  • La jardinière fraîche, mi-ombre, terreau enrichi de compost, arrosage tous les deux jours : persil, ciboulette, cerfeuil, coriandre.
  • Les pots individuels, non négociables : menthe, romarin, laurier-sauce, fenouil, et le basilic qui préfère de loin être seul.

Les erreurs de composition les plus fréquentes

Associer le romarin et le persil est l’erreur classique du printemps : cela tient trois mois, puis le romarin s’installe, le persil manque d’eau parce qu’on l’arrose comme un méditerranéen, et à l’automne il ne reste qu’une plante sur deux. La deuxième erreur consiste à choisir une jardinière de moins de trente centimètres de profondeur, dans laquelle rien ne tient l’été.

La troisième est plus sournoise : mélanger annuelles et vivaces. Le basilic, le cerfeuil et la coriandre disparaissent en octobre en laissant des trous, alors que le thym et la ciboulette occupent la place pour des années, et l’on doit tout déranger au moment de refaire la jardinière. Séparer les cycles de vie simplifie beaucoup l’entretien sur la durée.

Où placer chaque pot sur un balcon

Le classement par besoin en eau se double d’un classement par exposition, et les deux vont heureusement dans le même sens. Les méditerranéennes prennent la place la plus chaude et la plus ventée, celle qui grille tout le reste : c’est exactement ce qu’elles demandent, et le vent limite en prime les maladies du feuillage.

Les gourmandes en eau vont au contraire dans l’angle protégé, posées au sol plutôt qu’en hauteur, à l’abri d’un vent qui dessèche autant que le soleil. La menthe et le laurier, isolés, se placent où l’on veut, la première acceptant volontiers le coin le plus sombre. Une fois cette logique appliquée, l’arrosage se règle en deux minutes sans réfléchir.

Le conseil de Sophie. Avant d’acheter une aromatique de plus, posez-vous une seule question : sèche ou fraîche ? Si vous n’avez pas déjà le bon pot pour elle, attendez le prochain passage en jardinerie et prenez le contenant d’abord.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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