Sur toutes les boîtes d’engrais figurent trois nombres séparés par des tirets, du type 12-6-6 ou 4-3-8. C’est l’information la plus utile de l’emballage et à peu près la seule qui soit réglementée. Une fois qu’on sait les lire, on cesse d’acheter des produits « spécial quelque chose » qui ne sont que des reconditionnements plus chers du même contenu.
Ce que les trois nombres désignent
Le premier est l’azote, noté N. Le deuxième est le phosphore, exprimé sous forme d’anhydride phosphorique, noté P2O5. Le troisième est le potassium, exprimé en oxyde de potassium, noté K2O. Il s’agit toujours de pourcentages en masse du produit.
Un engrais 12-6-6 contient donc, pour cent grammes, douze grammes d’azote, six grammes de P2O5 et six grammes de K2O. Le reste, soit soixante-seize grammes, est constitué de supports, de matière organique, d’eau et d’éléments secondaires. Sur un engrais liquide, la même logique s’applique, mais la dilution étant forte, les valeurs sont beaucoup plus basses, souvent entre trois et huit.
Le rôle de chaque élément, sans caricature
L’azote construit les feuilles et les tiges. Il est mobile dans la plante, donc une carence apparaît d’abord sur les feuilles les plus vieilles, qui jaunissent uniformément pendant que le sommet reste vert. Le potassium régule l’ouverture des stomates, donc la gestion de l’eau, et il participe à la rigidité des tissus, au transport des sucres et à la résistance au froid comme aux maladies.
Le phosphore mérite une mise au point. On lui attribue à peu près tous les mérites de la floraison, ce qui est très exagéré. Il joue un rôle réel dans l’enracinement des jeunes plants et dans les transferts d’énergie, mais la plupart des sols de jardin français, régulièrement fumés depuis des décennies, en contiennent déjà largement assez. En excès, il bloque l’assimilation du fer et du zinc et il finit dans les rivières.
Lire le rapport plutôt que les chiffres
Ce qui compte n’est pas la valeur absolue mais la proportion entre les trois. Un 12-6-6 et un 4-2-2 ont exactement le même équilibre, l’un étant simplement trois fois plus concentré. On les doserait donc au tiers l’un de l’autre pour un effet identique, et le second serait probablement le moins cher au kilo d’azote apporté. Quelques repères sur ces proportions tiennent en quelques lignes et suffisent à choisir dans un rayon sans lire le reste de l’emballage.
- Azote dominant, du type 3-1-1 : gazon, légumes-feuilles, salades, épinards, plantes vertes d’intérieur.
- Équilibré, du type 1-1-1 ou 2-1-2 : usage général, massifs, arbustes, plantes de balcon.
- Potassium dominant, du type 1-1-2 ou 4-3-8 : tomates, poivrons, fraisiers, courges, plantes fleuries en pot.
- Azote faible et potassium fort en fin de saison : gazon d’automne, arbustes à préparer au froid.
Un chiffre bas ne signifie pas un mauvais produit
Les engrais organiques affichent souvent des valeurs modestes, du type 4-3-3, et les acheteurs les écartent en pensant qu’ils sont pauvres. C’est une erreur de lecture. Ces produits se dosent beaucoup plus généreusement, ils libèrent leurs éléments sur plusieurs mois et ils apportent de la matière organique qui nourrit la vie du sol, ce qu’un engrais minéral ne fait pas du tout.
À l’inverse, un 20-20-20 minéral est extrêmement concentré : il agit en quelques heures, il ne laisse rien derrière lui, et il brûle facilement en cas de surdosage. Aucun des deux n’est meilleur dans l’absolu. Le minéral corrige vite une carence identifiée, l’organique construit une fertilité durable. Dans mon jardin, j’utilise l’organique par défaut et le minéral en dépannage.
Calculer une dose sans se tromper
La règle est de raisonner en grammes d’élément par mètre carré, pas en grammes de produit. Pour un légume gourmand en pleine terre, un ordre de grandeur admis est de huit à douze grammes d’azote par mètre carré et par an, tout apport confondu, compost inclus.
Avec un engrais 12-6-6, dix grammes d’azote correspondent à environ quatre-vingts grammes de produit par mètre carré, soit une petite poignée bien répartie. Avec un organique 4-3-3, il faudrait deux cent cinquante grammes pour le même azote, mais délivré lentement, ce qui est sans risque. Faire ce calcul une fois pour son engrais habituel évite de doser au jugé pendant dix ans.
Ce que les trois chiffres ne disent pas
La forme de l’azote change tout et n’apparaît pas dans le trio. L’azote nitrique est immédiatement disponible mais très lessivable. L’azote ammoniacal est retenu par le sol et acidifie légèrement. L’azote uréique doit être transformé avant d’agir et se volatilise s’il reste en surface par temps chaud. Un même 12 peut donc agir en trois heures ou en trois semaines.
Les oligo-éléments non plus n’y figurent pas. Le fer, le magnésium, le manganèse et le bore ne se comptent qu’en fractions de pourcent, mais leur absence explique la plupart des jaunissements internervaires sur les agrumes, les hortensias et les camélias. Sur ces plantes, la présence de fer chélaté, mentionnée en petits caractères, est plus déterminante que les trois chiffres eux-mêmes.
Le quatrième chiffre et les mentions annexes
Certains sacs affichent quatre valeurs, le dernier étant le magnésium sous forme de MgO. C’est utile sur les sols sableux et acides, où le magnésium est facilement lessivé, et sur les cultures exigeantes comme la tomate ou la pomme de terre. Une carence en magnésium donne des feuilles âgées jaunies entre les nervures, qui restent vertes comme un squelette de poisson.
D’autres mentions valent lecture : la présence de matière organique en pourcentage, la conductivité, et la solubilité pour les liquides. Les qualificatifs commerciaux comme « premium », « boosté » ou « professionnel » ne correspondent à aucune définition réglementaire et ne vous apprennent rien.
Comparer deux produits en trente secondes
La méthode que j’utilise en magasin tient en deux opérations. Je multiplie le poids du sac par le premier chiffre pour obtenir la quantité d’azote réellement achetée, puis je divise le prix par ce résultat. Un sac de cinq kilos à dix euros dosé à douze pour cent contient six cents grammes d’azote, soit environ seize euros le kilo d’azote.
Le même calcul appliqué à un flacon liquide de deux cent cinquante millilitres à six euros, dosé à sept pour cent, donne dix-sept grammes d’azote, soit plus de trois cent cinquante euros le kilo. L’écart est de vingt fois. Cela ne condamne pas le liquide, qui a d’autres qualités, mais cela explique pourquoi il ne faut jamais l’employer pour fertiliser une plate-bande entière.
Quand les chiffres ne suffisent plus
Au bout de quelques années, choisir un engrais au jugé atteint ses limites. Une analyse de sol, réalisée tous les quatre ou cinq ans sur un potager, coûte le prix de deux sacs d’engrais et dit précisément ce qui manque, ce qui est en excès et quel est le pH. Il est très fréquent d’y découvrir un phosphore saturé et un magnésium insuffisant, c’est-à-dire l’inverse de ce que l’on apportait.
Le pH est d’ailleurs le paramètre le plus souvent négligé. En dessous de 5,5 ou au-dessus de 7,5, une partie des éléments présents devient inassimilable quels que soient les apports. Corriger le pH rend alors plus de service que n’importe quel engrais, et coûte beaucoup moins cher.
Le conseil de Sophie. Prenez une photo de l’étiquette de votre engrais habituel et faites une seule fois le calcul de la dose au mètre carré : vous ne repasserez plus jamais par la case approximation.

