Le lilas des cours d’école, celui dont on cassait une branche fleurie en douce au mois de mai, hante beaucoup de balcons en projet. On me demande souvent si on peut le refaire en pot, et la réponse honnête est oui, mais pas avec n’importe quel lilas et pas dans n’importe quel bac. J’en ai tué deux avant de comprendre où était l’erreur, et elle n’était pas là où je la cherchais.
Le lilas commun n’est pas fait pour un pot, disons-le
Celui de nos souvenirs, le grand lilas à panicules mauves ou blanches, devient un arbuste de quatre à cinq mètres, avec un système racinaire large et drageonnant. Enfermé dans un bac, même volumineux, il vivote : il fleurit deux ans, puis produit des pousses de plus en plus courtes, jaunit en juillet et finit par se contenter de trois panicules maigres au sommet.
Ce n’est pas impossible, c’est seulement décevant, et cela demande un contenant de plus de cent litres et un rempotage sévère tous les deux ans. Si vous tenez absolument à cette variété-là, sachez à quoi vous vous engagez. Sinon, il existe des lilas conçus pour un volume réduit, qui donnent le même parfum sans le même encombrement.
Les lilas qui acceptent vraiment le bac
Ils existent, ils sont faciles à trouver et ils tiennent parfaitement leurs promesses de parfum. Leur point commun est une taille adulte comprise entre un mètre et un mètre soixante, un port compact et une floraison abondante dès la deuxième ou troisième année.
- le lilas de Meyer, environ 1,20 mètre, panicules mauve clair très parfumées en mai, feuillage petit et dense
- le lilas nain de Corée, un peu plus haut, floraison en mai et parfois une seconde vague légère en fin d’été
- les lilas dits remontants, qui refleurissent en août et septembre si on les a taillés juste après la première vague
- le lilas de Perse, plus léger, plus souple, environ 1,50 mètre, à réserver aux bacs bien abrités du vent
Attention au porte-greffe, c’est le piège du rayon
Beaucoup de lilas de vente sont greffés, parfois sur un troène, parfois sur un lilas commun de semis. En pleine terre, c’est déjà une source de tracas parce que le porte-greffe émet des rejets. En pot, c’est franchement pénible : les drageons pompent l’énergie, sortent partout dans le bac et finissent par prendre le dessus sur la variété que vous avez payée.
Cherchez donc la mention franc de pied, ou vérifiez l’absence de bourrelet de greffe à la base des tiges. Un lilas franc de pied qui drageonne produit au moins des rejets identiques à la plante mère, et vous pouvez même en récupérer un pour l’offrir. Un lilas greffé qui drageonne produit du troène, et personne n’a jamais rêvé d’un balcon de troène.
Le volume et le poids du bac
Pour un lilas nain, je descends rarement en dessous de 50 litres et je vise plutôt 70. Le lilas fait des racines charnues qui n’apprécient pas d’être écrasées les unes contre les autres, et un bac trop petit se traduit directement par des panicules deux fois plus courtes l’année suivante.
Pensez aussi au poids et à la prise au vent. Un bac de 70 litres humide pèse près de quatre-vingts kilos et un lilas de 1,50 mètre offre une surface de feuillage considérable au vent d’ouest. Sur un balcon, cela signifie un contenant large plutôt que haut, calé contre un mur, et jamais posé sur une simple sellette à roulettes en plein courant d’air.
Le substrat : le lilas aime le calcaire
Voilà l’erreur qui m’a coûté mon premier sujet. Le lilas se plaît dans un sol neutre à légèrement calcaire, entre 6,5 et 7,5 de pH. Or le réflexe de beaucoup de jardiniers, quand ils plantent un arbuste à fleurs en pot, est d’ouvrir un sac de terre de bruyère. C’est exactement le contraire de ce qu’il faut : en sol acide, le lilas jaunit, stagne et ne fleurit plus.
Mon mélange se compose de moitié terre végétale de jardin, un quart de terreau de plantation et un quart de sable grossier ou de gravier fin. J’y ajoute une poignée de cendre de bois tamisée, ou quelques éclats de coquilles d’huîtres pilées, une fois par an au printemps. Cela suffit à maintenir un pH correct dans un bac où l’arrosage a tendance à faire descendre les valeurs.
Six heures de soleil, non négociables
Le lilas ne fleurit pas à mi-ombre, il végète. Il lui faut six heures de soleil direct par jour, et sept ou huit valent mieux. Un balcon orienté au nord, ou coincé entre deux immeubles hauts, ne donnera jamais de panicules dignes de ce nom, quelle que soit la qualité des soins apportés au reste.
Si vous avez le choix, placez-le au sud ou à l’ouest, avec le pot lui-même protégé de la surchauffe par une potée basse posée devant. Le lilas supporte très bien la chaleur sur son feuillage, beaucoup moins un substrat qui monte à quarante degrés dans un bac noir posé sur une dalle en béton clair réverbérante.
Un arrosage régulier, jamais détrempé
Le lilas déteste avoir les pieds dans l’eau et pourrit vite si le drainage est mauvais. Il déteste aussi la sécheresse prolongée au moment où il fabrique ses boutons floraux, c’est-à-dire en juillet et en août. Il faut donc viser une humidité régulière sans excès : le substrat doit sécher en surface sur deux ou trois centimètres entre deux arrosages, jamais en profondeur.
En pratique, cela donne un arrosage tous les deux jours en été pour un bac de 60 litres, un par semaine au printemps et à l’automne, et un par quinzaine en hiver si la pluie n’atteint pas la plante. Retirez impérativement la soucoupe : une soucoupe pleine en permanence est la façon la plus rapide de perdre un lilas en bac.
Tailler juste après la fleur, et pas un mois plus tard
Le lilas prépare la floraison du printemps suivant dès le mois de juin, sur les pousses qui viennent de se former. Tailler en automne ou en hiver revient donc à couper exactement les boutons que l’on attendait. C’est la première cause de lilas qui ne fleurit jamais, et de très loin.
Le bon créneau se situe dans les deux à trois semaines après la fin de la floraison, soit entre la mi-mai et la mi-juin selon les régions. On coupe les panicules fanées juste au-dessus de la première paire de bourgeons, on raccourcit les branches déséquilibrées et on aère le centre. Après le 30 juin, je pose le sécateur et je ne touche plus à rien jusqu’à l’année suivante.
Supprimer les fleurs fanées change tout
Sur un jeune lilas en pot, retirer les panicules dès qu’elles brunissent double presque la floraison de l’année suivante. La plante cesse d’investir dans la fabrication de graines et remet cette énergie dans les bourgeons de l’été. C’est un quart d’heure de travail pour un résultat visible et mesurable.
Profitez-en pour supprimer aussi les drageons qui sortent au pied, en les arrachant d’un coup sec à la base plutôt qu’en les coupant au sécateur. Une coupe nette au ras du sol laisse des bourgeons dormants qui repartiront en trois exemplaires ; un arrachage emporte le bourgeon de départ et règle le problème pour de bon.
Engrais : peu d’azote, un peu de potasse
Un lilas trop nourri fait de longues pousses tendres, vert foncé, sans une fleur, et devient sensible à l’oïdium de fin d’été. Bannissez donc les engrais universels riches en azote, et surtout le sang séché ou le purin d’ortie appliqués généreusement au printemps sur un sujet en bac.
Je me contente de deux à trois centimètres de compost mûr griffés en surface en mars, plus un engrais riche en potasse au moment de la fin de floraison, en mai. Un rempotage tous les trois ans, avec suppression du quart extérieur de la motte et substrat neuf, apporte de toute façon l’essentiel des éléments nécessaires.
Le froid n’est pas un ennemi, c’est une condition
Contrairement à ce qu’on imagine, il ne faut surtout pas protéger un lilas de l’hiver. Il a besoin d’une période de froid prolongée, plusieurs semaines en dessous de sept degrés, pour lever la dormance de ses boutons et fleurir correctement. C’est pour cette raison qu’il fleurit mal sur le littoral méditerranéen et très bien en Anjou ou dans l’Est.
Laissez donc le bac dehors toute l’année, sans hésitation, en vous contentant d’entourer le contenant d’un voile d’hivernage si vous descendez régulièrement sous les moins dix degrés. Rentrer un lilas dans une véranda ou une pièce chauffée est le meilleur moyen d’obtenir un arbuste vert, en bonne santé apparente, et durablement stérile.
Le conseil de Sophie. Si vous n’avez de la place que pour un seul arbuste sur votre balcon, prenez un lilas de Meyer franc de pied dans un bac de 70 litres : il tient trente ans, sent aussi fort que celui de la cour d’école, et ne dépasse jamais votre rambarde.

