Le basilic de supermarché, c'est 20 plants dans un pot : séparez-les

Le basilic de supermarché, c’est 20 plants dans un pot : séparez-les

Sortez la motte de votre pot de basilic du supermarché et regardez la base des tiges. Ce ne sont pas trois pieds, mais vingt à quarante plants semés serrés qui se disputent un demi-litre de terre. Tant qu’ils restent ensemble, aucun n’a d’avenir. Séparés le soir même, ils vous font quatre à six pots pour le prix d’un.

Pourquoi on ne peut pas les laisser ensemble

Un pied de basilic adulte réclame deux à trois litres de substrat et une vingtaine de centimètres autour de lui. Dans le pot d’origine, chaque plant dispose d’environ vingt-cinq millilitres et de quelques millimètres d’espace. Ils se font mutuellement de l’ombre, s’étiolent, et développent des tiges fines qui cassent au moindre courant d’air.

La concurrence n’est pas seulement une question de place. Dans cette motte compacte et constamment humide, les racines s’enchevêtrent et le moindre plant qui meurt pourrit au contact des autres. C’est ainsi qu’un pot part d’un coup, en quarante-huit heures, alors qu’il paraissait en pleine forme la veille au soir.

Le bon moment pour le faire

Idéalement, le jour de l’achat. Après une semaine sur votre plan de travail, les plants les plus faibles sont déjà en train de céder, les racines sont abîmées, et la séparation devient un sauvetage plutôt qu’une multiplication. Au-delà de dix jours, je rempote le bloc entier sans le diviser, la reprise est trop aléatoire.

La saison compte aussi, davantage qu’on ne le croit. Entre avril et septembre, avec des journées longues et une pièce à vingt degrés, la reprise est franche en quatre jours. En novembre, avec sept heures de jour faible, les mêmes touffes stagnent trois semaines et beaucoup ne repartent pas. L’opération se réussit surtout au printemps.

Ce qu’il faut préparer avant de dépoter

Préparez tout avant de sortir la motte, parce que des racines nues qui attendent dix minutes à l’air sec sont des racines perdues. Il vous faut de quoi accueillir immédiatement chaque touffe, et un plan de travail dégagé où vous pouvez faire un peu de désordre sans y penser.

  • quatre à six pots de douze à quatorze centimètres, avec de vrais trous, ou une jardinière de soixante centimètres
  • du terreau pour plantes aromatiques, ou du terreau universel additionné d’un tiers de compost mûr
  • une bassine d’eau tiède, autour de vingt degrés, jamais froide
  • un arrosoir à pomme fine et un endroit lumineux mais sans soleil direct pour les jours suivants

Faire tremper la motte

Ne dépotez jamais à sec. Plongez le pot entier dans la bassine, motte immergée jusqu’au collet, et laissez quinze à vingt minutes, jusqu’à ce que les bulles cessent de remonter. La tourbe se gorge d’eau, se ramollit, et les racines se détachent ensuite les unes des autres presque toutes seules.

Ce trempage fait toute la différence entre une séparation propre et un massacre. Sur une motte sèche, la tourbe se casse en morceaux et arrache les radicelles fines, celles qui absorbent réellement l’eau. Sur une motte gorgée, elle se délite doucement entre les doigts et les racines glissent sans se rompre.

Séparer en touffes, pas en brins isolés

C’est là que tout le monde se trompe, moi la première pendant deux ans. On a envie d’isoler chaque plant pour en obtenir vingt. Or un plant seul, avec ses trois racines filiformes, n’a aucune chance de reprendre. Il faut viser des touffes de quatre à cinq tiges, qui se soutiennent mutuellement.

Travaillez au-dessus de la bassine, avec les doigts uniquement. Écartez la motte en deux, puis chaque moitié en deux ou trois, en tirant lentement vers le bas plutôt qu’en arrachant. N’utilisez surtout pas de ciseaux à l’aveugle dans la masse de racines : vous couperez au hasard, y compris les racines principales.

Rempoter un peu plus profond qu’on ne croit

Remplissez chaque pot aux deux tiers, posez la touffe au centre, puis complétez en enterrant les tiges d’un à deux centimètres de plus qu’elles ne l’étaient. Le basilic émet facilement des racines adventives sur la partie de tige enterrée, ce qui consolide en une semaine des plants qui étaient jusque-là filiformes.

Tassez du bout des doigts, sans écraser, et arrosez immédiatement en pluie fine jusqu’à ce que l’eau perle au fond. Dans une jardinière, espacez les touffes de quinze centimètres au minimum : c’est peu pour du basilic, mais suffisant pour éviter que le problème d’origine ne se reconstitue en un mois.

Les trois jours qui suivent

Attendez-vous à un flétrissement spectaculaire dans les vingt-quatre heures. Les feuilles pendent, tout paraît fichu, et c’est à ce moment que la plupart des gens jettent le tout. Tenez bon : les racines coupées ne peuvent pas encore alimenter le feuillage, et cette phase dure normalement deux jours pleins.

Placez les pots à la lumière vive mais sans soleil direct, entre dix-huit et vingt-cinq degrés, à l’abri des courants d’air. Maintenez le terreau frais sans le détremper, et surtout n’apportez aucun engrais pendant quinze jours : sur des racines fraîchement rompues, les sels brûlent les plaies et bloquent la cicatrisation.

Ce qu’on peut espérer, honnêtement

Je préfère annoncer les chiffres tels que je les constate chez moi. Sur six touffes séparées le jour de l’achat, quatre à cinq repartent franchement, une ou deux traînent puis meurent. Cela représente tout de même quatre plants viables au lieu d’un pot condamné, pour un quart d’heure de travail.

Comptez trois à cinq jours pour que le feuillage se redresse, dix à quinze jours pour voir des feuilles nouvelles, et environ un mois pour obtenir des pieds réellement fournis. Vers le dixième jour, pincez chaque tige au-dessus d’une paire de feuilles : c’est ce qui déclenche la ramification et transforme des brins en buissons.

Le bouturage dans l’eau, la roue de secours

Si une touffe casse pendant l’opération, ne jetez pas les morceaux. Le basilic est l’une des plantes les plus faciles à bouturer dans l’eau. Prenez une tige de huit à dix centimètres, retirez les feuilles du bas pour n’en garder que deux ou trois paires, et placez-la dans un verre d’eau à la lumière.

Changez l’eau tous les deux jours, sinon elle se charge de bactéries et la base noircit. À vingt ou vingt-deux degrés, les premières racines apparaissent en huit à douze jours. Attendez qu’elles atteignent deux à trois centimètres avant de rempoter, et arrosez généreusement la première semaine, le temps que les racines d’eau s’adaptent.

Ce qu’il ne faut pas faire

Certaines erreurs annulent tout le bénéfice de l’opération, et je les ai toutes commises au moins une fois. La plus fréquente consiste à vouloir aller trop vite, en tirant sur les tiges plutôt qu’en écartant la motte. Une tige arrachée de ses racines ne se rempote pas, elle se bouture, ce qui n’est pas la même chose.

Ne divisez pas un pot déjà jaune ou en fleur, il n’a plus les réserves nécessaires. N’utilisez pas de terre de jardin seule, trop lourde et trop compacte pour ces racines fragiles. Ne mettez pas les pots au plein soleil le lendemain. Et ne compensez jamais un flétrissement par une soucoupe pleine d’eau.

Le conseil de Sophie. Faites-le le soir même, sur la table de la cuisine, pendant que le dîner chauffe. Un quart d’heure ce soir-là vaut mieux que trois pots rachetés dans le mois qui suit.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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