Kalanchoé offert : coupez les fleurs fanées et il refleurit 2 mois plus tard

Kalanchoé offert : coupez les fleurs fanées et il refleurit 2 mois plus tard

Le kalanchoé fait partie des plantes qu’on reçoit sans l’avoir demandé : un pot de dix centimètres couvert de petites fleurs doubles rouges, orange ou fuchsia, attrapé près des caisses d’un supermarché. Trois semaines plus tard il ne reste que des tiges nues et on le jette avec le pot. C’est dommage, parce que c’est l’une des rares plantes fleuries offertes qui refleurit vraiment à la maison. Encore faut-il savoir ce qui déclenche sa floraison, car ce n’est pas ce qu’on croit.

Ce que vous avez réellement dans les mains

Le kalanchoé du commerce s’appelle Kalanchoe blossfeldiana. Il vient des hauts plateaux de Madagascar, où il pousse dans des sols caillouteux, maigres et très drainants, sous un climat qui alterne saison humide et longue saison sèche. Ses feuilles épaisses, cireuses, aux bords légèrement dentés, sont des réservoirs d’eau. C’est une plante grasse, exactement comme un echeveria ou un sedum, même si personne ne la range dans cette famille tant qu’elle est en fleurs.

Cette origine explique tout le reste de son entretien. Une plante qui a appris à traverser plusieurs semaines sans pluie ne supporte pas un substrat constamment détrempé. Les deux kalanchoés que j’ai perdus dans mes premières années sont morts noyés, jamais desséchés. Celui que j’ai aujourd’hui sur l’appui de fenêtre de la cuisine a six ans, il est un peu tordu, et il fleurit chaque année entre février et avril.

Pourquoi il vous arrive fleuri en plein mois de janvier

Le kalanchoé est une plante dite de jours courts. Ses boutons floraux ne se forment que lorsqu’il reçoit des nuits longues et ininterrompues, de l’ordre de treize à quatorze heures d’obscurité par vingt-quatre heures, pendant environ six semaines d’affilée. En horticulture, on obtient ce résultat en tirant des bâches noires sur les serres à heure fixe. C’est un forçage, pas un hasard de saison.

Autrement dit, la plante qu’on vous offre a déjà reçu son signal en serre. Elle finit sa floraison chez vous, puis elle s’arrête, et elle attend le signal suivant. Si vous vous contentez de bien l’arroser et de la mettre à la lumière, elle fera des feuilles, elle s’allongera, et elle ne refleurira pas. Ce n’est pas un caprice ni un défaut : c’est sa physiologie.

Couper les fleurs fanées, et jusqu’où

Le premier geste, dès que les corymbes commencent à brunir, est de supprimer les hampes florales. Ne vous contentez pas de pincer les fleurs sèches une à une : suivez la tige florale vers le bas et coupez juste au-dessus de la première paire de feuilles saines, avec un sécateur propre ou des ciseaux. Vous retirez ainsi le moignon qui, sinon, sèche puis moisit au premier arrosage un peu généreux.

Cette taille sert à deux choses. Elle empêche la plante de gaspiller son énergie à former des graines, et surtout elle provoque le départ de nouvelles pousses latérales à l’aisselle des feuilles conservées. Ce sont ces pousses qui porteront les fleurs suivantes. Un kalanchoé jamais taillé devient une plante dégingandée à longues tiges nues, avec un bouquet de feuilles au sommet et deux fleurs perdues dedans.

La cure de nuits longues, le vrai déclencheur

Voilà le geste que presque personne ne fait. Six semaines durant, généralement à partir de fin septembre ou d’octobre, mettez votre kalanchoé dans le noir complet de dix-sept heures à huit heures du matin, puis ressortez-le à la pleine lumière la journée. Un placard, une cave, un carton retourné posé dessus, un sac en papier kraft : le contenant importe peu, l’étanchéité à la lumière compte.

Le point délicat, c’est justement l’étanchéité. Une lampe de salon allumée une demi-heure sur la plante, ou un lampadaire de rue derrière un rideau fin, suffit à interrompre le comptage de la nuit et à annuler le cycle. C’est la raison pour laquelle tant de kalanchoés posés sur une table de salon ne refleurissent jamais : ils vivent dans une pièce éclairée jusqu’à vingt-trois heures toute l’année.

Le calendrier réel, semaine par semaine

Une fois la cure terminée, on remet la plante à sa place habituelle et on attend. Les premiers boutons apparaissent en général deux à trois semaines après la fin des nuits longues, sous forme de petites grappes serrées vert tendre au cœur des rosettes de feuilles. La floraison complète suit trois à cinq semaines plus tard, et elle tient ensuite six à dix semaines si la pièce n’est pas surchauffée.

En comptant large, entre le jour où vous coupez les fleurs fanées et le jour où les nouvelles s’ouvrent, il s’écoule donc environ deux mois si vous enchaînez la cure tout de suite, un peu plus si vous attendez l’automne. Ce n’est pas instantané, mais c’est régulier : chez moi, cela fonctionne cinq années sur six.

L’arrosage qui tue le plus de kalanchoés

Un kalanchoé s’arrose quand les trois ou quatre premiers centimètres de terreau sont franchement secs, pas humides ni frais. Concrètement, cela donne un arrosage tous les huit à douze jours en hiver dans une pièce à 19 °C, et tous les cinq à sept jours en été. Soulevez le pot : léger, il a soif ; lourd, il attend. Cette pesée vaut tous les tests au doigt.

Le reste tient en une phrase : jamais d’eau stagnante dans la soucoupe ou le cache-pot au-delà d’un quart d’heure. Les racines de plante grasse dans une eau permanente s’asphyxient, puis pourrissent, et la pourriture remonte au collet. Quand les feuilles du bas deviennent molles, jaunes et translucides, et que la base de la tige brunit, il est presque toujours trop tard.

Terreau, pot et rempotage

Le terreau de production dans lequel arrive la plante est souvent tourbeux et retient beaucoup d’eau. Au bout de deux ou trois mois, je rempote systématiquement dans un mélange de deux tiers de terreau ordinaire et d’un tiers de sable grossier ou de pouzzolane fine. Le pot doit être percé, en terre cuite de préférence, et à peine plus grand que le précédent : un pot trop large reste humide trop longtemps.

Le bon moment est le printemps, après la floraison, jamais en pleine floraison. Dépotez délicatement, ne cassez pas la motte, replacez la plante à la même hauteur qu’avant et n’enterrez surtout pas la base des tiges. Arrosez trois ou quatre jours plus tard, pas le jour même, pour laisser cicatriser les racines éventuellement blessées.

Lumière et température

Le kalanchoé veut de la lumière vive, quatre à six heures de soleil direct par jour lui vont très bien en hiver. Une fenêtre plein sud derrière un simple voilage en été, plein est ou plein sud en hiver : c’est l’exposition idéale. En lumière faible, les tiges s’étirent, l’espace entre les feuilles s’allonge, et la plante ne fabrique plus assez de réserves pour fleurir.

Côté température, il est plus tolérant qu’on ne le dit, entre 15 et 24 °C. Il apprécie même une période un peu fraîche, autour de 15 à 18 °C, pendant la formation des boutons. En revanche il ne supporte pas le gel : dès que le thermomètre approche de 5 °C, les feuilles se marquent de taches translucides qui deviennent noires. Rentrez-le avant les premières fraîcheurs si vous l’avez sorti en été.

Une bouture de kalanchoé ne rate presque jamais

C’est la plante idéale pour se lancer dans le bouturage, parce que le taux de réussite est proche de cent pour cent et qu’on peut multiplier un cadeau à l’infini. Prélevez au printemps ou au début de l’été, sur une tige non fleurie.

  • Coupez une extrémité de tige de 6 à 8 cm, avec deux ou trois paires de feuilles.
  • Retirez la paire de feuilles du bas et laissez sécher la coupe à l’air libre 48 heures.
  • Piquez dans un petit pot de terreau sableux à peine humide, sans hormone, sans cloche.
  • Placez à la lumière sans soleil brûlant et n’arrosez qu’au bout d’une semaine.
  • Comptez trois à quatre semaines pour l’enracinement, que vous sentirez à la résistance de la tige.

Un mot si vous avez un chat ou un chien

Le kalanchoé contient des bufadiénolides, des substances qui agissent sur le cœur et qui sont toxiques pour les chats, les chiens et le bétail. Ce n’est pas une plante à laisser à portée d’un chaton qui mordille tout ce qui dépasse, ni à poser sur une table basse dans une maison avec un jeune chien. Placez-la en hauteur, sur un appui de fenêtre inaccessible.

Aucune partie de la plante ne se consomme, et je ne connais aucun usage domestique qui justifie de la porter à la bouche. Si un animal en a mâché, c’est le vétérinaire qu’il faut appeler, pas un forum de jardinage. Le même principe vaut pour les enfants en bas âge, même si les cas d’ingestion sérieuse restent rares.

Le conseil de Sophie. Notez la date du premier jour de la cure au crayon sur le pot : au bout de six semaines on ne s’en souvient plus, et c’est comme cela qu’on rate une floraison qui était acquise.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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