Géranium : retirez les fleurs fanées et il refleurit sans arrêt

Géranium : retirez les fleurs fanées et il refleurit sans arrêt

Deux jardinières côte à côte sur le même balcon, même exposition, même terreau, même arrosage : l’une croule sous les fleurs jusqu’en octobre, l’autre s’essouffle dès la mi-juillet. La seule différence, c’est que je passe deux minutes tous les trois jours sur la première pour enlever les fleurs fanées. Et pas n’importe comment : le geste exact compte plus qu’on ne l’imagine.

Ce qu’est vraiment une « fleur » de géranium

Ce que nous appelons une fleur de géranium n’en est pas une : c’est une ombelle, un bouquet de dix à trente fleurs individuelles portées au bout d’une longue tige creuse appelée pédoncule. Chaque fleurette s’ouvre à son rythme, ce qui explique qu’une ombelle mette deux à trois semaines à passer entièrement.

C’est important pour le geste. Retirer les pétales fanés un par un, comme on épluche, ne sert quasiment à rien : la tige reste en place, la plante continue d’y envoyer de la sève, et les fleurettes non ouvertes finissent quand même par se transformer en graines. Il faut supprimer l’ombelle entière avec son pédoncule.

Pourquoi la plante ralentit si on ne fait rien

Un Pelargonium ne fleurit pas pour nous faire plaisir mais pour se reproduire. Dès qu’une ombelle est fécondée, elle commence à fabriquer des graines, ces longs becs pointus qui donnent leur nom à la famille des becs-de-grue. Cette production consomme énormément d’énergie.

Tant qu’une plante porte des graines en formation, elle envoie un signal hormonal qui freine la mise à fleur des bourgeons suivants. En supprimant systématiquement les ombelles passées, vous coupez ce signal : la plante recommence, tout simplement, parce qu’elle n’a pas atteint son objectif. C’est le principe de toute la floraison remontante.

Le bon geste, celui qui change tout

Suivez le pédoncule de l’ombelle fanée jusqu’à son point d’attache sur la tige principale. Vous sentirez au doigt un petit renflement articulé, une sorte de nœud. Posez le pouce dessus et poussez latéralement, d’un coup sec : la tige casse net à cet endroit précis, sans laisser de moignon, et sans arracher d’écorce.

C’est plus propre et plus rapide qu’un sécateur, à condition de casser au bon endroit. Si vous coupez le pédoncule à mi-hauteur, vous laissez un chicot creux de plusieurs centimètres qui va sécher, puis noircir, puis moisir. C’est exactement là que le botrytis s’installe, ce feutrage gris qui gagne ensuite la tige principale et fait pourrir des branches entières par temps humide.

Les feuilles jaunes comptent aussi

Pendant que vous y êtes, arrachez de la même manière les feuilles jaunies ou tachées, en cassant leur pétiole à la base. Une feuille jaune ne reverdira jamais et la plante continue pourtant à l’alimenter. Elle sert surtout de point de départ à la pourriture quand elle tombe au cœur de la touffe.

Cela permet aussi d’aérer le centre de la plante, ce qui est le meilleur traitement préventif contre les maladies. Un pied bien dégagé sèche vite après une pluie ; un pied bourré de feuilles mortes reste humide deux jours et attrape tout. Je fais les deux gestes en même temps, deux fois par semaine en pleine saison.

À quelle fréquence intervenir

En juin, juillet et août, une plante en pleine forme produit une nouvelle ombelle tous les huit à dix jours par branche. Deux passages par semaine sont largement suffisants, et il vaut mieux deux minutes tous les trois jours qu’une grande séance mensuelle. Le geste devient automatique au bout de quinze jours.

Le meilleur moment est le matin, quand les tiges sont turgescentes et cassent franchement. En pleine chaleur de l’après-midi, elles sont plus molles et ont tendance à se déchirer en filaments plutôt qu’à casser net. Après une pluie, attendez que le feuillage soit sec pour ne pas transporter de spores d’une plante à l’autre.

Le pincement du printemps, l’autre geste utile

Au démarrage, en avril ou début mai, pincez l’extrémité de chaque tige en supprimant les deux ou trois derniers centimètres. Vous perdez la première fleur, ce qui est frustrant, mais chaque tige pincée en produit deux ou trois nouvelles à partir des yeux situés en dessous.

Le résultat se voit en juillet : au lieu d’un pied dégingandé avec quatre bouquets au sommet, vous obtenez une touffe compacte avec dix à quinze départs. Sur un pied hiverné qui a déjà deux ou trois ans, ce pincement est encore plus rentable, parce que la souche a la puissance racinaire pour alimenter toutes ces ramifications.

L’entretien qui rend le geste efficace

Retirer les fleurs fanées ne suffit pas si la plante manque de l’essentiel. Voici les quatre points qui font vraiment la différence chez moi :

  • six heures de soleil direct minimum, sans quoi la plante file et fleurit peu, quoi qu’on fasse ;
  • un arrosage quand le premier centimètre de terreau est sec au doigt, abondant puis rien jusqu’au prochain, et surtout pas de soucoupe pleine en permanence ;
  • un engrais riche en potasse, du type engrais géraniums ou tomates, tous les huit à quinze jours de mai à septembre, jamais sur terreau sec ;
  • un pot d’au moins 20 cm de profondeur, avec un vrai trou de drainage, parce qu’un géranium à l’étroit et détrempé jaunit avant de fleurir.

Les deux erreurs que je vois le plus souvent

La première est l’arrosage quotidien à petite dose, qui ne mouille que la surface, laisse le fond de la jardinière sec, et pousse les racines à remonter. Mieux vaut arroser copieusement deux fois par semaine que d’humecter tous les jours. La seconde est l’excès d’azote, souvent par un engrais universel : on obtient un feuillage magnifique, vert foncé, immense, et presque pas de fleurs.

Une troisième erreur, plus discrète, consiste à garder le terreau du magasin toute la saison : son engrais à libération lente est calculé pour six à huit semaines. Passé la mi-juillet il n’y a plus rien dedans, et c’est précisément là que la floraison s’arrête.

Une croyance à laquelle il faut renoncer

Le géranium ne fait pas fuir les moustiques. Les variétés vendues sous le nom de « géranium citronnelle », qui sont des Pelargonium à feuillage odorant, ont été testées à plusieurs reprises en conditions réelles : la présence de la plante ne réduit pas les piqûres de façon mesurable. Le parfum vient des feuilles, il ne se diffuse que si on les froisse, et les molécules ne restent pas dans l’air.

Même remarque pour le marc de café et les peaux de banane enfouies au pied : ils apportent un peu de matière organique, mais ne remplacent pas un engrais et ne déclenchent aucune floraison. Un marc épais en surface forme même une croûte qui gêne l’arrosage.

Le conseil de Sophie. Gardez une petite corbeille accrochée à la rambarde et faites votre tournée en même temps que l’arrosage du matin : c’est en rendant le geste automatique qu’on tient la floraison jusqu’aux gelées.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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