Vos anthuriums rouges virent au vert au bout de quelques semaines, avec parfois une bordure qui brunit, et vous cherchez la maladie, le champignon, le parasite. Il n’y en a pas. Une spathe qui verdit est une spathe qui a fini son travail : c’est le vieillissement normal d’une inflorescence, aussi banal qu’une feuille d’automne. Reste à savoir quand et comment la couper, et surtout à ne pas confondre ce phénomène avec un vrai problème de culture.
Pourquoi une spathe rouge devient verte
La spathe est une feuille modifiée. Sous sa couleur rouge, rose ou blanche, il y a toujours de la chlorophylle et une structure de feuille classique. Ce qui fait la couleur, ce sont des pigments, principalement des anthocyanes, produits et maintenus pendant la phase active de l’inflorescence.
Quand cette phase se termine, la plante cesse d’entretenir ces pigments coûteux, ils se dégradent, et le vert de fond réapparaît. La spathe s’épaissit, devient plus rigide, prend une teinte vert clair puis vert franc, souvent en commençant par la base et la nervure centrale. Elle peut ensuite rester ainsi plusieurs semaines avant de brunir sur les bords. Ce n’est pas un dépérissement, c’est une fin de floraison.
Combien de temps dure une spathe
La durée varie selon les variétés et les conditions, mais les repères sont assez stables. En intérieur, une spathe d’anthurium tient six à dix semaines en pleine couleur, puis deux à quatre semaines de verdissement progressif. En serre, avec une lumière et une hygrométrie idéales, on dépasse souvent les trois mois.
Le spadice, lui, donne un indice précieux sur l’avancement. Au début il est ferme et coloré, puis les vraies fleurs s’ouvrent en une bande qui progresse de la base vers la pointe, il se couvre parfois d’une poudre de pollen, et il finit par brunir et se ramollir. Un spadice sec et brun sur une spathe verte, c’est le signal clair que l’inflorescence est terminée.
Quand couper, exactement
Pas de précipitation : tant que la spathe est verte, ferme et intacte, elle photosynthétise et rapporte un peu d’énergie à la plante. Beaucoup de gens coupent dès l’apparition du vert, par souci esthétique, et se privent de quelques semaines de travail gratuit. Si l’aspect ne vous dérange pas, laissez.
Coupez en revanche sans hésiter dans ces situations :
- la spathe brunit sur les bords, se ramollit ou se tache, ce qui attire les moucherons et les moisissures ;
- le spadice est entièrement sec, brun et cassant ;
- des baies orangées se forment sur le spadice, signe d’une fécondation qui épuise la plante pour rien ;
- la plante manque de vigueur et vous voulez concentrer son énergie sur de nouvelles pousses.
Le geste de coupe
Il n’y a qu’une bonne façon de faire : on ne coupe pas la spathe, on coupe la hampe. Suivez la tige florale du regard jusqu’à sa base, là où elle sort du cœur de la plante entre les pétioles, et sectionnez à un centimètre du départ, avec des ciseaux ou un sécateur propres.
Laisser un long tronçon de hampe est la faute classique : il sèche, jaunit, pourrit parfois et sert de porte d’entrée aux maladies au cœur même de la plante. Ne tirez pas non plus dessus pour l’arracher, vous risquez de déchausser des racines ou de blesser le collet. Désinfectez la lame entre deux plantes si vous en avez plusieurs, et travaillez plutôt le matin, pour que la plaie sèche dans la journée.
Ne pas confondre avec une spathe verte dès l’ouverture
C’est la distinction essentielle, et elle change complètement le diagnostic. Si vos nouvelles spathes s’ouvrent déjà pâles, vert clair ou verdâtres au lieu du rouge franc attendu, ce n’est pas du vieillissement, c’est un problème de culture en cours.
Trois causes reviennent presque toujours. Le manque de lumière d’abord : les pigments rouges nécessitent une lumière vive pour se former, et une plante à trois mètres d’une fenêtre en hiver produit des spathes délavées. L’excès d’azote ensuite, avec un engrais pour plantes vertes utilisé toute l’année, qui pousse la plante à fabriquer des tissus foliaires au détriment de la coloration. Le froid enfin, en dessous de 16 °C, qui perturbe la maturation de l’inflorescence. Corrigez ces trois points et les spathes suivantes retrouvent leur couleur.
Les variétés naturellement vertes
Il faut aussi savoir que certaines variétés sont censées être vertes ou blanc-vert, et qu’on les prend parfois pour des plantes malades. Les cultivars à spathe verte, ou blanche virant au vert avec l’âge, sont courants et parfaitement sains.
Un indice utile : si votre plante n’a jamais eu de spathes rouges depuis que vous l’avez, et que le vert est uniforme, lisse et brillant dès l’ouverture, c’est la variété. Si elle a fleuri rouge chez vous et que les nouvelles spathes sortent pâles, c’est une dérive à corriger. Le jaunissement, encore une fois, se lit dans l’histoire de la plante autant que dans son aspect du jour.
Ce que la coupe change pour la suite
Retirer une inflorescence terminée libère de la ressource. Sur une plante bien installée, cela se traduit par une nouvelle feuille ou une nouvelle spathe en quatre à huit semaines, selon la saison et la lumière disponible. En hiver, ne comptez pas sur une reprise rapide : la plante attendra le retour des jours longs.
Profitez du passage pour un petit entretien complet. Retirez les feuilles entièrement jaunes à la base de leur pétiole, essuyez le feuillage au chiffon humide, vérifiez l’aisselle des pétioles où se logent les cochenilles farineuses, et contrôlez que la soucoupe n’a pas gardé d’eau. Ces cinq minutes font plus pour la floraison suivante que n’importe quel engrais.
Les précautions de manipulation
Comme tous les aracées, l’anthurium contient de l’oxalate de calcium dans sa sève. Au moment de la coupe, un peu de sève laiteuse peut perler à la plaie, et elle est irritante pour la peau et les muqueuses. Portez des gants si vous avez la peau sensible, évitez de vous frotter les yeux, et lavez-vous les mains ensuite.
Aucune partie de la plante ne se consomme, ni pour la personne ni pour les animaux : gardez les chutes de taille hors de portée des chats, des chiens et des jeunes enfants, et jetez-les au compost fermé plutôt que dans une poubelle accessible. En cas de contact prolongé ou d’ingestion, adressez-vous à un médecin ou à un vétérinaire.
Ce que je note dans mon carnet
Chez moi, chaque anthurium a une ligne dans un carnet de cuisine, avec la date d’ouverture de chaque spathe et la date de coupe. Cela paraît maniaque, mais au bout d’un an on voit très clairement le rythme de la plante et l’effet d’un changement d’emplacement ou d’engrais.
C’est ainsi que j’ai constaté qu’un de mes pieds, déplacé d’un mètre vers la fenêtre est, était passé de trois spathes par an à sept, avec une couleur nettement plus soutenue. Sans les dates écrites, j’aurais mis ça sur le compte de l’humeur de la plante.
Le conseil de Sophie. Ne coupez jamais la spathe seule : suivez sa tige jusqu’au cœur de la touffe et coupez là, à un centimètre de la base, sinon le tronçon restant pourrit au milieu de votre plante.

