Feuilles trouées au potager : le coupable selon la forme du trou

Feuilles trouées au potager : le coupable selon la forme du trou

Une feuille trouée, c’est frustrant, mais c’est surtout une pièce à conviction. La forme du trou, sa position sur le limbe et l’état des bords en disent beaucoup plus long qu’une inspection nocturne à la lampe torche. J’ai fini par me constituer une petite grille de lecture au fil des saisons, et depuis, je traite bien moins souvent et bien plus juste.

Regardez le trou avant d’acheter quoi que ce soit

La tentation, quand on découvre des feuilles criblées, c’est de sortir le premier produit venu. C’est presque toujours une dépense inutile : un traitement anti-limaces ne fera rien contre des altises, et une pulvérisation d’insecticide sur une maladie fongique aggrave la situation en supprimant les auxiliaires. Cinq minutes d’observation valent mieux qu’un traitement au hasard.

Prenez la feuille à contre-jour et posez-vous trois questions : les bords du trou sont-ils nets ou bruns ? Le trou traverse-t-il tout le limbe ou reste-t-il une fine pellicule ? Les dégâts sont-ils sur les jeunes feuilles du haut ou sur les vieilles feuilles du bas ? Ces trois réponses vous mènent au coupable dans la grande majorité des cas.

Trous nets, traces brillantes : limaces et escargots

Ce sont des trous irréguliers, souvent au milieu du limbe, aux bords lisses et frais, comme découpés à l’emporte-pièce mal tenu. Les feuilles basses sont touchées en premier, celles qui touchent le sol ou le paillage. Le signe qui ne trompe pas, c’est la traînée argentée séchée sur la feuille ou sur le pot, visible surtout le matin en lumière rasante.

Les dégâts explosent après une pluie ou un arrosage du soir, et s’arrêtent presque net par temps sec et venteux. Sur les jeunes plants de salade ou les semis de haricots, une seule nuit humide suffit à tout raser. C’est le seul ravageur pour lequel j’agis dans les vingt-quatre heures, parce que le stade vulnérable ne dure qu’une semaine ou deux.

Petits trous ronds et serrés : les altises

Quand la feuille ressemble à une passoire, criblée de dizaines de trous ronds de 1 à 2 mm, il s’agit presque toujours d’altises. Ces minuscules coléoptères noirs ou bronzés sautent comme des puces dès qu’on approche la main, ce qui les rend faciles à identifier : passez la paume au-dessus du feuillage et regardez si quelque chose gicle.

Elles adorent les crucifères, donc radis, roquette, chou, navet, moutarde, et sévissent par temps chaud et sec, surtout de mai à juillet. Elles tuent rarement une plante établie, mais elles peuvent anéantir un semis de radis en trois jours. Un simple voile anti-insectes posé dès le semis règle le problème mieux que n’importe quel traitement, à condition de le poser avant l’arrivée des insectes, pas après.

Demi-lunes régulières sur le bord : l’abeille coupeuse

Si vous trouvez des découpes en arc de cercle parfaitement régulières sur le bord des feuilles de rosier, de lilas ou de haricot, comme si quelqu’un avait passé un emporte-pièce, ne cherchez pas de ravageur. C’est une mégachile, une abeille solitaire qui prélève ces morceaux pour tapisser les cellules de son nid. Elle ne mange pas la plante, elle emprunte un matériau de construction.

Le dégât est purement esthétique et n’affecte ni la vigueur ni la production. C’est même un excellent signe : ces abeilles sont des pollinisatrices efficaces et leur présence indique un jardin plutôt sain. Je n’ai jamais rien fait contre elles et mes rosiers se portent très bien.

Feuille en dentelle, nervures intactes : chenilles

Quand il ne reste que le réseau des nervures et que le limbe a disparu entre elles, on parle de feuille squelettisée. Sur les choux, c’est le travail des jeunes chenilles de piéride, qui commencent en groupe sur la face inférieure avant de se disperser. Retournez les feuilles : vous trouverez soit les chenilles, soit les plaques d’œufs jaunes pondues en amas de quelques dizaines.

Les crottes noires accumulées au creux des feuilles sont l’autre indice imparable. Le ramassage manuel matin et soir pendant une semaine suffit sur quelques pieds, et il est bien plus efficace qu’on ne le croit : une piéride pond par vagues, et casser une vague fait basculer la saison. Un filet à mailles fines de 1,5 mm posé dès la plantation évite tout le problème.

Trous entre les nervures et larves visqueuses

Sur les poireaux, les asperges et les lis, on rencontre les criocères, petits coléoptères rouge vif dont les larves molles se couvrent de leurs propres déjections, ce qui leur donne un aspect de petite crotte brune collée à la feuille. Les adultes creusent des encoches longitudinales, les larves rongent la surface jusqu’à faire des plages transparentes.

Sur les cerisiers et les poiriers, une larve verdâtre et luisante, la tenthrède limace, décape la face supérieure et laisse une feuille brune qui reste attachée à l’arbre. Ce n’est pas grave sur un arbre adulte en juillet, cela l’est davantage sur un jeune sujet planté au printemps. Un jet d’eau ferme suffit souvent à les décrocher.

Trous à bord brun cerclé : c’est une maladie

Un trou net et frais, c’est un mangeur. Un trou entouré d’un liseré brun, jaune ou pourpré, c’est presque toujours une maladie. Sur les arbres à noyau, la criblure provoque des taches qui se dessèchent puis tombent, laissant des perforations bordées de rouge. On l’appelle parfois la maladie des trous de balle, et beaucoup de jardiniers accusent des insectes à tort.

Le mildiou, l’alternariose et plusieurs bactérioses produisent le même effet à des degrés divers. La règle est simple : si vous ne trouvez aucun insecte après trois inspections à des heures différentes, et que les trous ont un bord coloré, cherchez du côté de l’excès d’humidité, du feuillage mouillé le soir et du manque d’aération.

Grignoté la nuit, rien le jour

Certains dégâts n’ont aucun auteur visible en journée. Les encoches régulières sur le pourtour des feuilles de fraisier, de rhododendron ou de laurier trahissent l’otiorhynque, un charançon nocturne qui se laisse tomber au sol dès qu’on l’approche. Ses adultes sont surtout gênants pour l’esthétique, mais ses larves blanches rongent les racines dans les pots et peuvent tuer une plante entière.

Les forficules, ces perce-oreilles, font des trous irréguliers sur les fleurs et les jeunes feuilles, mais ils dévorent aussi beaucoup de pucerons. Avant de les combattre, pesez le bilan : dans mon potager, ils font plus de bien que de mal, et je me contente de protéger les dahlias.

Ce que je fais avant de traiter

Trois réflexes, dans cet ordre : je note la date et le pourcentage de feuillage atteint, je regarde sous les feuilles à deux moments de la journée, et j’attends quarante-huit heures. Beaucoup d’attaques s’arrêtent d’elles-mêmes parce que les auxiliaires arrivent avec un peu de retard sur les ravageurs. Un potager sans aucun dégât est un potager sans prédateurs, donc un potager fragile.

En dessous de 10 à 15 % du feuillage atteint sur une plante établie, je n’interviens pas. Une tomate ou un chou compensent très largement cette perte. Le seuil est différent sur un semis, sur un jeune plant repiqué ou sur une plante à feuilles récoltées, comme la salade et les épinards, où le dégât est directement la récolte.

Les astuces qui ne marchent pas

Il faut le dire clairement : les coquilles d’œufs concassées et le marc de café ne stoppent pas les limaces. Les essais sérieux montrent qu’elles passent dessus sans hésiter, et le marc de café à dose active abîme davantage les jeunes racines qu’il ne repousse quoi que ce soit. La cendre agit tant qu’elle est parfaitement sèche, autant dire une nuit sans rosée, ce qui est rare.

Ce qui fonctionne vraiment reste beaucoup plus ennuyeux, et tient en cinq gestes que j’applique tous les ans.

  • Ramasser à la main les soirs humides, pendant les deux semaines qui suivent un repiquage
  • Arroser le matin plutôt que le soir, pour que le feuillage soit sec à la tombée de la nuit
  • Écarter le paillage de 5 cm autour du collet, sans l’enlever pour autant
  • Poser des planches de bois à plat au sol et les retourner chaque matin, comme pièges à relever
  • Installer un voile anti-insectes de 1,5 mm avant l’arrivée des ravageurs, jamais après

Le conseil de Sophie. Photographiez la feuille abîmée avec votre téléphone, en gros plan et à contre-jour : sur l’écran, agrandie, on repère des œufs et des larves minuscules qu’on ne voit tout simplement pas à l’œil nu au jardin.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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