Feuilles de tomate qui s'enroulent : chaleur ou soif ? Le test

Feuilles de tomate qui s’enroulent : chaleur ou soif ? Le test

Tous les étés, entre le 10 et le 25 juillet, mes tomates enroulent leurs feuilles vers le haut et je reçois les mêmes messages inquiets. Faut-il arroser davantage, ou au contraire est-ce déjà trop ? Dans la grande majorité des cas, ce n’est ni une maladie ni une carence, mais il existe deux ou trois situations où l’enroulement annonce un vrai problème. Voici comment je fais le tri en quelques minutes.

À quoi ressemble l’enroulement banal

La forme la plus courante est un enroulement des folioles vers le haut, le long de la nervure centrale, jusqu’à former des sortes de gouttières ou de petits tubes. Les feuilles restent vertes, parfois même vert foncé, et elles deviennent épaisses, presque coriaces au toucher. Ce sont d’abord les feuilles du bas et du milieu du plant qui sont touchées, rarement la tête.

Cet enroulement est une réaction physiologique, pas une infection. La plante réduit la surface exposée au soleil pour limiter sa transpiration. Certaines variétés y sont beaucoup plus sujettes que d’autres, en particulier les grosses charnues et beaucoup de tomates anciennes. Chez moi, une même journée de canicule enroule complètement un pied et laisse son voisin d’une autre variété parfaitement à plat.

Le test du petit matin

C’est le test le plus simple et de loin le plus fiable. Regardez vos plants entre six et huit heures du matin, avant que le soleil ne tape. Si les feuilles se sont remises à plat pendant la nuit et ne s’enroulent qu’en fin de matinée, il s’agit d’une réponse à la chaleur et il n’y a rigoureusement rien à faire.

Si en revanche les feuilles sont toujours enroulées à l’aube, après une nuit fraîche et humide, la plante n’a pas pu se réhydrater. Là, le problème est réel : soit il n’y a plus d’eau disponible dans le substrat, soit les racines ne peuvent plus l’absorber. La suite du diagnostic consiste précisément à distinguer ces deux cas, qui appellent des réponses opposées.

Le test du poids et du doigt

Soulevez le pot, ou basculez-le légèrement d’une main. Avec un peu d’habitude, la différence entre un contenant de 40 litres bien humide et le même à sec est spectaculaire, de l’ordre de dix kilos. Enfoncez ensuite un doigt de cinq à sept centimètres dans le substrat, en écartant le paillage : la surface peut être sèche alors que la motte est encore correctement pourvue.

Si le pot est lourd et la terre fraîche à sept centimètres, mais que les feuilles restent enroulées le matin, ce n’est pas la soif. Cherchez du côté des racines : substrat détrempé depuis plusieurs jours, soucoupe pleine, trous d’évacuation bouchés. Des racines asphyxiées donnent exactement les mêmes symptômes qu’un manque d’eau, ce qui pousse beaucoup de jardiniers à arroser encore plus et à aggraver la situation.

Vieilles feuilles ou jeune pousse, le vrai tri

Le deuxième critère qui m’évite les erreurs est la localisation. Un enroulement qui commence en bas et remonte progressivement, sur des feuilles déjà pleinement développées, est physiologique dans presque tous les cas. La croissance de la tête reste normale, les nouvelles feuilles sortent bien formées, les fleurs nouent.

Un enroulement qui touche d’abord les jeunes feuilles du sommet, avec des folioles déformées, effilées, parfois recroquevillées en spirale, doit vous alerter immédiatement. Là, on ne parle plus de chaleur. Les deux causes à envisager sont la dérive d’un désherbant et une infection virale, et la conduite à tenir n’a rien à voir avec un arrosage.

Le cas du désherbant

Les désherbants hormonaux utilisés sur les pelouses et les allées voyagent facilement, par gouttelettes portées par le vent ou par simple évaporation les jours chauds. Quelques microgrammes suffisent à défigurer une tomate. Le signe caractéristique est une torsion de la tige et des pétioles, des feuilles très allongées, en fougère, et un bourgeon terminal qui part de travers.

Ce type de contamination arrive aussi par le compost ou par des pailles issues de prairies traitées, qui gardent leur activité plusieurs mois. Si vous suspectez ce cas, notez que le plant peut parfois repartir, mais lentement, et que les fruits déjà formés sont souvent déformés. Il n’existe aucun traitement : il faut attendre, et surtout retrouver la source pour ne pas recommencer l’année suivante.

Le cas viral

Certaines viroses transmises par les aleurodes provoquent un enroulement en cuillère des jeunes feuilles, accompagné d’un jaunissement du bord du limbe, d’un rabougrissement général et d’un arrêt de croissance très net. La plante prend un port trapu, en boule, et les fleurs tombent sans nouer. Ces maladies sont surtout présentes dans le sud et sous abri.

La différence avec l’enroulement de chaleur est franche : la couleur. Une feuille enroulée par la chaleur reste verte et souple à la cassure, une feuille virosée jaunit sur les marges et se rigidifie. Si le doute persiste et que le plant ne produit plus rien pendant trois semaines, mieux vaut l’arracher et le sortir du jardin plutôt que de le laisser servir de réservoir.

Les autres déclencheurs qu’on oublie

Quatre situations provoquent régulièrement un enroulement dans les jours qui suivent, sans que personne ne fasse le lien avec le geste qui l’a déclenché. Elles ont toutes le même point commun : elles déséquilibrent d’un coup le rapport entre ce que les racines peuvent absorber et ce que le feuillage réclame. La dernière est de loin la plus fréquente en pot, parce qu’on a tendance à compenser un volume de terre insuffisant par des apports d’engrais répétés, et dans ce cas l’enroulement est même un signal utile qui vous dit d’arrêter de nourrir.

  • une taille sévère, surtout beaucoup de gourmands supprimés le même jour
  • un rempotage tardif, qui casse une bonne partie des racines fines
  • un binage ou un désherbage trop profond au pied du plant
  • un excès d’azote, qui donne un feuillage abondant et tendre, très gourmand en eau

Ce que la chaleur seule fait vraiment

Au-dessus de 32 degrés, une tomate ferme partiellement ses stomates et met sa photosynthèse au ralenti. L’enroulement fait partie de cette économie. Elle continue de vivre, mais elle noue mal : le pollen supporte mal les températures nocturnes supérieures à 24 degrés, et c’est souvent à ce moment-là qu’on perd deux ou trois bouquets de fleurs.

La bonne réponse n’est donc pas d’arroser davantage mais de baisser la contrainte. Un voile d’ombrage aux heures les plus chaudes, un paillage épais, un pot éloigné d’un mur clair qui renvoie la lumière, et surtout un arrosage régulier plutôt qu’abondant. Les fruits reprendront leur croissance normale dès que les nuits repasseront sous les vingt degrés.

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

Je vois trois réflexes se répéter et aggraver les choses à chaque fois. Le premier est d’inonder le pot pour faire cesser l’enroulement : si les racines sont déjà en excès d’eau, vous les achevez. Le second est de pulvériser un engrais foliaire ou une décoction quelconque en plein soleil, ce qui ajoute des brûlures aux feuilles déjà stressées.

Le troisième est d’effeuiller massivement pour supprimer les feuilles enroulées. Elles sont pourtant fonctionnelles et elles protègent les fruits du soleil direct. Un effeuillage brutal en juillet donne des tomates marquées de plages blanches et coriaces, brûlées, et ralentit encore la plante. Retirez uniquement les feuilles basses jaunies ou tachées, jamais les feuilles vertes enroulées.

Le conseil de Sophie. Avant de toucher à l’arrosoir, allez voir vos plants au lever du jour : si les feuilles sont à plat, votre tomate va très bien et c’est vous qui vous inquiétez pour rien.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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