Feuilles de patate douce : elles se mangent comme des épinards, et c'est délicieux

Feuilles de patate douce : elles se mangent comme des épinards, et c’est délicieux

La patate douce occupe beaucoup de place sur un balcon et met cinq mois à donner ses tubercules. Ce que peu de gens savent, c’est qu’on peut manger son feuillage tout l’été, et que ce feuillage est un excellent légume, consommé quotidiennement dans une bonne partie de l’Afrique et de l’Asie. Chez moi, c’est devenu la vraie raison de cultiver cette plante en pot.

Oui, les feuilles se mangent, et c’est documenté

Il ne s’agit pas d’une trouvaille de blog. Les feuilles de patate douce sont un légume-feuille de plein usage dans de nombreuses cuisines, du Nigéria aux Philippines en passant par le Japon, où elles se vendent en bottes sur les marchés. La plante est cultivée dans certaines régions pour son feuillage autant que pour ses tubercules, avec des variétés sélectionnées pour cela.

Le goût surprend agréablement : plus doux que l’épinard, sans l’astringence métallique de ce dernier, avec une texture qui rappelle un peu la blette jeune. La tige tendre est croquante, la feuille fond. Ce n’est pas un légume de survie qu’on mange faute de mieux, c’est un bon légume qu’on redécouvre.

La confusion dangereuse à écarter tout de suite

Beaucoup de gens hésitent parce qu’ils pensent aux fanes de pomme de terre. Ils ont raison d’hésiter, et il faut être très clair : les feuilles et les tiges de pomme de terre, comme celles de tomate et d’aubergine, contiennent de la solanine et ne se mangent pas. Ce sont des solanacées.

La patate douce n’a aucun lien botanique avec elles. C’est une convolvulacée, de la famille des liserons, et son feuillage ne contient pas de solanine. Le nom commun trompe, la parenté n’existe pas. Ne transposez donc jamais une règle valable pour l’une à l’autre, dans un sens comme dans l’autre.

Ce qui reste vrai côté prudence

Deux réserves honnêtes, tout de même. D’abord, on consomme ces feuilles cuites, pas crues. Elles contiennent un latex laiteux et des composés astringents qui disparaissent à la cuisson, et une consommation crue en quantité est simplement désagréable et mal tolérée par certains estomacs.

Ensuite, comme l’épinard, l’oseille ou la blette, elles apportent de l’acide oxalique et de la vitamine K. Si vous suivez un régime particulier ou un traitement pour lequel ces apports comptent, la question relève de votre médecin, pas d’un carnet de jardinage. Je signale le point, je ne donne aucun avis médical.

N’utilisez jamais des plants de jardinerie ornementale

C’est le point de vigilance le plus concret de tout cet article. Les patates douces à feuillage décoratif vendues en godets au rayon des annuelles de balcon sont produites en filière horticole, pas alimentaire. Elles peuvent avoir reçu des traitements dont les résidus ne sont pas prévus pour être consommés.

Partez donc systématiquement d’un tubercule alimentaire que vous faites germer vous-même, ou d’un plant vendu explicitement pour le potager. Sur les variétés ornementales à feuilles noires ou lime, l’amertume du feuillage est en outre souvent prononcée : même sans problème sanitaire, le résultat en cuisine est décevant.

Le pot qui convient pour un usage feuillage

Bonne nouvelle : si vous visez surtout les feuilles, vous pouvez réduire le volume. Vingt à vingt-cinq litres par pied suffisent, contre trente-cinq à quarante pour viser les tubercules. Une jardinière profonde de quarante centimètres accueille deux pieds destinés au feuillage sans problème.

Et pour une fois, un peu d’azote est bienvenu. Là où l’excès d’azote ruine une culture destinée aux tubercules, il favorise exactement ce que vous cherchez ici. Une poignée de compost mûr en surface toutes les cinq ou six semaines, ou un arrosage dilué au purin d’ortie une fois par mois, entretient une production de feuilles tendres tout l’été.

Quand et comment cueillir sans épuiser la plante

Commencez quand la plante a bien démarré et émis des tiges de soixante à quatre-vingts centimètres, en général début juillet pour un plant installé mi-mai. Cueillez les extrémités : les quinze à vingt derniers centimètres de tige, avec leurs jeunes feuilles. Ce sont les meilleures parties, et ce sont aussi celles qui repoussent.

Voici comment je m’organise sans compromettre la récolte de tubercules :

  • Je ne prélève jamais plus d’un tiers du feuillage total en une fois.
  • J’espace les cueillettes de dix à quinze jours, ce qui laisse le temps aux ramifications de repartir.
  • Je coupe juste au-dessus d’un nœud : deux nouvelles tiges partent des aisselles en une semaine.
  • Je cueille le matin, quand les tiges sont turgescentes, et je plonge la récolte dans l’eau froide dix minutes.
  • J’arrête tout prélèvement à la mi-septembre pour laisser la plante finir de remplir ses tubercules.

L’effet sur la récolte de tubercules

Soyons francs : prélever du feuillage n’est pas gratuit. Les feuilles fabriquent les sucres qui remplissent les tubercules, donc une cueillette intensive réduit le rendement souterrain. Mais avec la règle du tiers et un arrêt à la mi-septembre, la perte reste modérée, de l’ordre de dix à vingt pour cent d’après ce que j’observe d’un pot à l’autre.

Si votre priorité est franchement le feuillage, faites le choix inverse et assumez-le : cueillez toutes les semaines, nourrissez en azote, et considérez les tubercules comme un bonus de fin de saison. Un pied mené ainsi fournit une belle poêlée pour deux personnes tous les dix jours de juillet à octobre, ce qui est un rendement remarquable pour vingt-cinq litres de terreau.

Préparer les feuilles en cuisine

Triez d’abord. Les jeunes feuilles et les tiges tendres partent entières ; sur les feuilles plus âgées, retirez le pétiole devenu fibreux, comme on ôte la côte d’une blette dure. Lavez à grande eau, les feuilles velues de certaines variétés retiennent la poussière.

Deux cuissons fonctionnent. Sautées trois à cinq minutes à feu vif avec de l’ail et un filet d’huile, elles gardent du croquant et une couleur vive : c’est ma façon préférée. Blanchies deux minutes puis égouttées et pressées, elles remplacent l’épinard dans une tarte, une quiche ou un plat mijoté. Attention, elles réduisent beaucoup : comptez trois grosses poignées par personne.

Les feuilles en fin de saison

À l’arrachage d’octobre, vous vous retrouvez avec une masse de feuillage. Les feuilles encore vertes et souples se consomment, celles qui ont jauni non. C’est l’occasion d’une grosse cuisson, et le reste part au compost, où ce feuillage tendre se décompose très vite.

Une précision utile : les feuilles ne se conservent pas. Comptez deux à trois jours au réfrigérateur dans un linge humide, guère plus, car elles se ramollissent et noircissent. Elles se congèlent en revanche très bien après un blanchiment de deux minutes et un essorage soigneux, exactement comme des épinards.

Le cas des pousses gardées à l’intérieur

Rien n’oblige à cultiver dehors. Un pied de patate douce dans un grand pot devant une baie vitrée bien exposée produit du feuillage neuf presque toute l’année, à condition de maintenir dix-huit degrés minimum et de tourner le pot régulièrement. Le rendement est plus faible, mais la disponibilité en janvier a son charme.

Dans ce cas, oubliez les tubercules et menez la plante comme une plante à feuilles : rempotage annuel, taille régulière des lianes qui, sinon, courent sur trois mètres, et apports d’azote légers mais réguliers. Les tiges coupées se bouturent dans l’eau en une semaine, ce qui permet de renouveler le pied dès qu’il s’épuise.

Le conseil de Sophie. Faites-en un galop d’essai avant d’y consacrer un pot entier : cueillez une poignée d’extrémités sur votre plant existant, poêlez-les à l’ail ce soir-là, et décidez ensuite. La moitié des gens que j’ai convertis ne cultivent plus la patate douce que pour ça.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.