Un pied de tomate en pot vide son terreau en six semaines et réclame ensuite un apport régulier. J’ai longtemps acheté des bidons d’engrais liquide avant de regarder les orties qui poussaient contre mon tas de bois. Le purin d’ortie ne coûte rien, se prépare en une dizaine de jours, et remplace sans difficulté un engrais azoté du commerce. À condition de savoir ce qu’il contient réellement, et ce qu’il ne fait pas.
Ce que contient réellement un purin d’ortie
C’est avant tout un engrais azoté dilué. Sur une préparation classique à un kilo de feuilles pour dix litres d’eau, on obtient de l’ordre d’un demi-gramme à un gramme d’azote par litre, plus du potassium, du magnésium et surtout du fer et du manganèse en quantités intéressantes. Une fois dilué au dixième pour l’arrosage, cela reste modeste, et c’est précisément ce que l’on cherche : un apport fréquent et léger plutôt qu’un coup de fouet.
Il faut donc résister à la tentation de lui prêter tous les pouvoirs. Le purin d’ortie n’est ni un fongicide, ni un amendement, ni un substitut au compost. Il apporte de l’azote rapidement assimilable et des oligo-éléments, dans une forme que les plantes prennent bien, et cela suffit à justifier les dix minutes de préparation qu’il demande.
Le matériel et la matière première
Il vous faut un contenant en plastique, en bois ou en terre, jamais en métal, qui réagit avec la préparation. Un seau de vingt litres avec un couvercle posé sans être vissé fait parfaitement l’affaire. Prévoyez un bâton pour remuer, un vieux filet ou une taie d’oreiller pour contenir les feuilles et faciliter le filtrage, et des bidons opaques pour la conservation.
Pour les orties, récoltez de préférence des plants jeunes, avant la montée à graines, sur une zone qui n’est ni une bordure de route ni un abord de champ traité. Feuilles et tiges tendres conviennent ; les tiges ligneuses de fin de saison sont moins riches et se décomposent mal. Coupez grossièrement aux ciseaux, ce qui accélère nettement la fermentation. Et portez des gants : les poils urticants restent actifs plusieurs heures après la coupe.
Le déroulé jour par jour
Comptez un kilo d’orties fraîches pour dix litres d’eau, idéalement de l’eau de pluie, l’eau du robinet trop chlorée ralentissant le démarrage. Remuez une fois par jour, longuement, pour oxygéner le mélange. Dès le deuxième ou troisième jour, une mousse abondante apparaît en surface et l’odeur devient franchement désagréable : c’est le signe que la fermentation est lancée.
La durée dépend entièrement de la température, et c’est là que la promesse des dix jours mérite d’être nuancée. À dix-huit ou vingt degrés, à l’ombre, dix à douze jours sont la norme. En plein été à vingt-cinq degrés, c’est parfois bouclé en sept jours. Au printemps, avec un seau à douze degrés, comptez trois semaines. Le calendrier ne décide pas : c’est la température, et c’est vous qui observez.
Reconnaître la fin de la fermentation
Le repère est visuel et sans ambiguïté. Remuez énergiquement : tant que des bulles remontent en surface et que la mousse se reforme, la fermentation continue. Quand vous remuez et qu’aucune bulle n’apparaît plus, c’est terminé. Le liquide est alors brun-vert foncé, les feuilles ont perdu leur structure et tombent au fond.
Laisser le mélange au-delà de ce stade n’apporte rien de bon. La préparation part en putréfaction anaérobie, l’azote se perd sous forme d’ammoniac, l’odeur devient insupportable et la valeur fertilisante chute. Si vous ne pouvez pas filtrer le jour même, sortez au moins le seau au frais et à l’ombre pour ralentir le processus.
Filtrer, conserver, et à quelle dose
Filtrez avec un vieux tamis, un torchon ou un filet, en pressant bien les résidus, qui partent ensuite au compost où ils font un excellent activateur. Transvasez dans des bidons opaques, remplis à ras bord pour limiter le contact avec l’air, stockés au frais et à l’abri de la lumière. Ne serrez pas le bouchon à fond la première semaine, une fermentation résiduelle peut encore produire du gaz. Conservé ainsi, le purin tient six mois, parfois davantage.
Les dilutions que j’utilise, à partir du purin filtré non dilué :
- Arrosage au pied des légumes en pot : un volume de purin pour dix volumes d’eau, tous les dix à quinze jours.
- Pulvérisation sur le feuillage : un volume pour vingt, le soir ou par temps couvert, jamais en plein soleil.
- Jeunes plants et semis repiqués : un volume pour vingt en arrosage, et pas avant trois semaines de reprise.
- Activateur de compost ou arrosage d’un tas sec : un volume pour cinq, sans excès.
Quand l’utiliser, et quand s’en abstenir
L’azote pousse au feuillage. C’est excellent au printemps sur les salades, les épinards, les choux, les courges en début de croissance, et sur les tomates jusqu’à l’apparition des premières fleurs. C’est nettement moins pertinent ensuite : un pied de tomate gavé d’azote en juillet fabrique des feuilles magnifiques et peu de fruits, et son tissu tendre attire les pucerons.
Je m’arrête donc au purin d’ortie dès la première fleur sur les fruits d’été, et je bascule vers une source riche en potassium. Je m’en abstiens aussi complètement en fin de saison sur les vivaces et les aromatiques ligneuses : une poussée tendre en septembre est une invitation au gel. Et je ne l’utilise jamais pur, sur aucune plante, à aucun stade : c’est le meilleur moyen de brûler des racines.
Le purin contre les pucerons : soyons honnêtes
On lit partout que la pulvérisation de purin d’ortie éloigne les pucerons. Les résultats sérieux sur cette question sont maigres et contradictoires, et mes propres essais sur deux saisons n’ont rien montré de convaincant : les colonies étaient identiques sur les pieds traités et sur les témoins. Ce que je constate en revanche, c’est qu’un plant correctement nourri et pas suralimenté en azote se fait moins attaquer.
Ce qui fonctionne réellement contre les pucerons tient en trois gestes simples et vérifiables : un jet d’eau ferme sur les colonies, répété deux ou trois jours de suite, une pulvérisation de savon noir dilué à cinq grammes par litre en soirée, et surtout la patience de laisser arriver les coccinelles et les syrphes, qui règlent le problème en une dizaine de jours si on ne détruit pas leurs proies trop vite. Le purin d’ortie est un engrais, gardons-le pour ce rôle.
L’odeur, et comment la rendre supportable
Elle est réelle et il ne sert à rien de la minimiser. Elle culmine entre le troisième et le sixième jour et se sent à plusieurs mètres. Placez le seau au fond du jardin, jamais contre une fenêtre ou sur un balcon mitoyen, et couvrez-le d’un couvercle non hermétique ou d’une planche.
Quelques gestes réduisent nettement la nuisance. Remuer tous les jours limite la fermentation anaérobie, qui est la plus odorante. Une poignée de poudre de roche ou d’argile fixe une partie des composés soufrés. Filtrer dès l’arrêt des bulles évite la phase la plus pénible. Et une fois filtré et conservé en bidon fermé, le purin ne sent plus grand-chose tant que vous ne l’ouvrez pas.
Les précautions à respecter
Aucune de ces préparations ne se boit ni ne se goûte, sous aucun prétexte, et je le précise parce que la confusion existe entre les usages culinaires de l’ortie et le purin fermenté, qui n’a rien à voir. Portez des gants pour manipuler, rincez les éclaboussures sur la peau, et tenez les seaux hors de portée des enfants et des animaux, un chien pouvant très bien boire dans un contenant ouvert.
Ne versez jamais un reste de purin dans un caniveau, un fossé ou un cours d’eau : la charge en azote et en matière organique y provoque un appauvrissement en oxygène et tue les poissons. Un excédent se dilue et s’épand sur une surface de jardin, ou finit sur le tas de compost. C’est aussi une préparation que la réglementation française autorise pour un usage personnel, l’ortie étant reconnue comme substance de base, ce qui n’était pas le cas il y a quinze ans.
Mon protocole pour les pots
Je lance un seau de dix litres à la mi-avril, quand les orties sont jeunes, et un second début juin. Cela couvre largement mes besoins de la saison pour une vingtaine de contenants. Le calendrier est simple : un arrosage dilué au dixième tous les quinze jours d’avril à fin juin sur tout ce qui fait des feuilles, puis arrêt total sur les fruits d’été.
Un point à ne pas oublier en contenant : arrosez à l’eau claire avant de donner le purin dilué. Sur un substrat sec, la solution se concentre au contact des racines et peut brûler les radicelles. Un pot déjà humide répartit l’apport dans tout le volume, et c’est exactement ce qu’on veut.
Le conseil de Sophie. Notez la date de démarrage sur un ruban adhésif collé sur le seau : sans cela, vous chercherez pendant tout l’été à vous rappeler si ce bidon date d’avril ou de l’an dernier.

