On me demande souvent pourquoi certains cyclamens résistent à la neige tandis que d’autres fondent littéralement à la première nuit à moins trois. La réponse tient en une phrase : on vend sous le même nom trois plantes qui n’ont ni la même origine ni la même rusticité. Choisir la bonne fait la différence entre un pot fleuri de septembre à mars et un pot à jeter en décembre. Voici comment les distinguer en jardinerie, en dix secondes.
Trois plantes, un seul nom sur l’étiquette
Le cyclamen des fleuristes, Cyclamen persicum, est celui qu’on voit partout en automne : grandes fleurs de cinq à huit centimètres, feuillage large marbré d’argent, pots colorés à l’entrée du magasin. Il vient de la Méditerranée orientale et n’est pas rustique chez nous. Le cyclamen de Naples, Cyclamen hederifolium, est une espèce botanique à petites fleurs roses ou blanches d’un à deux centimètres, qui fleurit de septembre à novembre avant de sortir ses feuilles. Le cyclamen coum, plus petit encore, fleurit de janvier à mars.
Le repère visuel le plus fiable est la taille de la fleur. Au-dessus de quatre centimètres, vous avez affaire à un persicum ou à l’une de ses formes miniatures, et vous devrez le protéger. En dessous de deux centimètres et demi, avec un feuillage souvent marbré en fer de lance ou en cœur, vous tenez une espèce botanique rustique jusqu’à moins quinze, parfois moins vingt degrés. Le prix suit d’ailleurs la même logique : les botaniques coûtent deux à trois fois plus cher et le valent largement.
Le cyclamen des fleuristes, magnifique et fragile
Ne le condamnons pas trop vite : c’est une très belle plante, généreuse, qui fleurit pendant quatre à cinq mois si on la traite correctement. Simplement, sa limite est basse. En dessous de moins deux à moins trois degrés, les fleurs se transforment en chiffons translucides et le feuillage se couche. À moins cinq, le tubercule lui-même est atteint et la plante ne repart pas.
Sa deuxième contrainte est inverse et surprend beaucoup : il déteste la chaleur. Sa température idéale se situe entre 10 et 15 degrés, et il commence à souffrir au-dessus de 18. C’est pourquoi il tient mieux sur un rebord de fenêtre extérieur abrité qu’à l’intérieur d’un appartement chauffé, où il jaunit en trois semaines. On m’a longtemps vendu ça comme une plante d’intérieur : c’est faux, c’est une plante de véranda froide et de balcon abrité.
Les botaniques, eux, tiennent vraiment
Cyclamen hederifolium supporte sans dommage des gelées à moins quinze degrés, et je le vois chaque hiver refleurir sous les feuilles givrées au pied d’un vieux prunier. En pot, comptez plutôt moins dix comme limite prudente, puisque la motte prend la température de l’air. Ses feuilles, qui apparaissent après les fleurs en octobre, restent en place jusqu’en mai et forment un tapis marbré très décoratif tout l’hiver.
Cyclamen coum est encore plus résistant et prend le relais exactement quand hederifolium s’arrête. Ses fleurs, rose vif à carmin ou blanches à œil sombre, sortent de janvier à mars, souvent au milieu de la neige, et c’est de lui que parle vraiment l’expression de fleurs qui tiennent sous la neige. Ses feuilles sont rondes, en petits cœurs, vert foncé à revers pourpre.
Ce qui les tue en pot, et ce n’est pas le froid
Le cyclamen meurt presque toujours de la même chose : l’eau qui stagne au sommet du tubercule. Le point de départ des feuilles et des fleurs est une petite couronne au-dessus du bulbe, et si de l’eau s’y accumule, une pourriture grise s’installe en quelques jours. Toute la touffe se détache alors d’un bloc quand on tire dessus, et il n’y a plus rien à faire.
La deuxième cause est l’excès d’attention. Un cyclamen qu’on arrose tous les deux jours par principe est un cyclamen condamné. Ces plantes ont un tubercule qui stocke l’eau, elles préfèrent nettement un léger déficit à un excès. J’arrose quand le substrat est sec sur trois centimètres, ce qui donne environ une fois par semaine en automne et une fois toutes les deux à trois semaines en plein hiver.
Arroser par le bas, la règle qui change tout
La bonne méthode consiste à poser le pot dans une bassine d’eau sur trois centimètres de hauteur, à le laisser boire vingt minutes, puis à le sortir et à le laisser s’égoutter complètement avant de le remettre en place. Le substrat s’humidifie uniformément par capillarité et pas une goutte ne touche le cœur de la plante.
Si vous préférez arroser par le dessus, ce qui est plus commode sur un balcon en hiver, versez lentement au bord du pot, contre la paroi, en écartant le feuillage d’une main. Ne mouillez jamais le centre de la touffe, ne vaporisez pas le feuillage, et videz systématiquement la soucoupe un quart d’heure après. C’est fastidieux la première fois, cela devient un réflexe.
La fleur fanée se tord, elle ne se coupe pas
Voici le petit geste qui distingue un pot soigné d’un pot négligé, et qui a un vrai effet sanitaire. Quand une fleur se fane, ne coupez pas la tige au ciseau : le morceau de pédoncule restant pourrit sur le tubercule et propage la pourriture aux tiges voisines. Suivez la tige jusqu’à sa base, saisissez-la entre le pouce et l’index, donnez un demi-tour de torsion et tirez d’un coup sec.
Elle se détache net au ras du tubercule, avec un petit claquement. Faites de même avec les feuilles jaunies. Sur un pot bien suivi, ce nettoyage prend trente secondes deux fois par semaine et prolonge la floraison de plusieurs semaines, parce que la plante cesse de fabriquer des graines et continue à produire des boutons.
Substrat et profondeur de plantation
La profondeur d’enterrement du tubercule diffère selon les espèces, et se tromper coûte une saison entière. Le cyclamen des fleuristes se plante avec le tiers supérieur du tubercule visible, hors du substrat : enterré complètement, il pourrit. Le cyclamen de Naples et le coum, à l’inverse, se plantent recouverts de trois à cinq centimètres de terre, ce qui les protège du gel et leur permet de développer leurs racines sur le dessus du tubercule, comme ils le font en nature.
Pour le mélange, je pars sur moitié terreau, un quart de terreau de feuilles ou de compost mûr, un quart de sable grossier ou de pouzzolane fine. Les cyclamens détestent les substrats tourbeux qui restent froids et humides. Un pot large et peu profond leur convient mieux qu’un pot étroit et haut, puisque leurs racines s’étalent.
Composer un pot qui fleurit de septembre à mars
Voici l’association que je refais tous les ans dans une vasque de quarante centimètres, sans jamais de trou de floraison.
- 3 Cyclamen hederifolium, qui fleurissent de septembre à novembre puis gardent leur feuillage marbré
- 3 Cyclamen coum, qui prennent le relais de janvier à mars
- une dizaine de perce-neige plantés entre les tubercules en octobre
- un fond de mousse ou de fines écorces en surface, pour éviter les éclaboussures de terre sur les fleurs
Ce qu’ils font en été
Les cyclamens ont une saison de repos qui déroute quand on ne la connaît pas. En mai ou juin, le feuillage jaunit puis disparaît complètement : la plante n’est pas morte, elle entre en dormance et se contente de son tubercule. Ne jetez surtout pas le pot, et surtout n’arrosez plus.
Placez la vasque à l’ombre sèche, contre un mur nord, et oubliez-la jusqu’à la fin août. Un cyclamen de Naples arrosé pendant sa dormance pourrit à coup sûr. À la fin de l’été, une pluie ou un premier arrosage léger relance le cycle et les boutons sortent de terre nus, sans feuilles, en une dizaine de jours. Les tubercules grossissent d’année en année et peuvent atteindre la taille d’une assiette après quinze ans.
Deux précautions à connaître
Les cyclamens se ressèment spontanément avec une belle générosité. Après la floraison, la tige s’enroule en spirale et dépose la capsule de graines au sol, où les fourmis les dispersent. Laissez faire : au bout de trois ans, une vasque se peuple toute seule de jeunes plants, et c’est la manière la moins chère d’obtenir une belle colonie.
Dernier point, à ne pas prendre à la légère : toutes les parties du cyclamen, et particulièrement le tubercule, sont toxiques en cas d’ingestion. Ce n’est pas une plante à cuisiner ni à mettre à portée d’un jeune enfant ou d’un animal qui mordille tout. Lavez-vous les mains après avoir manipulé les tubercules à la plantation, comme pour n’importe quel bulbe.
Le conseil de Sophie. Achetez vos cyclamens botaniques en septembre, en fleurs, chez un pépiniériste : c’est le seul moment où vous verrez la couleur exacte, et le seul moyen d’être certain de ne pas repartir avec un persicum déguisé.

