Avant les premières gelées : les 4 plantes à rentrer ce week-end

Avant les premières gelées : les 4 plantes à rentrer ce week-end

Chaque automne, la même scène : on annonce moins un degré pour la nuit de dimanche, et je me retrouve à vingt-deux heures à transporter des pots à la lampe frontale, sous la pluie. Depuis trois ans, je fais l’inverse. Je rentre tout un week-end à l’avance, tranquillement, en plein jour, et je dors mieux.

Le vrai signal, ce n’est pas une date du calendrier

En Anjou, la première gelée blanche tombe le plus souvent entre le 5 et le 20 novembre, mais j’ai déjà vu moins deux degrés le 22 octobre. Se fier à une date fixe, c’est jouer à pile ou face avec des plantes qu’on garde depuis cinq ans. Le bon repère, c’est la température des nuits.

Voici mes seuils, et ils ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Dès que les nuits passent sous dix degrés, je rentre les plus frileuses. Sous cinq degrés, je rentre les moyennement rustiques. Les plus solides peuvent attendre l’annonce d’une vraie gelée, mais pas une heure de plus.

Les pélargoniums, à condition de les tailler

Ce qu’on appelle géraniums de balcon sont des pélargoniums, et ils ne meurent pas l’hiver : ils meurent de gel et de pourriture. Un pied bien conservé repart au printemps deux fois plus fort qu’un plant neuf, et il n’y a aucune raison d’en racheter tous les ans. Rentrez-les avant les cinq degrés.

La taille n’est pas facultative. Je rabats de moitié, je supprime toutes les feuilles jaunes et les fleurs fanées, et je réduis le volume de la motte si le pot est trop lourd. Ensuite, pièce claire entre cinq et douze degrés, et un arrosage toutes les deux à trois semaines seulement, juste pour que les tiges ne se ratatinent pas.

Le dipladenia, le plus frileux des quatre

Celui-là ne pardonne rien. En dessous de dix ou douze degrés il cesse de pousser, en dessous de huit ses feuilles jaunissent et tombent, et une seule nuit à zéro l’achève. C’est donc le premier que je rentre, souvent dès la mi-octobre, avant même que les nuits ne descendent vraiment.

Il lui faut la pièce la plus lumineuse possible, entre douze et quinze degrés, et beaucoup moins d’eau qu’en été : un arrosage tous les dix jours suffit largement. Il perdra une partie de ses feuilles, c’est normal, ne le jetez pas. Taillez d’un tiers en février et il repartira dès que les jours rallongeront.

L’agrume, qui a besoin de froid mais pas de gel

C’est l’erreur la plus fréquente : on rentre le citronnier dans le salon, il perd toutes ses feuilles en trois semaines et on ne comprend pas. Un agrume a besoin d’une période fraîche pour se reposer et fleurir ensuite. Entre trois et douze degrés, avec beaucoup de lumière, il passe l’hiver sans broncher.

Une véranda non chauffée, un garage avec fenêtre, une cage d’escalier claire : voilà ce qu’il cherche. À vingt degrés et dans l’air sec du chauffage, il s’épuise et attire les cochenilles. Arrosez seulement quand les trois premiers centimètres sont secs, soit une fois toutes les deux à trois semaines à cette température.

Le laurier-rose, robuste mais pas rustique partout

Un laurier-rose en pleine terre dans le Midi encaisse moins huit degrés. Le même en pot au bord de la Loire souffre bien avant, parce que la motte gèle sur toute son épaisseur alors qu’en pleine terre les racines profondes restent hors gel. Je le rentre donc dès que des gelées durables s’annoncent.

Une réserve importante, et je préfère la dire clairement : toutes les parties de cette plante sont toxiques, feuilles, fleurs, sève et bois. Portez des gants pour la tailler, lavez-vous les mains ensuite, ne brûlez jamais les rognures et tenez les enfants et les animaux à l’écart des chutes de taille. Rien de tout cela ne s’ingère, sous aucune forme.

L’inspection sanitaire avant d’entrer

Ne rentrez jamais un pot sans l’avoir inspecté, sinon vous introduisez chez vous une colonie qui explosera au chaud en trois semaines. Je consacre dix minutes par plante, sur une table, à la lumière du jour. C’est le quart d’heure le plus rentable de tout l’hivernage, et celui qu’on saute toujours.

  • retourner les feuilles une par une : mouches blanches et pucerons se cachent en dessous
  • inspecter les aisselles des tiges à la recherche d’amas cotonneux blancs
  • passer un jet d’eau sur tout le feuillage, puis une pulvérisation de savon noir dilué à deux pour cent
  • retirer deux centimètres de terreau en surface, où se cachent œufs et larves
  • isoler la plante dix à quinze jours à l’écart des autres avant de la ranger définitivement

Où les mettre : le salon est le pire endroit

La pièce à vivre chauffée réunit tout ce qu’une plante en repos déteste : dix-neuf à vingt et un degrés, air sec, et une lumière trois à cinq fois plus faible qu’à l’extérieur. La plante essaie de pousser sans avoir la lumière pour le faire, s’étiole, produit des tiges pâles et devient un buffet à cochenilles.

Cherchez plutôt le local frais et clair : garage avec fenêtre, cave éclairée, cellier, cage d’escalier, véranda non chauffée. Entre cinq et douze degrés, la plante dort réellement, consomme peu et traverse l’hiver sans dommage. Si vous n’avez que le salon, mettez-la le plus près possible d’une fenêtre au sud et acceptez quelques pertes.

Arroser trois fois moins, et rien d’autre

Une plante hivernée à huit degrés consomme environ le quart de ce qu’elle boit en juillet. Continuer d’arroser une fois par semaine, c’est la noyer à petit feu : les racines n’absorbent presque plus et le terreau reste détrempé, ce qui provoque un pourrissement du collet contre lequel on ne peut plus rien.

Ma règle d’hiver tient en une phrase : j’arrose quand la motte est légère et que le terreau est sec sur cinq centimètres, et jamais parce que c’est samedi. Aucun engrais entre novembre et mars, sans exception. Nourrir une plante au repos ne fait que charger le substrat en sels qui brûleront les racines neuves.

Ressortir au printemps sans tout griller

Le piège de sortie est aussi coûteux que celui d’entrée. Un feuillage qui a passé cinq mois derrière une vitre brûle en une seule journée de plein soleil, et les taches blanches sèches ne repartent jamais. L’acclimatation demande dix à quinze jours de patience, pas un beau samedi d’avril.

Je commence par deux ou trois heures à l’ombre, puis j’augmente progressivement, et je rentre chaque soir tant que les nuits sont sous cinq degrés. Les plantes vraiment frileuses ne s’installent définitivement dehors qu’après la mi-mai, une fois passée la période des saints de glace, autour du 11 au 13 mai.

Le conseil de Sophie. Faites votre inspection sanitaire dehors, sur une table, et pas dans le garage. La lumière du jour révèle les cochenilles que vous ne verrez jamais sous une ampoule.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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