Courgettes en pot : la variété non coureuse qui tient dans 40 cm

Courgettes en pot : la variété non coureuse qui tient dans 40 cm

On m’a répété pendant des années qu’une courgette ne tenait pas dans un pot. C’est faux, mais à une condition : prendre un pied qui ne part pas en lianes de deux mètres à travers la terrasse. Depuis quatre saisons, j’en cultive deux en bac contre le mur sud, et je récolte de fin juin à fin septembre. Voici ce qui a marché, et surtout ce qui a raté avant.

Coureuse ou non coureuse, ce que ça change vraiment

Une courgette dite coureuse développe une tige rampante qui s’allonge sans fin, s’enracine parfois aux nœuds, et occupe facilement deux mètres carrés au sol. Sur une plate-bande, c’est très bien : la plante trouve de l’eau partout et se ressource. Sur une terrasse, c’est ingérable, parce que la tige finit par ramper sur le carrelage brûlant, se déshydrate et casse au premier coup de vent.

La courgette non coureuse, qu’on appelle aussi buissonnante, fait exactement la même chose mais en gardant ses entre-nœuds très courts. Le résultat est un pied compact, en couronne, d’environ 70 à 90 cm d’envergure, avec toutes les feuilles qui partent d’un point central. Les fruits se forment au cœur du buisson, à portée de main. C’est le seul type que je conseille en contenant, et la différence de confort est énorme.

Les variétés qui tiennent le coup en bac

Méfiez-vous des sachets qui indiquent seulement « courgette verte » : beaucoup de ces lots sont des types semi-coureurs qui démarrent compacts puis s’allongent en août, au moment précis où vous n’avez plus la place. Si la mention « non coureuse » ou « buissonnante » n’apparaît pas sur l’emballage, partez du principe que ça courra. Trois profils fonctionnent bien chez moi, testés côte à côte sur la même terrasse :

  • la Ronde de Nice, qui fait des fruits sphériques récoltés à la taille d’une balle de tennis, sur un port naturellement très ramassé
  • la Verte non coureuse des maraîchers, fruits allongés classiques sur un buisson dense, la plus productive des trois chez moi
  • une courgette jaune buissonnante, un peu moins généreuse mais dont les fruits se repèrent instantanément dans le feuillage, ce qui évite les monstres oubliés une semaine de trop
  • en revanche, j’ai abandonné les variétés dites semi-coureuses, ingérables passé la mi-juillet dans un bac

40 cm de diamètre, oui, mais 40 litres surtout

Le chiffre qui circule partout, c’est le diamètre. En réalité, ce qui compte, c’est le volume de terre disponible et donc la réserve d’eau. Un pot de 40 cm de diamètre sur 40 cm de profondeur contient environ 45 litres, et c’est le minimum honnête pour un pied de courgette qui doit produire trois mois. En dessous de 30 litres, le pied vit, fleurit, puis avorte ses fruits dès la première canicule.

Préférez un contenant plus large que haut si vous devez choisir : les racines de courgette explorent surtout les 30 premiers centimètres. Un bac carré de 45 cm de côté sur 35 cm de haut m’a donné de meilleurs résultats qu’un pot cylindrique étroit et profond de même volume. Et prévoyez de vrais trous de drainage, pas trois piqûres d’aiguille au fond.

Le substrat, ni sable ni tourbe pure

Un terreau de rempotage seul se tasse et sèche trop vite. Le mélange qui me donne le plus de régularité, c’est deux tiers de terreau de bonne qualité, un tiers de compost mûr tamisé, et une poignée généreuse de terre de jardin argileuse si vous en avez. L’argile joue un rôle de tampon : elle retient l’eau et les éléments nutritifs entre deux arrosages.

N’ajoutez pas de billes d’argile au fond en pensant drainer. Cette couche crée au contraire une nappe perchée qui garde l’eau juste au-dessus, là où les racines pourrissent. Remplissez le bac de mélange jusqu’en haut, et posez simplement un morceau de tuile sur le trou pour qu’il ne se bouche pas.

Exposition et vent

La courgette veut du soleil direct, six heures minimum, et de la chaleur. Contre un mur exposé au sud, elle démarre deux à trois semaines plus tôt qu’en pleine terre. En revanche, ce mur renvoie la chaleur le soir, et un pot noir posé sur une dalle sombre peut dépasser 40 °C au niveau des racines en juillet, ce qui bloque la plante net.

La parade est simple : glissez un second pot vide autour du premier, ou calez une planche à l’ouest du bac pour couper le soleil rasant de fin d’après-midi. Le vent, lui, casse les pétioles creux à la base. Si votre balcon est exposé, placez le bac dans un angle plutôt qu’en bord de rambarde.

L’arrosage, le vrai facteur limitant

Un pied adulte en bac de 45 litres boit entre 3 et 5 litres par jour en juillet, parfois davantage. C’est beaucoup, et c’est la raison numéro un des échecs. Arrosez le matin, au pied, lentement, jusqu’à ce que l’eau ressorte par le fond. Un arrosage copieux tous les jours vaut mieux que trois petits, qui n’humidifient que la surface.

Le feuillage qui retombe à 14 h par grosse chaleur n’est pas forcément un signe de soif : la plante ferme ses stomates pour se protéger. Le vrai test, c’est le doigt enfoncé de 5 cm dans le terreau à 8 h du matin. S’il ressort sec, la plante a soif. Si le feuillage est encore couché à 20 h, elle a soif depuis la veille.

Nourrir sans forcer

Une courgette en pot épuise sa réserve nutritive en six à huit semaines. À partir de la première fleur femelle, je donne un apport liquide riche en potasse tous les dix jours environ, en alternance avec un simple arrosage à l’eau claire pour éviter l’accumulation de sels.

Le piège classique, c’est l’excès d’azote. Un engrais trop azoté vous donne des feuilles magnifiques, larges comme des assiettes, et presque pas de fruits. Si vous voyez le pied faire du feuillage sans fructifier, arrêtez tout apport pendant trois semaines et laissez-le rééquilibrer.

Tailler les feuilles, oui, mais lesquelles

La courgette buissonnante n’a pas besoin d’être pincée comme un melon. En revanche, retirer progressivement les feuilles les plus basses, celles qui touchent le terreau et qui jaunissent, aère le cœur du pied et limite l’humidité stagnante. Je coupe au ras du tronc avec un sécateur propre, deux ou trois feuilles par semaine au plus.

Ne dépouillez jamais le pied d’un coup. Les grandes feuilles sont l’usine à sucre de la plante et protègent aussi les fruits des coups de soleil. Un pied taillé à ras produit des courgettes qui se marbrent de blanc et durcissent.

L’oïdium, invité de fin d’été

Vers la mi-août, un feutrage blanc apparaît sur le dessus des feuilles. C’est l’oïdium, et en pot il arrive presque toujours, parce que l’écart entre le jour chaud et la nuit fraîche fait condenser l’humidité sur le feuillage. Ce n’est pas une catastrophe si vous réagissez tôt.

Coupez et jetez les feuilles les plus atteintes, n’arrosez jamais le feuillage, et espacez les pots pour que l’air circule. Les pulvérisations de lait dilué qu’on lit partout n’ont qu’un effet marginal et laissent une odeur désagréable ; l’aération et le retrait des feuilles malades sont bien plus efficaces.

Récolter tôt et souvent

Une courgette se cueille entre 15 et 20 cm, ou à la taille d’une balle de tennis pour les rondes. À ce stade la peau est fine, les graines invisibles, et surtout la plante continue à en fabriquer. Un seul fruit laissé grossir jusqu’à 40 cm envoie à la plante le signal que la reproduction est faite, et la production s’effondre pendant une à deux semaines.

En pleine saison, je passe tous les deux jours, et je coupe au sécateur en laissant 2 cm de pédoncule. Un fruit arraché à la main déchire souvent l’écorce de la tige, et cette plaie est une porte d’entrée pour la pourriture.

Le conseil de Sophie. Mettez une soucoupe large sous le bac uniquement de juillet à août : elle vous fait gagner un arrosage les jours de canicule, mais retirez-la dès septembre, sinon les racines baignent et le pied s’arrête d’un coup.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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