Sur les étiquettes de jardinerie, la mention « quatre saisons » fait rêver : un citronnier qui fleurit et fructifie toute l’année, sur une terrasse française. J’en cultive un depuis sept ans et je peux vous dire ce qu’il tient réellement de sa promesse, et ce qui relève de la formule commerciale. La réalité est intéressante, elle est simplement moins linéaire que le nom ne le laisse croire.
Ce que « quatre saisons » veut dire exactement
Le citronnier des quatre saisons est un Citrus limon remontant, c’est-à-dire capable de fleurir plusieurs fois dans l’année au lieu d’une seule. Chez moi, en Anjou, cela se traduit par trois vagues nettes : une grosse floraison en mars-avril, une deuxième en juin-juillet, une troisième plus modeste en septembre, parfois une quatrième sous véranda en fin d’automne.
Il ne fleurit donc pas en continu, mais par poussées successives. Comme un citron met six à neuf mois à mûrir, ces vagues se chevauchent, et l’arbre porte simultanément des boutons, des fleurs ouvertes, des fruits verts et des fruits jaunes. C’est cette simultanéité qui a donné son nom à la variété, et c’est un vrai spectacle : sur une même branche, vous avez trois stades de la même histoire.
L’avantage réel : de la récolte étalée
Le bénéfice concret n’est pas de récolter plus, c’est de récolter longtemps. Un citronnier classique donne l’essentiel de sa production sur six à huit semaines et vous laisse avec quinze citrons à consommer d’un coup. Le quatre saisons distribue la même quantité sur huit à dix mois, ce qui correspond bien mieux à un usage de cuisine.
Sur mon arbre adulte de sept ans, en pot de quarante-cinq centimètres, je récolte entre vingt-cinq et trente-cinq citrons par an, rarement plus de trois ou quatre à la fois. Certains mois, il n’y a rien de mûr, en général en mai et juin. Le reste du temps, j’ai toujours un ou deux fruits utilisables sur l’arbre. Les fruits sont de calibre moyen, à peau assez fine, très juteux, avec peu de pépins.
Ce que le nom ne promet pas
Il faut couper court à trois malentendus fréquents. Le premier : la remontance ne rend pas l’arbre plus rustique. Le quatre saisons reste un citronnier, l’agrume le plus frileux du genre, qui souffre dès -2 °C et doit être hiverné entre 5 et 12 °C dans une pièce claire. On lit parfois qu’il tiendrait dehors en hiver dans l’ouest de la France : c’est faux, sauf en bord de mer très abrité, et encore.
Le deuxième : il ne fleurit pas davantage au total, il répartit. Le troisième : il n’est pas plus facile. Une plante qui produit toute l’année a des besoins nutritifs supérieurs à une plante qui produit huit semaines. Si vous le nourrissez comme un citronnier ordinaire, il décrochera ses fruits par manque de ressources et vous conclurez à tort que la variété ne vaut rien.
Les besoins spécifiques d’un remontant
Comme il porte des fruits presque en permanence, ce citronnier ne connaît pas vraiment de période creuse pendant la belle saison. Cela change la façon de le nourrir et de l’arroser. Voici ce que j’applique et qui a nettement amélioré ma production :
- engrais agrumes tous les dix à quinze jours de mars à fin septembre, à demi-dose, plutôt qu’une pleine dose mensuelle
- un engrais contenant réellement du magnésium, du fer et du manganèse, faute de quoi le feuillage jaunit entre les nervures
- de l’eau de pluie une fois sur deux si votre eau est calcaire, sinon le fer devient inassimilable
- un arrosage à l’humidité constante, jamais de cycle sec-détrempé, qui fait chuter fleurs et fruits
- un rempotage tous les deux ans au printemps, avec un substrat drainant contenant un tiers de matière grossière
- un éclaircissage manuel les années fastes : je retire un fruit sur trois pour éviter l’épuisement et l’alternance
Le choisir en jardinerie
Méfiez-vous de l’étiquette seule. « Quatre saisons » est parfois apposé à des sujets ordinaires, et il est difficile de vérifier au moment de l’achat. Le meilleur indice reste l’arbre lui-même : s’il porte simultanément des fleurs et des fruits à des stades différents, la remontance est démontrée sous vos yeux.
Vérifiez aussi qu’il est greffé, ce qui se voit au bourrelet à quelques centimètres au-dessus du collet, et regardez le feuillage à contre-jour pour repérer les cochenilles et le piqueté des acariens. Un sujet de trois ans bien conformé, avec trois ou quatre charpentières équilibrées et un tronc net, vaut mieux qu’un grand arbre déséquilibré au feuillage douteux. Prenez plutôt un pot de taille moyenne : le rapport entre le prix et la reprise est bien meilleur.
Les autres remontants, et leurs différences
Le citronnier de Meyer est l’autre grand remontant du rayon, et c’est souvent le meilleur choix pour un débutant. C’est un hybride naturel entre citron et mandarine ou orange : son fruit est plus rond, à peau fine et orangée à maturité, et son jus est nettement moins acide, moins tranchant en cuisine. Il tolère mieux le froid, jusqu’à -4 ou -5 °C sur des sujets établis, et il est plus compact, donc plus adapté à un petit balcon.
Le combava et le calamondin fleurissent également plusieurs fois par an, mais ne remplacent pas un citron en cuisine : l’un pour ses feuilles très aromatiques, l’autre pour de petits fruits acides et amers, décoratifs. Le yuzu, lui, est de loin le plus rustique du groupe, capable d’encaisser -8 à -10 °C une fois installé, mais il fleurit une fois par an et met des années à produire. Aucun de ces quatre n’est interchangeable avec les autres.
L’hivernage, le point qui décide de tout
C’est là que la plupart des quatre saisons se perdent. Parce qu’il porte des fruits en novembre, on hésite à le mettre au frais et on le garde dans une pièce chauffée pour « finir la récolte ». Erreur : à 20 °C et dans un air sec, il fabrique des pousses filantes, s’épuise et défolie souvent en février, fruits compris.
Traitez-le comme n’importe quel citronnier : une pièce claire entre 5 et 12 °C d’octobre à avril, au plus près d’une fenêtre, arrosage réduit à une fois toutes les deux ou trois semaines, aucun engrais pendant cette période. Les fruits déjà formés continueront de mûrir lentement, simplement plus lentement, et vous les cueillerez en février ou en mars. La floraison de printemps qui suivra sera sans commune mesure avec celle d’un arbre hiverné au chaud.
Conduite et taille au fil de l’année
Un arbre qui porte des fleurs presque en permanence pose un problème de taille : à quel moment couper sans sacrifier une floraison. Ma solution est d’intervenir juste après la vague de printemps, en mai, quand les fruits noués sont identifiables et que la vague suivante n’est pas encore formée. Je me contente alors d’aérer le centre, de supprimer le bois mort et de raccourcir les rameaux qui déséquilibrent la silhouette.
Le reste de l’année, je pince simplement les pousses trop vigoureuses à quatre ou cinq feuilles, ce qui favorise la ramification et donc les futurs points de floraison. Les gourmands partant du porte-greffe, sous le point de greffe, se suppriment dès leur apparition, à ras. Je ne taille jamais court en automne : cela relancerait une végétation tendre juste avant l’hivernage, exactement ce qu’il faut éviter.
Le conseil de Sophie. Si vous n’avez de la place que pour un seul agrume et que vous cuisinez, prenez un quatre saisons pour l’étalement de la récolte, et un Meyer si votre hivernage est incertain : c’est lui qui pardonne le plus d’erreurs.

