Chaque année, des milliers de potées de chrysanthèmes finissent dans les bennes des cimetières une fois les fleurs passées. C’est du gâchis pur : la plupart sont des vivaces rustiques qui repartent très bien en pleine terre. J’en ai récupéré quatre chez ma mère en 2018, elles fleurissent encore, et elles font aujourd’hui deux fois la largeur de la potée d’origine.
Un chrysanthème de cimetière est une vivace, pas une annuelle
Ce que l’on achète fin octobre sous le nom de chrysanthème est presque toujours un Chrysanthemum x morifolium, une vivace herbacée qui repart de souche chaque printemps. Elle est cultivée sous serre, avec des jours raccourcis artificiellement pour déclencher la floraison pile pour la Toussaint.
Autrement dit, la potée n’est pas en fin de vie : elle est en pleine forme, simplement décalée dans son calendrier. Une fois les fleurs fanées, la souche a encore trois à quatre semaines de racines actives devant elle si le sol n’est pas gelé. C’est précisément cette fenêtre qu’il faut utiliser.
Toutes ne se valent pas
Les pomponnettes, les petites fleurs simples et les variétés dites de jardin reprennent presque à coup sûr : rusticité autour de -15 °C, port trapu, tiges fermes. Ce sont celles qui coûtent le moins cher, ce qui ne manque pas d’ironie.
Les grosses boules à fleurs de 10 cm, les variétés dites japonaises et tout ce qui a été fortement nanifié par des retardateurs de croissance reprennent moins bien. Elles repartent souvent quand même, mais en donnant une plante beaucoup plus haute et plus lâche que la potée d’origine, avec des fleurs plus petites. Ce n’est pas un échec : c’est leur vraie silhouette.
Le vrai ennemi n’est pas le gel, c’est l’eau
On perd rarement un chrysanthème par -12 °C. On le perd en février, dans une terre lourde qui n’a pas séché depuis Noël, quand le collet pourrit et que la souche se détache toute seule quand on tire dessus.
Choisissez donc l’endroit le mieux drainé du jardin, quitte à ce qu’il soit moins bien placé esthétiquement. Une bordure au pied d’un mur au sud, un talus, une plate-bande surélevée de 15 cm : tout ce qui évacue l’eau vaut mieux qu’un massif riche mais froid. En terre argileuse, incorporez deux poignées de gravier ou de sable grossier dans le trou.
Replanter en novembre ou attendre le printemps ?
Si votre sol est léger et que les fleurs sont passées avant la mi-novembre, plantez tout de suite. Les racines s’installeront doucement avant les vrais froids et la plante démarrera très fort au printemps suivant.
Si votre terre est lourde, ou si l’on est déjà en décembre, gardez plutôt la potée dehors contre un mur abrité, à peine arrosée, et plantez en mars quand la terre se réchauffe. Une souche stockée au sec passe l’hiver sans difficulté ; une souche plantée dans la boue en décembre, beaucoup moins souvent.
La plantation, pas à pas
Le geste est simple, mais deux détails changent tout le résultat : la profondeur du collet et l’espace que vous laissez autour de la touffe.
- sortez la motte et démêlez les racines du fond, souvent enroulées
- espacez de 40 à 50 cm, une souche adulte occupe vite 60 cm de large
- placez le collet exactement au niveau du sol, jamais enterré
- arrosez une fois copieusement, puis plus rien jusqu’au printemps
- paillez de 5 cm autour, sans recouvrir le centre de la touffe
Rabattre, et à quelle hauteur
Coupez les tiges à 10 ou 15 cm du sol une fois les fleurs fanées, jamais au ras. Ce chicot protège le cœur de la touffe et vous permet de repérer l’emplacement en février, quand il n’y a plus rien à voir en surface.
Ne rabattez pas trop tôt non plus : tant que le feuillage est vert, il alimente encore la souche. J’attends que les tiges brunissent d’elles-mêmes, généralement fin novembre chez moi. En région froide, beaucoup de jardiniers laissent même les tiges entières jusqu’en mars, où elles retiennent les feuilles mortes et font un paillage naturel.
Le pincement de mai, l’étape que tout le monde saute
C’est le geste qui sépare une touffe ronde et fournie d’une plante haute et dégingandée qui se couche à la première pluie d’octobre. Quand les pousses atteignent 20 cm, généralement à la mi-mai, pincez l’extrémité de chacune entre deux ongles.
Recommencez une seconde fois vers la mi-juin, mais jamais après le 5 juillet : au-delà, vous supprimeriez les boutons de la Toussaint. Deux pincements donnent une plante deux fois plus ramifiée, plus basse d’un tiers, et nettement plus fleurie. C’est exactement ce que font les producteurs, sans les retardateurs chimiques.
Arrosage et nourriture de la deuxième année
Un chrysanthème installé demande peu de choses : un arrosage copieux par semaine en juillet et août s’il ne pleut pas, rien le reste du temps. Il supporte mal les sols détrempés en permanence, mais un coup de sec en août fait avorter les boutons.
Côté nourriture, une poignée de compost mûr au pied en mars suffit largement. Évitez les engrais riches en azote après juin : ils fabriquent du feuillage tendre, attirent les pucerons et retardent la floraison. Si votre sol est vraiment pauvre, un apport de cendre de bois tamisée en mars, une poignée par pied, rend service.
Diviser tous les trois ans
Au bout de trois ou quatre ans, le centre de la touffe se dégarnit et les fleurs rapetissent. C’est le signal de la division. Sortez la souche à la fourche-bêche en mars, quand les nouvelles pousses font environ 5 cm de haut.
Jetez la partie centrale, ligneuse et épuisée, et gardez les éclats du pourtour, ceux qui portent des racines blanches et des pousses vigoureuses. Replantez-les immédiatement en les arrosant une fois. Un pied donne facilement trois ou quatre nouvelles plantes, ce qui explique pourquoi je n’en ai plus racheté depuis 2018.
Ce qui peut quand même échouer
Deux cas reviennent souvent. Le premier : une potée achetée déjà en pleine floraison le 30 octobre, gardée trois semaines dans une entrée chauffée, puis plantée en décembre. Elle est épuisée et n’a plus le temps de faire des racines avant le froid.
Le second : une variété manifestement peu rustique, plantée en terre froide dans une région à hivers longs. Dans ce cas, l’assurance consiste à prélever trois ou quatre boutures de 8 cm sur les nouvelles pousses en avril et à les mettre dans un pot de terreau sableux, à l’ombre. Elles s’enracinent en trois semaines.
Le conseil de Sophie. Marquez l’emplacement avec un tuteur en novembre : au printemps suivant, on donne toujours un coup de bêche là où il ne fallait surtout pas.

