Mon balcon donne plein sur la terrasse des voisins, à quatre mètres à peine. Pendant deux étés, j’ai déjeuné dehors avec l’impression d’être assise à leur table. Les canisses en plastique ont tenu un hiver avant de partir en lambeaux, et le voile d’ombrage n’a fait que voler la lumière au salon. Ce sont finalement des grimpantes en pot qui ont réglé le problème, mais pas n’importe lesquelles, et pas sans quelques ratés.
Ce qu’une grimpante en pot couvre vraiment en une saison
Autant être honnête sur l’objectif. Entre une mise en place mi-mai et la fin juillet, une bonne annuelle grimpante monte de 2,50 m à 4 m sur un balcon lumineux. Ce n’est pas un mur : c’est un filtre. On distingue encore des silhouettes à travers, surtout à contre-jour le matin. Mais on ne croise plus les regards, et croyez-moi, c’est exactement ce qu’on cherche.
Le paramètre décisif n’est pas la hauteur annoncée sur l’étiquette, c’est la densité du feuillage. Une plante qui grimpe à cinq mètres avec des feuilles espacées de vingt centimètres ne cache rien du tout. Une autre qui plafonne à 2,50 m avec des feuilles larges et serrées cache absolument tout. Depuis, je juge une grimpante à la taille de sa feuille et à la longueur de ses entre-nœuds, pas à sa réputation de vitesse.
Le support se décide avant la plante
J’ai commis l’erreur classique la première année : acheter les plants d’abord, bricoler un support ensuite, à la va-vite, un dimanche de mai. Or le support détermine la forme du brise-vue, donc il se choisit en premier. Un treillis de 1,80 m planté dans le pot et haubané ne couvre qu’une bande étroite. Des ficelles verticales tendues entre la rambarde et un tasseau vissé sous le plafond du balcon couvrent trois fois plus de surface pour trois euros de matériel.
Un détail que personne ne mentionne : les tiges volubiles refusent de s’enrouler autour d’un support trop épais. Au-delà de deux centimètres de diamètre, l’ipomée glisse et retombe lamentablement. Un filet à mailles de dix à quinze centimètres, de la ficelle de chanvre, du fil gainé fin : tout cela fonctionne. Une belle barre ronde de quatre centimètres, non. Et si vous fixez le filet à la rambarde, sachez qu’il fera voile : par vent fort, c’est toute la structure qui encaisse.
Les cinq que je garde après huit étés d’essais
J’ai testé une bonne quinzaine d’espèces sur ce balcon exposé au sud-ouest. Beaucoup ont fait illusion un mois avant de griller, de stagner ou de se couvrir d’acariens. Voici celles qui, chez moi en Anjou, ont réellement couvert avant la fin juillet, année après année :
- l’ipomée pourpre ou tricolore, la plus rapide de toutes, semée sur place à la mi-mai
- le houblon, seul vivace de la liste, qui repart de sa souche et regagne quatre mètres chaque printemps
- le haricot d’Espagne, feuillage dense et fleurs écarlates, à condition d’arroser sérieusement
- la cobée grimpante, la plus couvrante quand l’été reste moyen et un peu humide
- la suzanne-aux-yeux-noirs pour les balcons étroits et les hauteurs limitées à deux mètres
L’ipomée, la plus rapide mais pas la plus fiable
On la sème en place, deux ou trois graines par poquet, quand le terreau atteint 18 °C, soit rarement avant le 10 mai dans l’ouest. Je fais tremper les graines douze heures dans de l’eau tiède, ça avance la levée de trois ou quatre jours. Ensuite, si elle est bien nourrie, elle prend quinze à vingt centimètres par semaine en juin et couvre la moitié du filet à la mi-juillet. Les fleurs s’ouvrent à l’aube et se referment vers midi.
Sa fragilité, c’est la sécheresse de l’air. En plein sud contre un mur clair, les araignées rouges s’y installent en trois semaines de canicule et le feuillage se pique de gris. Je bassine le revers des feuilles au jet fin le soir, ça les tient à distance. Point important : les graines d’ipomée sont toxiques. Elles ne s’ingèrent jamais, sous aucun prétexte, et le sachet ne traîne pas à portée d’un enfant ou d’un chat.
Le houblon, celui qui revient tout seul
C’est ma préférée sur la durée. Le houblon est une vivace herbacée : la partie aérienne meurt entièrement à l’automne, on coupe tout à quinze centimètres du sol en novembre, et la souche repart en avril pour regrimper trois à quatre mètres avant juillet. Aucune plantation à refaire, aucun semis à réussir. Le premier été est moyen, le deuxième est bon, le troisième est spectaculaire.
Deux réserves. Sa souche pousse en rhizomes traçants et remplit un pot de quarante litres en trois ans : je divise à la bêche tous les trois printemps, sinon la plante s’essouffle. Et ses tiges portent de minuscules aspérités crochues qui accrochent la peau ; taillez avec des gants. En revanche, elle encaisse le vent bien mieux que les annuelles, parce que ses tiges sont fibreuses et souples.
Le haricot d’Espagne, le brise-vue qui se mange
Il grimpe à trois mètres, produit un feuillage vraiment opaque et se couvre de fleurs rouge vif que les bourdons adorent. On le sème directement mi-mai, à cinq centimètres de profondeur, cinq ou six graines par pot de quarante litres. C’est probablement la grimpante la plus généreuse en surface couverte par euro dépensé, et sa croissance ne faiblit pas de juin à septembre si l’eau suit.
Deux points de vigilance. Au-dessus de 30 °C, les fleurs coulent et les gousses ne se forment plus, mais le feuillage, lui, continue : pour un brise-vue, ce n’est pas grave. Et si vous récoltez les gousses jeunes, elles se consomment uniquement bien cuites, jamais crues : les haricots crus contiennent des lectines qui provoquent des troubles digestifs sérieux. Une cuisson franche de dix minutes règle la question.
Cobée et suzanne, pour les expositions moyennes
La cobée demande un semis en février ou mars au chaud, sur le rebord intérieur d’une fenêtre, parce qu’elle met six semaines à démarrer. Une fois installée, elle est imbattable : ses vrilles s’accrochent seules au moindre fil, elle atteint quatre mètres et ses grandes clochettes passent du vert au violet. Elle craint le gel et meurt au premier coup dur, mais elle couvre jusqu’en novembre.
La suzanne-aux-yeux-noirs joue dans une autre catégorie : un mètre cinquante à deux mètres, pas davantage. Elle ne remplacera pas une canisse, mais elle habille un angle, une rambarde basse, ou le haut d’un pot suspendu. Surtout, c’est la seule de la liste qui accepte une mi-ombre franche, deux ou trois heures de soleil direct par jour. Sur un balcon nord-est, c’est souvent la seule option crédible.
Le volume de terre décide de tout
Voilà le point sur lequel je ne transige plus : trente à quarante litres de substrat par pied. En dessous, la plante démarre bien en juin puis se bloque à la mi-juillet, exactement au moment où vous avez besoin d’elle. Un pot de quinze litres en plein soleil se dessèche en une demi-journée et concentre les sels d’engrais ; les racines brûlent, les feuilles du bas jaunissent, et c’est fini pour la saison.
Je remplis avec un terreau de rempotage ordinaire additionné d’un quart de compost mûr, et j’oublie le sable, qui alourdit sans rien drainer. Un pot de quarante litres pèse environ trente-cinq kilos une fois gorgé d’eau : posez-le au sol contre un mur porteur, jamais sur une console fixée à la rambarde. Et prévoyez de le déplacer plein, ou mettez-le sur un chariot à roulettes dès le départ.
L’arrosage, la corvée qu’il faut accepter
En juillet, un pot de quarante litres portant trois mètres de feuillage boit quatre à six litres par jour. En épisode de canicule, j’arrose matin et soir, et le soir compte double. Personne n’aime lire ça, mais c’est la vérité : sans cet engagement, tout ce qui précède ne sert à rien. Une grimpante qui a soif trois jours d’affilée perd son tiers inférieur, et ce feuillage-là ne repousse pas.
Deux choses m’ont sauvée. D’abord un paillage de cinq centimètres, écorces ou paillettes de lin, qui divise l’évaporation de surface par deux. Ensuite un goutte-à-goutte tout simple relié au robinet de la cuisine par un programmateur à pile, réglé sur deux passages quotidiens de dix minutes. Comptez une trentaine d’euros et une heure de montage, et vous partez en vacances sans angoisse.
Ce qui ne marche pas, malgré ce qu’on lit partout
Le bambou en pot est le grand mensonge du brise-vue de balcon. Il fait illusion la première année, puis se dégarnit du bas, grille ses feuilles au vent sec et finit en touffe rousse au bout de trois étés, sauf arrosage quasi quotidien et rempotage tous les deux ans. Ce n’est pas impossible, c’est simplement beaucoup plus de travail qu’un semis d’ipomée, pour un résultat moins dense en hauteur d’yeux.
Le lierre et le jasmin étoilé sont d’excellentes plantes, mais pas pour un résultat en un été. Le lierre suit un rythme bien connu des jardiniers : il dort la première année, rampe la deuxième, grimpe la troisième. Le jasmin étoilé prend quarante à soixante centimètres par an en pot. Si vous acceptez d’attendre trois saisons, plantez-les ; si vous voulez manger tranquille cet été, semez des annuelles et plantez le lierre à côté, pour plus tard.
Vent, poids et bon voisinage
Un brise-vue végétal, c’est une voile. J’ai vu un treillis de deux mètres couvert d’ipomées arracher ses fixations lors d’un coup de vent d’octobre. Vérifiez vos points d’ancrage en septembre, avant les tempêtes d’équinoxe, et prévoyez de pouvoir démonter ou coucher le support. Rien ne se suspend au-dessus du vide, ni pot ni jardinière : un règlement de copropriété l’interdit presque toujours, et le bon sens encore plus.
Pensez aussi au voisin du dessous. Une jardinière en façade extérieure qui s’égoutte, ce sont des traces sur sa rambarde tout l’été et une discussion désagréable en septembre. Je place mes pots à l’intérieur du balcon, sur des soucoupes larges que je vide, et j’arrose lentement en deux fois plutôt qu’en un seul jet qui ressort aussitôt par le fond.
Le conseil de Sophie. Semez votre ipomée dans le pot définitif, jamais en godet : elle déteste être transplantée et vous perdrez les deux semaines d’avance que vous cherchiez justement à gagner.

