Chaque année, en septembre, je fais le tour du jardin avec une caisse de pots de yaourt vides et un sécateur. Trois mois plus tard, une partie de mes cadeaux de Noël sont faits : une plante enracinée, un pot en terre et une étiquette manuscrite. Cela ne coûte presque rien, cela fait toujours plaisir, et c’est un très bon prétexte pour apprendre le bouturage sur des espèces qui pardonnent.
Le bon calendrier pour viser décembre
La plupart des boutures herbacées et semi-ligneuses mettent trois à six semaines à émettre des racines, puis deux à quatre semaines supplémentaires pour former une motte présentable. En partant début septembre, vous avez de la marge ; en partant fin octobre, vous offrirez des godets à peine racinés qui n’auront pas fière allure.
Les plantes d’intérieur peuvent se bouturer plus tard, jusqu’en octobre, parce qu’elles profitent de la chaleur de la maison. Les vivaces et arbustes de jardin, eux, ralentissent nettement dès que les nuits passent sous dix degrés. C’est pourquoi je fais toujours les extérieures d’abord et les intérieures ensuite.
Préparer les pots de yaourt
Un pot de yaourt standard fait sept à huit centimètres de haut, ce qui est exactement ce qu’il faut pour démarrer une bouture. Lavez-les à l’eau chaude savonneuse, sans laisser de résidu sucré qui attirerait moisissures et moucherons, puis percez trois ou quatre trous au fond avec une vrille ou la pointe d’un tournevis chauffée.
Ce drainage n’est pas facultatif : sans lui, l’eau stagne dans le fond du pot et la base de la bouture pourrit avant même d’avoir émis la moindre racine. Prévoyez également un plateau ou une barquette pour poser l’ensemble, ce qui simplifie beaucoup les arrosages et les déplacements.
Le substrat, volontairement pauvre
Une bouture n’a pas de racines, donc pas de quoi absorber des éléments nutritifs, et un terreau riche ne lui sert à rien. Pire, il retient trop d’eau et favorise les pourritures. Le mélange à retenir est moitié terreau de semis, moitié sable grossier ou perlite, sans aucun engrais.
Humidifiez le mélange avant de remplir les pots, jusqu’à ce qu’une poignée pressée ne rende que deux ou trois gouttes. Tassez légèrement, faites un trou au crayon avant d’insérer la tige : enfoncer la bouture en force écorche la base et compromet la cicatrisation.
Les espèces qui réussissent presque à tous les coups
Voici celles que je bouture régulièrement pour offrir, classées par difficulté croissante. Les premières racinent en deux à trois semaines sans matériel particulier.
- Très faciles : pélargonium, misère, pothos, philodendron scandens, plectranthus, chlorophytum par les stolons, coleus, impatiens.
- Faciles : fuchsia, bégonia, sedum, crassula, kalanchoé, aeonium, ficus pumila.
- Un peu plus lentes : romarin, sauge officinale, lavande, laurier-sauce, hortensia bouturé en août, buis, camélia.
Cela fait une bonne vingtaine de possibilités, et vous n’avez pas besoin de toutes les tenter. Choisissez trois ou quatre espèces dont vous possédez déjà de beaux pieds, et faites-en cinq ou six exemplaires chacune : il y aura des pertes, et mieux vaut avoir de la réserve que de compter juste.
Prélever la bouture correctement
Prenez une tige de l’année, ni trop tendre ni complètement lignifiée, longue de huit à douze centimètres, sur un pied sain et bien hydraté. Coupez juste sous un nœud, à l’endroit où une feuille s’insère : c’est là que se trouve la plus forte concentration de cellules capables de se transformer en racines. Utilisez une lame propre et vraiment coupante.
Retirez ensuite les feuilles du bas sur les deux tiers de la tige, et n’en gardez que deux ou trois au sommet. Si ces feuilles sont grandes, comme chez l’hortensia, coupez-les en deux en travers : la bouture ne peut pas absorber d’eau et perd tout par transpiration, il faut donc limiter la surface. Ne supprimez jamais toutes les feuilles, la photosynthèse reste nécessaire.
L’hormone de bouturage et l’eau de saule
Les hormones de bouturage du commerce, à base d’auxines de synthèse, fonctionnent réellement et accélèrent l’enracinement des espèces récalcitrantes comme le laurier ou le camélia. Pour un pélargonium ou un pothos, elles ne servent à rien : ces plantes racinent seules en dix jours.
L’eau de saule, elle, mérite une réponse honnête. Les rameaux de saule contiennent des composés salicylés et un peu d’auxine, et les macérations maison ont un effet réel mais faible et surtout très variable selon la concentration et la saison. Ce n’est pas de la superstition, mais ce n’est pas non plus un produit fiable : ne comptez pas dessus pour sauver une bouture difficile.
La mini-serre, utile sauf pour les grasses
Pour les boutures feuillues, l’enjeu est de maintenir une hygrométrie élevée le temps que les racines apparaissent. Un simple sac de congélation transparent posé sur le pot et maintenu par un élastique fait un excellent couvercle, à condition de le soutenir avec deux petits tuteurs pour qu’il ne touche pas les feuilles.
Aérez dix minutes par jour en soulevant le sac, sinon la condensation et l’air confiné provoquent des moisissures. Pour les succulentes en revanche, faites exactement l’inverse : laissez la coupe sécher deux à trois jours à l’air libre avant de la piquer, sans aucune cloche et avec un arrosage très parcimonieux, sous peine de pourriture certaine.
Où les installer et comment les suivre
Lumière vive sans soleil direct, température entre dix-huit et vingt-deux degrés, à l’abri des courants d’air. Un rebord de fenêtre à l’est convient parfaitement. La chaleur du bas favorise l’enracinement, donc si vous avez un endroit tiède, une étagère au-dessus d’un radiateur avec un carton isolant, profitez-en.
L’arrosage se fait à la brumisation ou par le dessous, dans le plateau, pour ne pas déchausser les tiges. Le substrat doit rester frais, jamais détrempé. Résistez à l’envie de tirer sur la bouture toutes les semaines : attendez trois semaines, puis exercez une très légère traction. Une résistance nette signifie que les racines sont là.
Préparer le cadeau
Une fois enracinée, rempotez dans un pot de dix à douze centimètres avec un terreau ordinaire, et laissez la plante s’installer deux à trois semaines avant de l’offrir. C’est à ce moment qu’elle prend de l’ampleur et cesse de ressembler à un bâton planté dans du sable.
Le pot de yaourt n’a jamais fait un joli cadeau : transvasez dans un pot en terre cuite, entourez d’un papier kraft noué de ficelle, et joignez une étiquette avec le nom de la plante, sa provenance et trois lignes d’entretien, arrosage et exposition. C’est ce petit mot qui transforme une bouture en cadeau, et qui évite qu’elle ne meure en janvier faute de savoir quoi en faire.
Le conseil de Sophie. Bouturez toujours deux fois plus que le nombre de cadeaux prévus : les pertes tournent autour de trois sur dix même sur les espèces faciles, et le surplus fait de très bons dépannages de dernière minute.

