Bouturer un figuier : une branche dans la terre en mars, un arbre en un an

Bouturer un figuier : une branche dans la terre en mars, un arbre en un an

Le figuier est l’arbre le plus facile à multiplier que je connaisse, et de loin. Une branche coupée en mars, plantée dans un pot de sable et de terreau, et vous avez un arbre d’un mètre à l’automne suivant. J’ai offert six figuiers l’an dernier, tous issus d’un seul sujet et d’une heure de travail un dimanche de février.

Le bon moment : février-mars, avant le débourrement

La bouture de bois sec se prélève en fin d’hiver, quand l’arbre dort encore mais que le froid intense est passé. Entre la mi-février et la fin mars selon les régions, avant que les bourgeons ne gonflent. Le rameau contient alors toutes ses réserves et n’a pas de feuilles à alimenter, ce qui lui laisse le temps de fabriquer des racines.

Prélevée trop tôt, en décembre, la bouture attend des semaines dans un substrat froid et finit souvent par moisir. Prélevée trop tard, en avril, elle débourre avant d’avoir enraciné et s’épuise. Si vous devez tailler votre figuier de toute façon, faites-le à ce moment-là et gardez les plus beaux rameaux : c’est deux opérations en une.

Choisir la bonne branche

Prenez un rameau d’un an, celui qui a poussé la saison précédente : écorce lisse, gris clair, bourgeons bien formés, grosseur d’un crayon à papier ou d’un doigt d’enfant, entre huit et quinze millimètres. Le bois plus vieux, crevassé, s’enracine mal. Le bois trop jeune et trop fin, lui, sèche avant d’avoir produit la moindre racine.

Évitez les gourmands, ces pousses verticales très longues, très vertes et à long entre-nœuds, qui partent du pied ou du tronc : ils s’enracinent correctement mais donnent des arbres qui mettent plus longtemps à fructifier. Préférez un rameau prélevé dans la partie productive de la couronne, bien exposée, sur un arbre dont vous avez goûté les figues.

Préparer la bouture

Coupez des tronçons de vingt à vingt-cinq centimètres portant trois à quatre bourgeons. Faites la coupe du bas droite, juste sous un nœud, là où se concentrent les tissus qui produisent les racines. Faites la coupe du haut en biais, un centimètre au-dessus du dernier bourgeon : l’inclinaison évacue l’eau de pluie et vous rappelle le sens, facile à confondre une fois planté.

Utilisez un sécateur propre et bien affûté, et travaillez à l’ombre. Le latex qui perle aux coupes est irritant pour la peau, surtout suivi d’une exposition au soleil : mettez des gants et rincez si vous en recevez. Inutile d’employer une hormone de bouturage, le figuier n’en a aucun besoin, contrairement à beaucoup d’arbustes.

Le substrat : drainant avant tout

Le principal ennemi de la bouture est la pourriture, pas la sécheresse. Un mélange à parts égales de sable grossier de rivière et de terreau, ou de perlite et de terreau, retient assez d’humidité tout en laissant circuler l’air. Fuyez la terre de jardin pure, qui se compacte, et le terreau seul, qui reste détrempé trois semaines.

Un pot de deux litres accueille trois boutures, un pot de cinq litres en accueille six, ce qui simplifie l’arrosage et fait des économies de place. Percez largement le fond. Le substrat doit rester humide comme une éponge essorée : trop d’eau et la base noircit, pas assez et le rameau se ride sans jamais démarrer.

Planter et laisser tranquille

Enfoncez les deux tiers du rameau dans le substrat, en ne laissant dépasser qu’un ou deux bourgeons. Tassez fermement autour avec les doigts pour supprimer les poches d’air, arrosez une fois abondamment, et ne touchez plus à rien. Une bouture qu’on déterre tous les quinze jours pour vérifier ne s’enracinera jamais, c’est mathématique.

Placez le pot dans un endroit lumineux mais sans soleil direct brûlant : un rebord de fenêtre à l’est, une véranda fraîche, un châssis. La température idéale tourne autour de dix-huit à vingt-deux degrés au niveau des racines. Un tapis chauffant ou le dessus d’un réfrigérateur accélèrent nettement les choses, sans être indispensables.

Le piège des feuilles qui sortent avant les racines

C’est l’erreur classique, et j’y suis tombée deux fois. Au bout de trois semaines, la bouture déploie deux belles feuilles vertes. On se réjouit, on la sort au soleil, on la rempote. Elle fane en quarante-huit heures. Ces feuilles ne prouvent rien : elles poussent sur les réserves du rameau, sans la moindre racine en dessous.

Les vraies racines apparaissent en général après les feuilles, entre six et dix semaines. Le signal fiable n’est pas le feuillage, mais une nouvelle pousse qui continue de s’allonger au-delà de dix centimètres, ou l’apparition de racines blanches aux trous de drainage. Tant que vous ne voyez pas cela, ne changez rien et n’exposez pas au plein soleil.

Le rempotage progressif de la première année

Une fois l’enracinement confirmé, vers mai, rempotez chaque bouture séparément dans un pot de trois litres, avec un mélange plus classique : terre, terreau, un peu de sable. Manipulez la motte entière sans déranger les jeunes racines, très cassantes à ce stade. Sortez la plante à l’extérieur progressivement, d’abord à mi-ombre pendant une semaine.

En septembre, passez au pot de dix litres, et l’hiver suivant à quinze ou vingt litres. Un jeune figuier bien conduit atteint sans peine quatre-vingts centimètres à un mètre en une saison. La première année, n’apportez presque pas d’engrais : c’est le système racinaire qu’il faut construire, pas le feuillage.

Les autres méthodes, quand la bouture échoue

Si le bouturage vous rate ou si vous voulez aller plus vite, deux techniques donnent d’excellents résultats. Le figuier drageonne aussi spontanément au pied des sujets âgés, et un rejet prélevé avec ses racines en mars est un arbre tout fait, gratuit et immédiat. Demandez toujours l’autorisation avant de prélever chez quelqu’un.

  • Le marcottage aérien : en mai-juin, entaillez une branche sur deux centimètres, entourez de mousse humide et d’un plastique opaque, et sevrez en septembre quand les racines emplissent la boule.
  • La bouture herbacée : en juin, un rameau vert de quinze centimètres, deux feuilles conservées et coupées en deux, sous un sac plastique translucide et à l’ombre.

Ce que ça donne au bout d’un an, et ce qu’il faut refuser

Un plant issu de bouture est un clone exact du pied d’origine : mêmes figues, même précocité, même rusticité. C’est tout l’intérêt, et c’est aussi pourquoi il ne faut jamais semer de pépins de figue. Les semis donnent des arbres imprévisibles, souvent des sujets qui ne fructifieront jamais correctement sous notre climat.

Comptez sept boutures pour cinq reprises, le taux d’échec reste normal même chez les habitués. Dernière chose : votre jeune arbre tentera peut-être de fructifier dès la première ou la deuxième année. Retirez ces figues à la main. Deux récoltes sacrifiées valent un arbre solide qui produira ensuite pendant vingt ans sans faiblir.

Le conseil de Sophie. Prélevez vos boutures sur un arbre dont vous avez goûté les figues et vu la date de maturité : un figuier magnifique dont les fruits ne mûrissent jamais chez vous donnera exactement le même défaut, multiplié par six.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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