Bégonias tubéreux : sortez les tubercules avant l'hiver, replantez-les en mars gratuitement

Bégonias tubéreux : sortez les tubercules avant l’hiver, replantez-les en mars gratuitement

Chaque automne je vois des bégonias tubéreux magnifiques finir à la poubelle avec le terreau de la jardinière. C’est du gâchis : le tubercule est vivant, il grossit chaque année, et un pied de cinq ans fleurit deux fois plus qu’un pied acheté neuf. L’opération demande vingt minutes en octobre et vingt minutes en mars.

Reconnaître un bégonia tubéreux

Toutes les variétés vendues ne se conservent pas, et c’est le premier point à vérifier. Le bégonia tubéreux se reconnaît à ses grandes fleurs doubles, souvent de six à douze centimètres, et surtout à sa base renflée : si vous dégagez le collet du terreau, vous voyez un disque brun aplati, creux sur le dessus, de trois à six centimètres.

Le bégonia semperflorens, celui aux petites fleurs simples et au feuillage vernissé qu’on trouve en barquettes de dix, n’a pas de tubercule. Il se cultive en annuelle et se jette. Le bégonia retombant, à tiges pendantes et fleurs abondantes, est bien tubéreux et se conserve exactement comme les autres.

Quand sortir les tubercules

Le bon signal n’est pas une date mais l’état du feuillage. J’attends la première gelée légère qui noircit les feuilles, généralement entre le 20 octobre et le 10 novembre chez moi. Ce coup de froid superficiel n’endommage pas le tubercule enterré et il déclenche la mise en dormance, ce qui améliore nettement la conservation.

Si vous craignez un coup de froid brutal, ou si vos bacs sont exposés, arrêtez simplement l’arrosage à partir de la mi-septembre et rentrez les pots dans un local hors gel quinze jours avant de sortir les tubercules. Le feuillage jaunira de lui-même, ce qui revient au même.

L’arrachage, geste par geste

Renversez le pot ou creusez à la fourche-bêche en restant à quinze centimètres du pied, pour ne pas entailler le tubercule. Dégagez la motte à la main, sans tirer sur les tiges qui casseraient au ras du collet et ouvriraient une plaie.

Coupez ensuite les tiges à cinq centimètres au-dessus du tubercule, jamais au ras. Cette portion de tige sèche naturellement dans les semaines qui suivent et se détache seule ; la couper trop court laisse une blessure ouverte sur le point le plus sensible. Secouez la terre sans laver : l’eau favorise les pourritures pendant le séchage.

Le séchage, l’étape que tout le monde bâcle

C’est ici que se joue la réussite ou l’échec de l’hivernage. Le tubercule doit perdre son humidité de surface avant d’être stocké, sinon il moisira dans sa boîte en janvier. Je les étale sur une cagette, en une seule couche, sans qu’ils se touchent.

Je les laisse deux à trois semaines dans un local sec et aéré, entre quinze et dix-huit degrés, hors soleil direct : un garage, une buanderie, une pièce non chauffée conviennent parfaitement. À la fin, la peau doit être sèche et légèrement ridée, et les restes de tiges se détachent d’un coup d’ongle. Retirez alors la terre restante à la brosse douce.

Où et comment les stocker

Le stockage demande trois conditions simples : le froid sans gel, l’obscurité et la sécheresse. Pensez aussi à étiqueter au crayon la couleur et le port de chaque tubercule, dressé ou retombant, car en mars six tubercules bruns se ressemblent tous et vous ne saurez plus lesquels installer en suspension. Voici ce que j’utilise et ce que j’évite :

  • une cagette ou une boîte en carton percée de trous, jamais un sac plastique fermé
  • de la sciure sèche, de la fibre de coco ou du terreau très sec comme matière d’enrobage
  • une température entre huit et douze degrés, dans un cellier, un garage ou un cabanon hors gel
  • un contrôle tous les mois, pour retirer immédiatement tout tubercule mou ou taché

Le tri de printemps

En mars, sortez les boîtes et examinez chaque tubercule. Un tubercule sain est ferme sous le pouce, lourd pour sa taille, avec une face creuse portant de petits bourgeons roses ou rouges à peine visibles. Un tubercule spongieux, léger, ou marqué d’une zone brune molle est perdu : jetez-le sans hésiter, il contaminerait les autres.

Une tache sèche et dure, en revanche, n’est pas grave. Grattez-la légèrement au couteau propre et laissez sécher deux jours à l’air avant de planter. J’ai sauvé de cette manière des tubercules qui paraissaient compromis.

Reprise en mars, dans le bon sens

Le sens de plantation est la faute classique. La face creuse, celle qui porte les bourgeons, va vers le haut ; la face bombée et lisse, avec les racines mortes, va vers le bas. Un tubercule planté à l’envers lève quand même, mais avec trois à quatre semaines de retard.

Je démarre vers le 1er mars en godets ou caissettes, tubercule à moitié enterré, sommet affleurant, dans un terreau à peine humide, à dix-huit degrés et à la lumière. Point important : je n’arrose pratiquement pas tant que les pousses ne mesurent pas trois centimètres. C’est l’excès d’eau au démarrage qui fait pourrir la plupart des tubercules, pas le froid.

Multiplier gratuitement en divisant

Un tubercule de plus de six centimètres, âgé de trois ou quatre ans, peut être divisé au moment de la reprise. Attendez que les bourgeons soient visibles, puis coupez au couteau bien aiguisé de façon que chaque fragment porte au moins un bourgeon et une bonne portion de chair.

Laissez sécher les sections à l’air libre deux jours entiers, jusqu’à ce qu’une pellicule se forme sur la coupe, avant de planter. Un tubercule coupé et planté humide pourrit presque à coup sûr. Cette division m’a permis de passer de six pieds achetés à une vingtaine en quatre ans, sans rien dépenser.

Sortir les plants au bon moment

Le bégonia tubéreux est gélif et ne supporte pas non plus les nuits fraîches prolongées. Je sors les potées quand les nuits restent au-dessus de dix degrés, soit vers le 15 mai en Anjou, après une semaine d’acclimatation progressive à l’ombre pour éviter les brûlures foliaires.

Installez-les à mi-ombre ou à l’ombre lumineuse : c’est une des rares plantes à grandes fleurs qui préfère franchement le nord ou l’est au plein soleil, lequel brûle les pétales et jaunit le feuillage. Substrat drainant, arrosage régulier au pied sans mouiller les fleurs, qui marquent dès qu’elles sont humides.

Ce que vous gagnez année après année

Un tubercule grossit d’un à deux centimètres par an dans de bonnes conditions et produit proportionnellement plus de tiges. Un pied de quatre ou cinq ans porte facilement le double de fleurs d’un tubercule du commerce, calibré autour de quatre centimètres.

Le calcul est vite fait : une jardinière de six bégonias représente entre quinze et vingt-cinq euros d’achat chaque printemps, contre quarante minutes de travail réparties sur l’année. En cinq ans, vous avez économisé de quoi refaire tout le balcon, avec des plants plus vigoureux que ceux du magasin.

Le conseil de Sophie. Écrivez la couleur au crayon sur une étiquette glissée dans la boîte dès l’arrachage : en mars, six tubercules bruns identiques ne vous diront absolument rien.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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