Le romarin fait partie des rares plantes que je n’achète plus jamais. Une tige coupée en juin, un verre d’eau sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, et j’ai un plant à donner à l’automne. La méthode marche vraiment, mais elle a des limites que les tutoriels passent sous silence, et il vaut mieux les connaître avant de mettre douze tiges dans un bocal.
Pourquoi juin est le bon mois
En juin, les pousses de printemps ont eu le temps de se raffermir sans être encore devenues du bois dur. On appelle ça une bouture semi-aoûtée : la base de la tige commence à brunir, le haut reste souple et vert. C’est le stade où les tissus contiennent assez de réserves pour tenir plusieurs semaines, et assez de cellules jeunes pour fabriquer des racines.
Une bouture prélevée en avril, entièrement tendre, se ramollit et pourrit en huit jours. Une bouture prélevée en octobre sur du bois dur peut raciner, mais il lui faut trois à quatre mois et un taux de réussite bien plus faible. Entre le 5 juin et le 20 juillet, chez moi, la fenêtre est large et confortable.
Choisir la tige, et éviter celles qui ont fleuri
Prenez des rameaux de l’année, latéraux plutôt que terminaux, sur un pied vigoureux et sain. Une tige qui porte des fleurs ou des restes de fleurs a envoyé toutes ses ressources vers la reproduction : elle racine mal. Écartez aussi les tiges molles, celles qui ont poussé à l’ombre à l’intérieur du buisson, et toutes celles qui présentent des feuilles grises ou tachées.
La longueur idéale tourne autour de 10 à 12 cm. Plus court, la bouture manque de réserves ; plus long, elle transpire trop pour le peu de racines qu’elle va produire. Coupez le matin, quand la plante est turgescente, et mettez immédiatement les tiges dans un sac plastique ou un verre d’eau. Une bouture qui ramollit pendant le trajet jusqu’à la cuisine a déjà perdu la moitié de ses chances.
Préparer la bouture en trois minutes
Le geste est simple, mais chaque détail compte. Voici exactement ce que je fais, dans l’ordre, sur le plan de travail.
- je recoupe la base net, avec une lame propre, juste sous un nœud
- je dégarnis les 5 à 6 cm du bas, en tirant les feuilles vers le bas, sans arracher l’écorce
- je pince l’extrémité si la tige fait plus de 12 cm, pour limiter l’évaporation
- je laisse quatre à six paires de feuilles en haut, pas plus
L’eau : ce que ça donne vraiment
Dans un verre d’eau, sur un rebord de fenêtre lumineux mais sans soleil direct, les premières racines apparaissent en général entre le vingtième et le trentième jour. Il faut changer l’eau tous les deux ou trois jours, sinon elle se charge en bactéries et la base noircit. Un verre transparent est pratique pour surveiller, un verre opaque donne souvent de meilleurs résultats parce que les racines n’aiment pas la lumière.
Maintenant, la nuance que personne ne dit : les racines formées dans l’eau ne sont pas les mêmes que celles formées dans un substrat. Elles sont blanches, cassantes, sans poils absorbants, et elles supportent mal le passage à la terre. Une partie meurt au rempotage et la plante doit en refaire d’autres. C’est pour ça qu’une bouture d’eau qui semblait magnifique peut fondre quinze jours après le rempotage.
La méthode sable-terreau, plus lente et plus sûre
Ma méthode de fond, celle avec laquelle je fais mes plants sérieux, c’est un godet de 8 cm rempli d’un mélange moitié sable de rivière grossier, moitié terreau de semis. On enfonce la bouture de 4 à 5 cm, on tasse fermement autour, on arrose une fois pour faire adhérer le substrat, et on ne touche plus à rien.
Le taux de reprise chez moi tourne autour de sept boutures sur dix, contre cinq sur dix pour l’eau une fois comptées les pertes au rempotage. L’hormone de bouturage n’est pas indispensable sur le romarin, qui racine facilement. Une chose est indispensable en revanche : que le substrat reste juste humide, jamais détrempé. Un brumisateur une fois par jour sur le feuillage vaut mieux qu’un arrosoir sur le godet.
Où poser le verre ou le godet
Il faut de la lumière vive sans soleil direct, et une température autour de 18 à 22 °C. Un rebord de fenêtre au nord ou à l’est convient parfaitement. En plein sud derrière une vitre, la bouture cuit en une après-midi de juillet.
Si vous bouturez en godet, couvrez avec une bouteille plastique coupée pour maintenir l’humidité de l’air, mais retirez le bouchon pour laisser circuler un peu d’air. Aérez cinq minutes chaque jour. Sans cette précaution, la condensation stagne et la pourriture grise s’installe. Le romarin déteste l’air confiné, même à ce stade.
Repiquer au bon moment
Pour une bouture dans l’eau, repiquez dès que les racines atteignent 2 à 3 cm. C’est contre-intuitif, mais c’est le point clé : plus vous attendez, plus les racines aquatiques s’allongent, et plus le choc du passage à la terre est violent. Une bouture avec un chevelu de 10 cm dans un bocal est presque condamnée.
Le premier pot doit être petit, 8 ou 9 cm de diamètre, avec un mélange drainant : deux tiers de terreau, un tiers de sable grossier ou de perlite. Arrosez, placez à l’ombre claire pendant une semaine, puis sortez progressivement à la lumière. Ne mettez pas d’engrais avant six semaines.
Les semaines qui suivent le rempotage
C’est la période à risque. La plante doit fabriquer des racines fonctionnelles avant de pouvoir alimenter son feuillage. Un léger flétrissement dans les trois premiers jours est normal ; un jaunissement progressif du bas signale un excès d’eau, pas un manque. Dans le doute, laissez sécher.
Le signe que tout va bien, c’est l’apparition d’une pousse neuve, vert clair, au sommet de la bouture. Généralement au bout de trois à cinq semaines. À ce moment-là, pincez cette pousse pour forcer la plante à se ramifier depuis la base. Vous obtiendrez une touffe et non une baguette.
Le premier hiver
Une bouture de juin donne un plant en godet de 10 à 12 cm à l’automne, avec un système racinaire encore modeste. Je ne les plante jamais en pleine terre avant le printemps suivant. Je les rassemble dans une caisse contre un mur sud, hors de la pluie battante, sans aucune protection thermique par ailleurs.
Le froid ne les tue pas ; c’est le godet gorgé d’eau qui les tue. Un couvert simple, une plaque translucide posée en biais au-dessus, suffit largement en climat océanique. Plantation en pleine terre en avril, quand le sol se réchauffe, avec la même exigence de drainage que pour un sujet adulte.
Combien en faire, et pour quoi
Comptez toujours large. Si vous voulez trois plants, faites-en huit : c’est le même quart d’heure de travail et la même place sur la fenêtre. Les surplus se donnent très bien, et un romarin en pot de 12 cm avec une étiquette manuscrite fait un cadeau que les gens gardent des années.
C’est aussi le meilleur moyen de sauver un vieux pied fatigué ou mal placé. Avant d’arracher un romarin qui a souffert, prélevez dix boutures sur les rameaux encore verts. Même sur une plante à moitié morte, il reste presque toujours de quoi refaire la suivante.
Le conseil de Sophie. Bouturez le jour où vous taillez : les rameaux que vous alliez jeter au compost sont exactement le matériel dont vous avez besoin, et ils sont frais.

