Bouturer dans l'eau : les 8 plantes les plus faciles

Bouturer dans l’eau : les 8 plantes les plus faciles

Bouturer dans l’eau reste ma façon préférée d’initier quelqu’un à la multiplication : on voit tout, on ne peut pas oublier d’arroser, et un verre sur le rebord de l’évier ne coûte rien. Toutes les plantes d’intérieur ne s’y prêtent pas, loin de là, et j’ai vu beaucoup de gens se décourager avec une tige de sansevieria qui pourrissait tranquillement. Voici les huit qui marchent presque à tous les coups chez moi.

Pourquoi l’eau, et où est sa limite

L’eau offre trois avantages : elle est gratuite, elle rend le processus visible, et elle évite la question du dosage de l’arrosage, qui reste la première cause d’échec en godet. Pour un débutant, voir les premières radicelles blanches apparaître au bout d’une semaine est une motivation qu’aucune méthode en terre ne procure.

La limite est réelle, et il faut la connaître dès le départ. Les racines formées dans l’eau ne sont pas identiques à celles formées en terre : elles sont plus fines, plus fragiles, moins pourvues en poils absorbants. Une partie meurt lors du passage en pot, et la plante doit en refabriquer. C’est pour cela qu’on ne laisse pas une bouture six mois dans son verre.

Le matériel, réduit au minimum

Un verre à moutarde, un bocal de confiture, une carafe ébréchée : n’importe quel contenant transparent d’une contenance de vingt à quarante centilitres fait l’affaire. Le verre transparent laisse voir les racines, ce qui est tout l’intérêt, mais il favorise les algues vertes sur les parois ; je le nettoie à l’eau chaude à chaque changement, sans savon.

L’eau du robinet convient dans la plupart des régions. En Anjou, elle est calcaire et je la laisse reposer une nuit à l’air libre, davantage pour qu’elle atteigne la température de la pièce que pour le chlore. Une eau à 15 °C sortie du robinet en janvier ralentit franchement la formation des racines par rapport à une eau à 20 °C.

Où couper, exactement

Le nœud est le point clé : c’est ce léger renflement d’où part une feuille, et c’est là que se trouvent les cellules capables de se transformer en racines. Une coupe faite au milieu d’un entre-nœud racine beaucoup moins bien. Je coupe donc net, avec une lame propre, cinq millimètres sous un nœud, sur une tige de dix à quinze centimètres.

Ensuite, on retire toutes les feuilles qui se retrouveraient sous la surface de l’eau. Une feuille immergée se décompose en trois ou quatre jours, l’eau devient trouble, et la bouture suit. On garde deux ou trois feuilles en haut, pas davantage : elles fournissent l’énergie, mais chacune consomme de l’eau que la tige ne peut pas encore puiser.

Les huit qui marchent presque à coup sûr

Voici celles que je propose systématiquement à quelqu’un qui commence, avec le délai que j’observe chez moi entre le prélèvement et les premières racines visibles, dans une pièce à 20-22 °C.

  • pothos, cinq à dix jours, le plus rapide et le plus tolérant
  • philodendron scandens, dix à quinze jours
  • misère, ou tradescantia, quatre à sept jours
  • monstera deliciosa, deux à trois semaines
  • syngonium, dix à quinze jours
  • coleus, cinq à huit jours
  • chlorophytum, à partir de ses stolons, une semaine
  • peperomia, deux à trois semaines

Le pothos et le philodendron, les deux incontournables

Ce sont les deux plantes que je bouture en continu depuis dix ans, et je n’ai pratiquement jamais d’échec. Une tige portant trois nœuds, la feuille du bas retirée, plongée sur trois centimètres : les premières racines sortent du nœud immergé en moins de dix jours au printemps, un peu plus lentement en décembre.

Un détail change tout sur ces deux plantes : ne mettez qu’un seul nœud dans l’eau. Beaucoup de gens immergent la moitié de la tige en pensant multiplier les chances, mais les nœuds supérieurs, entre deux eaux, s’abîment et contaminent le reste. Un nœud immergé suffit largement, et la tige reste saine.

La misère, la championne de vitesse

Le tradescantia est la plante la plus gratifiante pour un enfant ou pour quelqu’un de pressé : quatre jours suffisent à voir les premières racines, une semaine à obtenir un bouquet racinaire complet. Ses tiges cassantes se prélèvent à la main, sans outil, et une seule potée fournit une vingtaine de boutures sans souffrir.

Je plante toujours cinq ou six boutures ensemble dans un même godet de neuf centimètres, sinon le résultat fait maigre. Attention à la variété panachée : elle a besoin de nettement plus de lumière que la verte pour conserver ses stries, et une bouture panachée qui racine dans un coin sombre repart souvent en feuillage entièrement vert.

Le monstera, à condition de prendre la racine aérienne

Le monstera se bouture très bien dans l’eau, mais uniquement si le morceau prélevé comporte un nœud et sa racine aérienne, cette tige brune et rigide qui part vers le bas. Un fragment de tige sans nœud, même avec une belle feuille, ne racinera jamais : il verdira quelques semaines dans son verre puis jaunira sans rien produire.

Comptez deux à trois semaines pour les premières racines, six à huit semaines pour un système suffisant. La grande feuille doit rester hors de l’eau, et le bocal doit être assez lourd ou assez large pour ne pas basculer sous son poids. Je cale souvent le bocal contre un livre, faute de mieux.

Le syngonium, le coleus, le chlorophytum et le peperomia

Le syngonium se comporte comme un petit philodendron et racine en une dizaine de jours ; ses feuilles en pointe de flèche restent belles longtemps dans l’eau. Le coleus, lui, va encore plus vite, mais il déteste le froid : sous 18 °C, ses tiges deviennent molles à la base avant d’avoir raciné.

Le chlorophytum est un cas à part, puisqu’il fabrique lui-même des plantules au bout de ses stolons. On les cueille quand elles mesurent cinq centimètres et qu’on distingue déjà de petits bourrelets racinaires, et une semaine dans un fond d’eau suffit. Le peperomia est le plus lent des huit, mais très fiable : deux à trois semaines pour une tige avec deux feuilles.

Le passage en terre, le vrai moment critique

On attend des racines de trois à cinq centimètres, pas davantage. Une bouture laissée jusqu’à quinze centimètres de racines aquatiques souffre beaucoup plus au rempotage, parce qu’elle a construit tout son système pour un milieu qu’elle va quitter. C’est l’erreur la plus fréquente, et elle est contre-intuitive.

Le rempotage se fait dans un godet de neuf centimètres, avec un mélange léger de terreau et de perlite, et le substrat doit rester constamment humide, pas détrempé, pendant les quinze premiers jours. Certains passent d’abord par un verre rempli de perlite humide pendant une semaine, ce qui adoucit la transition ; je le fais pour le monstera, rarement pour le reste.

Ce qui rate le plus souvent

Trois causes reviennent systématiquement. Une feuille oubliée sous l’eau, qui pourrit et contamine le tout. Une eau jamais renouvelée, qui perd son oxygène dissous en quelques jours. Et un emplacement trop sombre, où la bouture n’a pas de quoi produire l’énergie nécessaire à la fabrication de racines.

À l’inverse, les espèces sur lesquelles il ne faut pas insister sont celles à tissus charnus ou fibreux : sansevieria, qui met trois à six mois et pourrit souvent avant, succulentes et cactées, qui ne supportent pas l’immersion, et pélargonium, qui racine bien mieux directement en godet après séchage de la coupe.

Le conseil de Sophie. Datez chaque bocal avec un morceau de ruban de masquage : au bout d’une saison, vous connaîtrez les délais réels chez vous, qui ne sont jamais tout à fait ceux des livres.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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