Bouteille coupée en 2 : la mini-serre pour les boutures

Bouteille coupée en 2 : la mini-serre pour les boutures

Une bouteille coupée en deux posée sur une bouture, c’est le matériel de multiplication le moins cher qui existe, et il fonctionne remarquablement bien. J’en ai une dizaine en service chaque fin d’été sur mes lavandes et mes sauges. Encore faut-il savoir ce que cette cloche fait réellement, parce que mal utilisée, elle cuit ou pourrit les boutures plus vite qu’elle ne les enracine.

Ce que la cloche apporte vraiment

Une bouture n’a pas de racines : elle continue pourtant à transpirer par ses feuilles, et elle se dessèche avant d’avoir eu le temps d’en fabriquer. Tout l’enjeu de la multiplication, c’est de ralentir cette perte d’eau assez longtemps pour que le cal se forme et que les premières racines sortent. C’est exactement ce que fait la cloche : elle sature l’air autour du feuillage et réduit l’évaporation de façon spectaculaire.

Sous une demi-bouteille, l’humidité relative monte facilement à 90 pour cent alors que l’air ambiant d’une véranda en septembre plafonne à 50 ou 60. Cette différence suffit à faire passer un taux de reprise de trois boutures sur dix à sept ou huit sur dix, sur des espèces réputées capricieuses. Ce n’est pas un gadget, c’est le même principe que les tunnels de bouturage professionnels, en version domestique.

Quelle bouteille, quelle découpe

Je prends des bouteilles transparentes de 1,5 ou 2 litres, jamais de bouteilles teintées qui filtrent trop de lumière. Je coupe au cutter à mi-hauteur, en gardant la partie supérieure, celle avec le goulot. Un coup de papier de verre sur le bord tranchant évite les coupures et permet d’enfoncer la cloche d’un centimètre dans le substrat sans qu’elle se fende.

Le goulot est la pièce maîtresse du dispositif, parce qu’il permet de régler l’aération : bouchon vissé pour une humidité maximale, bouchon retiré pour laisser respirer. Je garde le bouchon la première semaine, puis je l’enlève définitivement. Cette simple manipulation évite la majorité des pourritures que je voyais autrefois avec des cloches parfaitement hermétiques.

Le substrat fait la moitié du résultat

Une bouture ne se nourrit pas, elle respire. Le terreau riche du commerce, trop fin et trop rétenteur, asphyxie la base des tiges et provoque des noircissements. Je prépare un mélange à parts égales de terreau de semis et de sable grossier, ou de perlite quand j’en ai, dans des godets de sept centimètres percés largement.

J’humidifie ce mélange avant de piquer les boutures, puis je ne le réhumidifie qu’une fois par semaine, à la seringue ou au pulvérisateur, en visant le substrat et pas les feuilles. Sous cloche, l’eau ne s’évapore presque plus : le principal risque n’est pas de manquer d’eau mais d’en avoir trop.

Préparer la bouture correctement

La qualité du prélèvement pèse autant que le matériel. Je coupe le matin, sur des rameaux de l’année qui commencent à durcir, et je pique dans l’heure qui suit.

  • une tige de huit à douze centimètres, coupée net juste sous un nœud
  • toutes les feuilles du bas supprimées, seules trois ou quatre du haut conservées
  • les grandes feuilles coupées de moitié pour réduire la transpiration
  • aucune fleur ni bouton floral, qui épuisent la bouture pour rien
  • un trou fait au crayon avant de piquer, pour ne pas abîmer la base de la tige

La lumière, et le piège du plein soleil

C’est l’erreur qui tue le plus de boutures. Une cloche en plastique posée au soleil direct devient un four : j’ai mesuré 52 degrés sous une bouteille exposée plein sud un après-midi de septembre, alors qu’il faisait 26 degrés à l’ombre. Une demi-heure suffit à cuire le feuillage, et il n’y a aucun retour en arrière possible.

Il faut donc de la lumière vive mais indirecte : sous un arbre à feuillage léger, contre un mur exposé à l’est, ou derrière une fenêtre au nord. Si vous n’avez que du soleil, un voile d’ombrage ou même un vieux rideau blanc tendu au-dessus des cloches règle le problème. Je vérifie toujours en posant la main sur la bouteille en début d’après-midi : si c’est chaud au toucher, je déplace.

Aérer, sous peine de tout perdre au botrytis

Une atmosphère saturée en permanence, c’est le paradis de la moisissure grise. Elle s’installe d’abord sur une feuille morte tombée au pied de la bouture, puis remonte sur la tige, et en trois jours le godet est perdu. La prévention est simple : je soulève chaque cloche deux minutes tous les deux jours, et je retire immédiatement la moindre feuille jaune ou tombée.

Si de la condensation ruisselle en permanence sur les parois, c’est qu’il y a trop d’eau. J’essuie l’intérieur, je laisse la cloche ouverte une demi-journée, et je repars sur un rythme d’arrosage plus espacé. Une buée légère le matin qui disparaît en journée, c’est le bon réglage.

Les délais réels, espèce par espèce

Les temps d’enracinement varient beaucoup et il faut de la patience. Les fuchsias, les impatiens et les misères racinent en dix à quinze jours. La lavande, la sauge et le romarin en bois semi-aoûté demandent trois à cinq semaines si la température reste entre 18 et 24 degrés. L’hortensia, prélevé en juillet sur une pousse non fleurie, compte environ un mois.

Les arbustes à bois dur, comme le laurier-tin ou le buis, prennent deux à trois mois et supportent mal l’attente en godet sous cloche. Pour ceux-là, je préfère le bouturage à l’étouffée en pleine terre à l’automne, sous châssis. La cloche en bouteille est excellente sur les tiges tendres et semi-tendres, moins sur le bois vraiment dur.

Savoir si ça a raciné, sans tout arracher

Résistez à l’envie de tirer sur la tige : vous cassez les racines naissantes, qui sont d’une fragilité extrême les premiers jours. Les vrais signes sont ailleurs. Une bouture qui redresse ses feuilles et produit une nouvelle pousse claire au sommet a presque toujours raciné. Un léger point de résistance quand on effleure la tige du doigt confirme.

La certitude vient par le dessous : au bout de quatre à six semaines, je regarde les trous de drainage du godet, et j’y vois des pointes blanches. C’est le seul contrôle qui ne dérange pas la plante. Tant que je ne vois rien, je remets la cloche et j’attends encore quinze jours avant de m’inquiéter.

Le sevrage, l’étape où l’on perd tout

Beaucoup de jardiniers réussissent l’enracinement puis perdent leurs boutures en les sortant trop vite. Une plante habituée à 90 pour cent d’humidité ne supporte pas de passer d’un coup à l’air libre : elle flétrit en une journée. Le sevrage se fait sur dix jours, en soulevant la cloche deux heures le premier jour, quatre le lendemain, puis une demi-journée, puis la nuit entière.

Je ne rempote qu’une fois ce sevrage terminé, et jamais en plein été. Pour les boutures de fin d’été, je garde les godets sous châssis froid ou contre un mur abrité tout l’hiver, et je plante en avril. C’est long, mais le taux de survie n’a rien à voir avec celui d’une plantation immédiate.

Le conseil de Sophie. Écrivez l’espèce et la date de bouturage directement au marqueur sur la bouteille : au bout de trois semaines, on ne se souvient plus de ce qu’on a piqué, et une cloche sans étiquette finit toujours à la poubelle par lassitude.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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