Arroser par le bas : les plantes qui préfèrent ça

Arroser par le bas : les plantes qui préfèrent ça

L’arrosage par le bas passe souvent pour une méthode d’esthète, réservée aux collectionneurs de violettes du Cap. C’est dommage, parce que c’est la solution la plus fiable que je connaisse pour deux problèmes très courants : les plantes qui pourrissent au collet et les terreaux qui refusent l’eau. Encore faut-il savoir à qui l’appliquer, et surtout quand s’arrêter.

Le principe, en deux mots

On pose le pot, percé au fond, dans une bassine ou une soucoupe contenant deux à quatre centimètres d’eau, et on laisse le substrat aspirer ce dont il a besoin par capillarité. L’eau monte du bas vers le haut à travers les pores du terreau, exactement comme un sucre trempé dans un café. Quand la surface du substrat fonce légèrement, c’est terminé.

Cette montée est lente et régulière, ce qui explique l’essentiel des avantages de la méthode : l’eau se répartit dans toute la motte au lieu de creuser un chemin préférentiel le long de la paroi du pot, le feuillage reste sec, et la surface du terreau aussi. Le seul vrai piège est de transformer le bain en noyade en oubliant le pot dans sa bassine, ce qui arrive vite quand on lance une lessive entre-temps.

Pourquoi certaines plantes détestent l’eau sur le collet

Un bon nombre de plantes d’intérieur forment une rosette dense, un tubercule affleurant ou une couronne charnue au ras du substrat. Chez elles, l’eau qui stagne au centre reste piégée entre les pétioles serrés, ne sèche pas, et sert de point de départ à des pourritures grises ou brunes qui font s’effondrer la plante en quelques jours. Le mal est souvent irréversible quand on le remarque.

À cela s’ajoute la question des feuilles. Beaucoup de ces plantes ont un limbe couvert de poils fins qui retiennent les gouttes ; l’eau y sèche lentement en laissant des auréoles calcaires et, si la pièce est fraîche, favorise des taches nécrotiques. Arroser par le bas règle les deux problèmes d’un coup, sans rien demander de plus qu’une soucoupe un peu profonde.

Les championnes de l’arrosage par le bas

Voici les plantes pour lesquelles je ne procède plus autrement, après avoir perdu quelques sujets en arrosant par-dessus. Le point commun est toujours le même : une couronne fragile, un feuillage velu, ou les deux.

  • le saintpaulia, la violette du Cap, cas d’école absolu
  • le cyclamen, dont le tubercule pourrit au premier arrosage central
  • le streptocarpus et le sinningia, cousins tout aussi sensibles
  • le bégonia rex et les bégonias à feuillage en général
  • les gesnériacées d’intérieur, à feuilles duveteuses
  • les semis et les jeunes repiquages, quel que soit le genre

Le cas des semis, qui à lui seul justifie la méthode

Un semis en terrine, c’est une couche de terreau fin de trois centimètres, avec des graines posées à quelques millimètres de la surface. Arroser par le dessus, même à la pomme fine, déplace les graines, tasse la surface et forme une croûte que les cotylédons peinent à percer. Sur des semences minuscules comme celles de bégonia ou de basilic, on peut ruiner une terrine entière en un geste.

Par le bas, rien ne bouge. Je pose la terrine dans un plateau, je verse un centimètre d’eau, et j’attends que le dessus du terreau change de couleur, généralement en dix à quinze minutes. Ensuite je retire la terrine et je la laisse s’égoutter. Les jeunes plantules développent en prime un enracinement qui plonge vers le bas, à la recherche de l’humidité, ce qui donne des plants plus solides au repiquage.

Le substrat qui refuse l’eau, le vrai sauvetage

Un terreau à base de tourbe ou de fibre de coco laissé sécher complètement devient hydrophobe : il se rétracte, se décolle des parois, et l’eau versée dessus s’écoule le long du pot pour ressortir immédiatement par le trou de drainage. On croit avoir arrosé, la soucoupe est pleine, et la motte est restée sèche au cœur. C’est l’une des causes les plus fréquentes de plantes qui dépérissent malgré des arrosages consciencieux.

Dans cette situation, seul le trempage fonctionne. Je plonge le pot dans un seau, l’eau arrivant à mi-hauteur, et je laisse vingt à trente minutes, parfois une heure pour un gros pot très sec. On voit les bulles d’air s’échapper, puis s’arrêter : c’est le signal. Ensuite j’égoutte franchement pendant un quart d’heure avant de remettre la plante en place.

Comment je procède, concrètement

Je remplis une bassine de trois à quatre centimètres d’eau à température ambiante, j’y range les pots par groupes de trois ou quatre, et je règle une minuterie. Vingt minutes pour un pot de taille moyenne modérément sec, trente à quarante pour un pot très sec, dix pour une terrine de semis. Je soulève ensuite chaque pot : s’il est redevenu lourd, c’est fait.

L’étape que les gens sautent, c’est l’égouttage. Un pot sorti du bain contient encore une lame d’eau dans ses derniers centimètres, qu’il faut laisser partir avant de le reposer. Je pose les pots sur une grille ou sur l’égouttoir de l’évier pendant dix à quinze minutes. Sans cela, on recrée exactement la stagnation qu’on cherchait à éviter, et on obtient de la pourriture racinaire au lieu du collet.

L’erreur qui tue : la soucoupe toujours pleine

Arroser par le bas ne veut pas dire laisser en permanence de l’eau dans la soucoupe. C’est une opération ponctuelle, avec un début et une fin. Une soucoupe constamment remplie asphyxie les racines profondes, qui ont besoin d’air autant que d’eau, et entretient un milieu anaérobie où les pourritures prospèrent. La plante jaunit lentement, du bas vers le haut, et on croit à un manque d’eau.

La seule exception concerne les plantes de milieu franchement humide, comme le cyperus ou certaines carnivores en saison de croissance, qui supportent et même réclament une soucoupe en eau permanente. Pour tout le reste, la règle est de vider la soucoupe une demi-heure après l’arrosage, sans exception, même quand on est pressé.

Le revers de la méthode : l’accumulation de sels

Quand l’eau monte par capillarité et s’évapore en surface, elle y dépose tous les minéraux qu’elle transportait, ainsi que les résidus d’engrais. Au fil des mois, une croûte blanchâtre se forme sur le dessus du terreau et la concentration en sels augmente dans la partie haute de la motte. Sur une plante arrosée exclusivement par le bas pendant deux ans, cela finit par se voir sur les racines superficielles.

La parade est facile : tous les cinq ou six arrosages, ou une fois par mois, j’arrose la plante par le dessus, abondamment, au-dessus de l’évier, jusqu’à ce que l’eau ressorte franchement par le fond. Ce rinçage entraîne les sels vers le bas et les évacue. Sur les plantes à collet fragile, je verse le long de la paroi intérieure du pot, sans jamais mouiller le centre de la rosette.

Les plantes pour lesquelles c’est une mauvaise idée

Tout ne se prête pas au trempage. Les très gros bacs sont impossibles à manipuler et leur motte met des heures à s’imbiber uniformément. Les plantes montées dans un substrat très grossier, orchidées en écorces notamment, se laissent tremper mais tirent surtout profit d’un arrosage abondant par le dessus, qui les rince en même temps. Les cactées et succulentes, elles, tolèrent le bain mais souffrent vite si on les oublie.

Enfin, méfiez-vous du plateau collectif quand une plante est malade. L’eau partagée entre plusieurs pots est un excellent véhicule pour les champignons du sol et les nématodes. Dès qu’un sujet montre un dépérissement suspect, je l’isole, je le trempe dans sa propre bassine, et je jette l’eau ensuite plutôt que de la réutiliser sur le reste de la collection.

Le conseil de Sophie. Posez une minuterie de cuisine à vingt minutes chaque fois que vous mettez un pot à tremper : le seul vrai danger de cette méthode, c’est l’oubli.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

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