Un anthurium dont les feuilles virent au jaune, c’est la panne la plus fréquente sur cette plante, et neuf fois sur dix la cause est la même : de l’eau qui reste au fond du cache-pot. On l’arrose consciencieusement, on croit bien faire, et les racines passent leur vie les pieds dans un fond de flaque. J’ai perdu deux plantes comme ça avant de comprendre.
Le jaunissement a une cause dominante
On peut lister dix explications au jaunissement d’un anthurium : lumière, froid, engrais, eau calcaire, parasites, vieillissement. Toutes existent. Mais dans les foyers français, l’excès d’eau représente l’immense majorité des cas, très loin devant tout le reste. Avant d’aller chercher compliqué, regardez d’abord le fond du contenant.
Le tableau typique est reconnaissable. Les feuilles jaunissent en commençant par les plus basses et les plus anciennes, le jaune est uniforme et un peu mou au toucher, la tige devient parfois molle à sa base, et le terreau, quand on y enfonce le doigt, est encore frais alors que le dernier arrosage remonte à une semaine. Si vous cochez ces cases, inutile de chercher ailleurs.
Le cache-pot, ce piège discret
Le cache-pot est un objet parfaitement innocent tant qu’on le vide. Le problème, c’est qu’il est opaque, qu’on ne voit pas ce qu’il y a dedans, et qu’on n’y pense jamais. On arrose, l’excédent s’écoule dans le fond, et il reste là. Deux ou trois centimètres d’eau invisible.
Les racines qui trempent là-dedans n’ont plus d’oxygène. Or l’anthurium est une plante épiphyte : ses racines sont faites pour respirer, elles supportent moins bien l’asphyxie que celles d’un géranium ou d’un ficus. En quelques jours de trempage répété, les extrémités s’abîment, des bactéries et des champignons s’installent, la plante n’absorbe plus correctement et les feuilles jaunissent. Le comble, c’est qu’on prend alors ce jaune pour de la soif et qu’on arrose davantage.
Vider, oui, mais quand
Attendez quinze à vingt minutes après l’arrosage, le temps que le pot finisse de ressuyer, puis videz complètement le cache-pot. Pas la moitié : complètement. J’incline le tout au-dessus de l’évier, je tapote, et je repose.
Si votre plante est trop lourde ou le cache-pot trop encastré, deux solutions simples. Soit vous arrosez directement au-dessus de l’évier et vous ne remettez la plante dans son cache-pot qu’après vingt minutes d’égouttage. Soit vous placez une couche de trois à quatre centimètres de billes d’argile ou de pouzzolane au fond du cache-pot, pour que le pot repose au-dessus du niveau de l’eau et non dedans. Cette seconde méthode fonctionne bien, à condition que le pot soit vraiment surélevé et pas simplement posé sur des billes déjà noyées.
Comment savoir si les racines ont déjà souffert
Sortez la plante du pot, c’est sans risque et c’est le seul examen qui tranche. Voici ce que vous devez comparer :
- une racine saine est ferme, blanche à beige clair, elle résiste quand on la presse entre deux doigts
- une racine abîmée est brune ou noire, molle, et sa peau se détache en laissant un filament central
- un substrat sain sent la terre de forêt, un substrat pourri sent l’égout ou le marécage
- une motte gorgée d’eau garde l’empreinte du doigt et suinte quand on la comprime
- si plus de la moitié des racines sont brunes, la plante est en pourriture installée, pas en simple excès d’arrosage
Les feuilles du bas jaunissent parfois pour rien
Il existe un jaunissement parfaitement normal. Une feuille d’anthurium vit environ un an et demi à deux ans, puis la plante la vide de ses réserves, elle jaunit et tombe. Si c’est une seule feuille, tout en bas, la plus vieille, pendant que le reste pousse et fleurit, laissez faire.
La règle que j’applique : une feuille jaune de temps en temps, c’est la vie. Trois feuilles jaunes en un mois, c’est un signal. Et si des feuilles jeunes, en haut, jaunissent aussi, alors il ne s’agit plus jamais de vieillissement.
Le jaune entre les nervures, c’est autre chose
Regardez le dessin du jaune. Si la feuille jaunit entièrement, uniformément, pensez à l’eau. Si en revanche le limbe jaunit mais que les nervures restent bien vertes, dessinant un réseau, c’est une chlorose, en général liée au fer que la plante n’arrive plus à absorber.
Chez l’anthurium, cette chlorose vient presque toujours d’une eau trop calcaire qui fait grimper le pH du substrat. La plante préfère un milieu légèrement acide, autour de 5,5 à 6,5. Si votre eau est dure, alternez avec de l’eau de pluie ou de l’eau déminéralisée une fois sur deux, et rempotez dans un mélange à base d’écorce plutôt que dans du terreau seul.
Le sauvetage quand la pourriture est installée
Dépotez, rincez délicatement les racines à l’eau tiède pour dégager le vieux substrat, et coupez toutes les parties brunes et molles avec une lame propre passée à l’alcool. N’ayez pas la main tremblante : une racine pourrie laissée en place contamine les autres. Coupez jusqu’à retrouver du tissu ferme et clair.
Rempotez ensuite dans un mélange neuf, aéré, à parts égales de terreau et d’écorce de pin fine, avec une poignée de perlite, dans un pot à peine plus grand que ce qu’il reste de racines. Arrosez une seule fois, très modérément, et attendez que le substrat sèche sur trois centimètres avant le suivant. Aucun engrais pendant deux mois. Une plante amputée ne peut pas absorber de sels minéraux, ils ne feraient que brûler ce qui reste.
Réapprendre à arroser
Oubliez le calendrier fixe, c’est lui qui vous a mis dans cette situation. Enfoncez l’index jusqu’à la deuxième phalange dans le substrat : si c’est humide, vous n’arrosez pas, point. En pratique, cela donne environ un arrosage tous les cinq à sept jours en été et tous les dix à quinze jours en hiver, mais ces chiffres varient énormément selon votre chauffage et votre exposition.
Arrosez avec de l’eau à température ambiante, jamais glacée au sortir du robinet : un choc à 10 °C sur des racines tropicales provoque à lui seul du jaunissement. Et arrosez lentement, en plusieurs passages, jusqu’à ce que l’eau ressorte par les trous du fond. Un arrosage franc puis un vrai séchage vaut toujours mieux que trois petites doses qui n’humidifient que le dessus.
Le froid aggrave tout
L’anthurium est bien entre 18 et 25 °C. En dessous de 15 °C, ses racines cessent d’absorber correctement, mais le substrat, lui, continue de rester humide. Vous obtenez alors une plante qui a soif dans un pot mouillé, et c’est la combinaison la plus destructrice qui soit.
Écartez donc la plante des fenêtres froides en hiver, des entrées, des courants d’air de porte-fenêtre. Et méfiez-vous du radiateur juste en dessous : il assèche l’air, vous compensez en arrosant plus, et vous revenez au problème initial. Une place à un mètre d’une fenêtre lumineuse, dans une pièce chauffée normalement, convient parfaitement.
Faut-il couper les feuilles jaunes
Oui, mais sans précipitation. Tant que la feuille est jaune pâle et pas encore sèche, la plante y récupère encore de l’azote et du magnésium. Attendez qu’elle soit franchement jaune ou qu’elle commence à brunir, puis coupez la tige à sa base, au ras du collet, avec un sécateur propre.
Ne tirez jamais dessus pour l’arracher : vous risquez d’entraîner un morceau de tige saine et d’ouvrir une plaie au niveau du collet, exactement là où la pourriture se déclare. Une coupe nette, et on n’en parle plus.
Le conseil de Sophie. Depuis que je vide systématiquement mes cache-pots vingt minutes après l’arrosage, je n’ai plus jamais eu à sauver un anthurium. C’est le geste le plus rentable de toute ma routine d’intérieur.

