Amaryllis fanée : ne coupez pas les feuilles, c'est elles qui préparent la fleur de l'an prochain

Amaryllis fanée : ne coupez pas les feuilles, c’est elles qui préparent la fleur de l’an prochain

Je reçois régulièrement des photos d’amaryllis rasées au ras du pot, avec la même question en légende : pourquoi elle ne refleurit pas ? La réponse se trouve dans les feuilles qu’on a coupées en janvier. Elles paraissent encombrantes, un peu molles, on les prend pour les restes d’une plante finie. Ce sont en réalité l’atelier où se fabrique la fleur de l’année suivante.

Une fleur qui se prépare un an à l’avance

Le calendrier d’une amaryllis n’est pas celui qu’on imagine. La hampe qui s’ouvre chez vous en décembre a été formée entre juin et septembre de l’année précédente, minuscule, à l’intérieur du bulbe, entre deux écailles charnues. Elle a passé l’automne repliée là, à attendre le signal de la chaleur. Quand elle sort, le travail est déjà fait depuis des mois.

Autrement dit, ce que vous faites en février détermine ce que vous verrez en décembre. Une plante qui passe le printemps et l’été avec un feuillage complet fabrique une, parfois deux hampes de plus. Une plante rasée en janvier passe l’été à reconstituer d’abord des feuilles, puis n’a plus le temps ni les réserves pour former quoi que ce soit de floral.

Ce que fait exactement une feuille d’amaryllis

Une feuille d’amaryllis est une machine à convertir la lumière en sucres, et ces sucres partent directement se stocker dans les écailles du bulbe, qui ne sont rien d’autre que des bases de feuilles gonflées. Un bulbe, c’est de la feuille mise en conserve. Plus les rubans verts sont grands et nombreux, plus les écailles épaississent, et plus le bulbe grossit en circonférence.

Ce grossissement n’est pas cosmétique : c’est lui qui décide du nombre de fleurs. En pratique, un bulbe qui reste en dessous de 26 centimètres de tour donne au mieux une hampe, souvent aucune. Entre 30 et 34 centimètres, on obtient régulièrement deux hampes de quatre fleurs. Le seul moyen de passer d’une catégorie à l’autre chez soi, c’est le feuillage.

Ce qu’on coupe, ce qu’on garde

La confusion vient de ce que la plante porte deux organes très différents qui sortent au même endroit. La hampe florale est creuse, ronde, sans feuille dessus ; une fois les fleurs fanées, elle ne sert plus à grand-chose et son maintien pousse la plante à faire des graines coûteuses. Les feuilles sont pleines, plates, en ruban, et travaillent encore pendant des mois. Retenez donc, très concrètement, la répartition suivante entre ce qui part au sécateur et ce qui reste en place jusqu’à l’automne :

  • coupez la hampe à cinq centimètres du bulbe dès que la dernière fleur ramollit, avec une lame propre
  • ne coupez aucune feuille verte, même si elle se couche ou dépasse du meuble
  • laissez le tronçon de hampe sécher seul, puis retirez-le d’une traction quand il est brun et creux
  • retirez uniquement les feuilles complètement jaunes qui viennent d’elles-mêmes
  • ne raccourcissez jamais une feuille par le bout pour la rendre plus présentable

Le nœud, la tresse et autres mauvaises idées

On voit passer le conseil de nouer les feuilles ou de les tresser pour faire propre, souvent emprunté aux jonquilles. C’est une mauvaise idée dans les deux cas. Plier une feuille écrase les vaisseaux qui redescendent les sucres vers le bulbe ; on garde l’apparence du feuillage en supprimant une partie de son utilité, ce qui est le pire des deux mondes.

Autre habitude à abandonner : couper les feuilles à moitié pour équilibrer la silhouette. La surface verte perdue ne repousse pas, l’amaryllis n’émet que quelques feuilles par an et à un rythme lent. Si le feuillage vous encombre vraiment dans le salon, la vraie solution n’est pas le sécateur mais le déménagement : le pot part sur une fenêtre de chambre ou au jardin dès mai.

Une lumière bien plus forte que vous ne le croyez

Un feuillage n’a d’intérêt que s’il reçoit de quoi travailler. En hiver, derrière une vitre, une amaryllis a besoin de la place la plus lumineuse de la maison, plein sud si possible. À la lumière chiche d’un fond de pièce, les feuilles s’allongent démesurément, deviennent pâles, se couchent, et ne stockent presque rien. C’est le signe visuel le plus fiable d’un manque de lumière.

Dès la mi-mai, quand les nuits restent au-dessus de 10 °C, sortez le pot dehors. Acclimatez-le une semaine à l’ombre claire, puis installez-le au soleil du matin et à l’ombre l’après-midi. Trois mois dehors font plus pour le bulbe que six mois derrière une fenêtre. C’est là que se joue vraiment la floraison suivante, et cela ne demande aucun matériel.

Nourrir tant que c’est vert

Des feuilles sans engrais, c’est une usine sans matière première. De mars à la fin août, donnez un engrais liquide pour plantes fleuries, riche en potasse, toutes les deux semaines, à la dose du fabricant. Arrosez toujours sur un terreau déjà humide, jamais sur une motte sèche, sinon vous brûlez les racines charnues et vous obtenez l’effet inverse de celui recherché.

L’arrosage suit la même logique : régulier tant que les feuilles poussent, avec un terreau qui sèche sur deux centimètres entre deux passages, et jamais d’eau qui stagne dans la soucoupe. Une amaryllis supporte bien mieux un oubli d’une semaine qu’une semaine les pieds dans l’eau. Le point faible reste le col du bulbe, qu’il ne faut pas arroser directement.

Le bon moment pour couper : quand elles jaunissent seules

Fin août ou début septembre, arrêtez l’engrais et réduisez progressivement les arrosages jusqu’à les stopper. Le feuillage va jaunir de la pointe vers la base, se coucher, puis sécher, en trois à quatre semaines. Ce jaunissement n’est pas une maladie : c’est la plante qui vide ses feuilles de tout ce qu’elles contiennent encore et rapatrie le contenu dans le bulbe.

Interrompre ce processus au sécateur, c’est jeter la dernière livraison. Attendez que la feuille soit franchement jaune et molle sur toute sa longueur, puis coupez au ras du bulbe ou tirez doucement. Si une feuille reste verte alors que les autres ont séché, laissez-la : certaines variétés en gardent une ou deux tout l’hiver, et cela ne gêne en rien le repos du bulbe.

Que faire d’une amaryllis déjà rasée

Si vous avez coupé les feuilles au ras l’hiver dernier, tout n’est pas perdu, mais oubliez la floraison de l’année. Arrosez modérément, remettez le pot en pleine lumière et attendez la reprise, qui vient parfois avec deux mois de retard. Dès que trois feuilles sont sorties, commencez l’engrais et sortez le pot dehors pour l’été.

Comptez une saison complète de rattrapage, parfois deux si le bulbe était petit. Une astuce utile : mesurez la circonférence du bulbe au ras du terreau au moment de la reprise, puis à nouveau fin août. Si le tour a gagné deux centimètres, vous êtes sur la bonne voie ; s’il n’a pas bougé, c’est la lumière ou l’engrais qui manquent, pas la patience.

Feuilles molles, tordues, tachées : lire les symptômes

Des feuilles qui s’affalent en éventail sans jaunir signalent presque toujours un manque de lumière, éventuellement doublé d’un excès de chaleur. Des feuilles vert pâle avec des nervures plus claires évoquent une carence : reprenez l’engrais. Des feuilles marquées de stries et de taches rouge sombre, avec la même chose sur le col et la hampe, indiquent un champignon appelé tache rouge, favorisé par l’humidité stagnante.

Dans ce dernier cas, retirez les feuilles les plus atteintes, dégagez le col, arrosez uniquement au bord du pot et placez la plante dans un endroit très aéré. Si la base du bulbe est molle et sent mauvais, c’est une pourriture : dépotez, éliminez au couteau propre toutes les écailles brunes, laissez sécher deux jours à l’air, puis rempotez dans du terreau neuf et sec.

Une précaution qui vaut pour toute la famille

Les feuilles d’amaryllis, comme le bulbe, contiennent de la lycorine et d’autres alcaloïdes irritants. Elles ne se mangent en aucun cas, ni en tisane, ni en décoration d’assiette, et le rappel n’est pas superflu tant leurs rubans verts ressemblent à ceux d’un poireau ou d’un jeune oignon. Placez le pot hors de portée des jeunes enfants et des chats, souvent tentés de mâchonner ce genre de feuillage.

La sève qui coule d’une feuille coupée peut irriter les peaux sensibles et tacher les textiles. Un lavage des mains après manipulation suffit, et des gants fins si vous avez déjà réagi à d’autres bulbes. Rien de dramatique, mais autant le savoir avant de laisser un enfant vous aider à faire le ménage sur le rebord de la fenêtre.

Le conseil de Sophie. Le jour où vous coupez la hampe fanée, posez le pot ailleurs que sur la table du salon : c’est en le voyant tous les jours qu’on finit par tailler des feuilles qui ne demandaient qu’à travailler.

Sophie Lemoine
Sophie Lemoine

Je cultive 180 m² de potager en Anjou, sans engrais de synthèse, et je raconte ici ce qui marche vraiment — y compris mes ratés.

Une question, un retour du jardin ?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.